Leadership royal affirmé au sommet de l’Afrique pour l’Océan – Par Mohamed Benabdelkader

Leadership royal affirmé au sommet de l’Afrique pour l’Océan – Par Mohamed Benabdelkader

La Princesse Lalla Hasna aux cotés du président français Emmanuel Macron au sommet « Afrique pour l’Océan », tenu en marge de la Conférence des Nations unies sur l’Océan (UNOC3) à Nice

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Au sommet « Afrique pour l’Océan », tenu en marge de la Conférence des Nations unies sur l’Océan (UNOC3) à Nice, le message de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, lu par SAR la Princesse Lalla Hasnaa, a marqué les esprits. Mohamed Benabdelkader revient sur ce discours royal qui s’est imposé, dans un contexte mondial de revalorisation stratégique des mers, comme une déclaration forte de souveraineté, d’engagement écologique et de leadership continental. Portée par une vision claire, une argumentation solide et une ambition concrète, cette intervention, écrit Benabdelkader, incarne une volonté affirmée du Maroc de replacer l’Afrique au centre de la gouvernance océanique mondiale.


 
Mohamed Benabdelkader, homme politique, ancien ministre de la Réforme, de l’Administration et de la Fonction publique et également ancien ministre de la justice


L’être humain est avant tout un habitant de la terre ferme. C’est pourquoi il a nommé notre planète "Terre" plutôt que "Mer", même si la majeure partie de sa surface est recouverte par les océans et les mers. Tout au long de l'histoire des civilisations, l'opposition entre terre et mer s'est profondément ancrée dans l'imaginaire humain, façonnant la manière dont les hommes perçoivent leur environnement et leur place dans le monde. La terre, perçue comme un espace stable, délimité par des frontières et soumis à une autorité politique, incarne le territoire familier et maîtrisé, tandis que la mer, vaste étendue mouvante et sans limites visibles, symbolise l'inconnu, le danger et le mystère. 

Cette dichotomie a nourri des sentiments ambivalents : fascination et crainte, curiosité et respect, qui se traduisent dans les mythes, les légendes et les récits épiques, tels que L'Odyssée d'Homère, mais aussi les aventures maritimes de Sindbad le Marin dans les contes de Mille et une nuits, illustrent cette dualité où la mer est à la fois un espace d'aventure et de menace. Par ailleurs, dans de nombreuses cultures, la mer est envisagée comme un monde parallèle, source de vie mais aussi de forces surnaturelles, renforçant cette dualité imaginaire entre le monde terrestre rassurant et le monde marin mystérieux et parfois hostile. Ainsi, cette opposition terre/mer dépasse la simple géographie pour devenir un élément fondamental de la construction symbolique et culturelle des civilisations humaines.

Les océans et leurs enjeux géopolitiques

 À travers l’histoire les océans ont toujours été le théâtre des rapports de force entre nations. Depuis l’Antiquité jusqu’aux guerres mondiales, en passant par les empires de la Chine impériale, les expéditions des Vikings, la colonisation européenne et la Guerre froide, ils ont constamment reflété les dynamiques de pouvoir et constitué des espaces stratégiques de conquête pour les grandes puissances. Aujourd’hui encore, les océans demeurent le théâtre de rivalités géopolitiques, notamment avec l’ascension de la Chine face à la domination des États-Unis sur les mers. Ces vastes étendues maritimes représentent un véritable enjeu de richesse, d’abord en tant que principal corridor du commerce international et moteur de la mondialisation, puis en raison des ressources halieutiques qu’elles abritent, indispensables à la sécurité alimentaire de nombreuses populations à travers le monde. En outre, le plancher océanique recèle d’importantes réserves d’hydrocarbures et de minerais précieux, essentiels aux nouvelles technologies et à la transition énergétique. C’est pourquoi l’océan revêt un caractère particulièrement stratégique, constituant un levier de puissance à conquérir et à maîtriser. Cette importance croissante entraîne une militarisation accrue des espaces maritimes, notamment en raison des risques sécuritaires amplifiés par les conflits qui s’y déroulent également. Pourtant, les océans restent avant tout un milieu fragile qu’il est impératif de protéger.

Aujourd’hui l’opposition terre/mer constitue une grille de lecture majeure en géopolitique. Elle structure la compréhension des rivalités de puissance, des stratégies d’expansion et des formes de contrôle des espaces. Cette opposition ne se limite plus dans le monde actuel à une simple dichotomie, mais s’impose comme une opposition structurante s’inscrivant dans un contexte de   transformation, voire de maritimisation du monde. C’est ainsi que la mer, longtemps perçue comme un espace secondaire, devient centrale dans les enjeux de puissance, de sécurité et de développement. Cette évolution s’accompagne d’une hybridation croissante des logiques terrestres et maritimes, rendant la géopolitique contemporaine plus complexe et plus fluide que jamais.

Les enjeux maritimes sont devenus un souci majeur de la communauté internationale à travers plusieurs événements et conférences clés aspirant à structurer la gouvernance des océans et trouver conjointement les réponses adéquates aux nouveaux défis de la mondialisation, qui a renforcé l’importance des espaces maritimes en faisant des mers les principales voies du commerce mondial et des flux stratégiques (énergie, câbles sous-marins...), d’où la nécessité d’un cadre juridique international et des forums mondiaux sur les  enjeux géopolitiques, économiques, sécuritaires et environnementaux liés aux mers.

Cette prise de conscience progressive des enjeux maritimes, combinée à des avancées juridiques et diplomatiques majeures, a placé les mers et océans au cœur des préoccupations de la communauté internationale, tant pour la paix et la sécurité que pour le développement durable. C’est dans ce contexte d’urgence climatique, de pressions croissantes sur les océans et de nécessité d’une gouvernance internationale renforcée, que s’est tenue à Nice, du 9 au 13 juin 2025, la 3e Conférence des Nations unies sur l’Océan (UNOC3). Co-organisée par la France et le Costa Rica, cette conférence a rassemblé États, organisations internationales, société civile et secteur privé pour accélérer l’action en faveur de la conservation et de l’utilisation durable des océans, en s’appuyant notamment sur l’Objectif de Développement Durable n°14. L’événement visait à adopter les « Accords de Nice », cadre d’engagements ambitieux pour répondre aux défis environnementaux, économiques et sociaux liés aux mers et océans.

L’un des moments les plus forts de cette conférence a été le sommet « Afrique pour l’Océan », co-présidé par la France et le Maroc. Ce sommet stratégique a réuni chefs d’État, experts et acteurs de la société civile autour d’une ambition commune : valoriser les ressources océaniques au service du développement durable du continent africain. Il a mis l’accent sur des enjeux cruciaux tels que la gouvernance écologique, la gestion durable des stocks halieutiques, la protection des écosystèmes marins et la recherche de financements pour des infrastructures résilientes. Ce « sommet dans le sommet » co-présidé par Son Altesse Royale la Princesse Lalla Hasnaa, Représentante de Sa Majesté le Roi Mohamed VI, et le président français, SEM. Emmanuel Macron, a aussi permis de renforcer les partenariats régionaux et de promouvoir une coopération Sud-Sud exemplaire, incarnée notamment par l’Initiative Royale Atlantique portée par le Maroc.

La séance d’ouverture du sommet « L’Afrique pour l’Océan » a été profondément marquée par la portée et la force du message adressé par Sa Majesté le Roi Mohamed VI. À travers ses mots, le Souverain a insufflé une vision claire et ambitieuse, plaçant l’Afrique au cœur d’une dynamique de souveraineté, de coopération et de développement durable des espaces maritimes. Son allocution, empreinte de gravité et d’espoir, a résonné comme un appel solennel à l’unité et à l’engagement collectif, soulignant le rôle stratégique des océans pour l’avenir du continent et la nécessité impérieuse de les protéger et de les valoriser. Ce message royal a ainsi donné le ton d’un sommet placé sous le signe de la responsabilité partagée et du leadership africain.

Le Message Royal lu par la Princesse Lalla Hasnaa à l’ouverture du sommet, revêt une importance capitale, en se distinguant comme un texte magistral à la fois puissant et porteur d’une vision claire. Par son ton solennel et représentatif, il incarne une forte identité africaine, affirmant avec force la place du continent dans la gouvernance mondiale des océans. Ses messages pertinents, son esprit d’engagement et sa profondeur stratégique, témoignent d’un leadership affirmé, à la fois continental et international, qui appelle à une mobilisation collective autour des enjeux cruciaux de souveraineté, de développement durable et de coopération régionale. Ce discours s’impose ainsi comme une référence majeure, illustrant l’engagement du Maroc et de l’Afrique à jouer un rôle central dans la construction d’un avenir maritime partagé et responsable.

La nécessité pour l’Afrique de s’exprimer sur son destin maritime

S’adressant aux plus hautes autorités africaines et françaises, et après avoir valorisé l’engagement personnel d’Emmanuel Macron en faveur des océans, dans le cadre d’une coopération bilatérale et multilatéral, le Roi insiste sur la nécessité pour l’Afrique de s’exprimer pleinement sur son destin maritime, ce qui devrait marquer un tournant vers une plus grande autonomie stratégique et une affirmation de souveraineté collective. 

Le discours s’ouvre sur un constat clair et nuancé : les mers et océans africains sont à la fois riches et vulnérables, stratégiques mais sous-exploités, porteurs d’espoir mais insuffisamment protégés. Ce paradoxe souligne la nécessité impérieuse de passer d’une simple logique de potentiel à une logique d’appropriation réelle, où l’Afrique s’affirme pleinement comme actrice souveraine de ses espaces maritimes.

Le Roi Mohamed VI élargit la perspective en rappelant que l’océan dépasse la seule dimension environnementale. Il est aussi un pilier fondamental de la souveraineté alimentaire, de la résilience climatique, de la sécurité énergétique et de la cohésion territoriale. Cette approche intégrée met en lumière le rôle central des océans dans la vie quotidienne des populations africaines et dans le développement durable du continent. La relecture stratégique du rôle maritime africain pour laquelle plaide le Message Royal, se situe autour de trois axes :

•    La croissance bleue : Le Roi souligne que l’économie bleue n’est pas un luxe, mais une nécessité stratégique. Il met en avant des secteurs porteurs — aquaculture durable, énergies renouvelables offshore, industries portuaires, biotechnologies marines, tourisme responsable — qui doivent être pensés en chaîne de valeur, avec des investissements conséquents et des normes adaptées. La mise en œuvre de la stratégie nationale marocaine, incarnée par des projets portuaires emblématiques comme Tanger Med, illustre cette ambition.

•    La coopération Sud-Sud et l’intégration régionale : Le message insiste sur la dimension collective du défi maritime. Il ne suffit pas d’avoir un océan en partage, il faut le gérer et le défendre ensemble. Le Roi appelle à une coordination africaine renforcée pour optimiser les chaînes de valeur, sécuriser les routes commerciales et garantir une répartition équitable des richesses océaniques. Il souligne aussi la nécessité d’une voix africaine unifiée sur la scène océanique internationale.

•    Les synergies atlantiques pour une efficacité maritime : Le Roi Mohamed VI met en lumière l’importance stratégique de la façade atlantique africaine, longtemps négligée. Il présente l’Initiative des États Africains Atlantiques comme un cadre innovant de dialogue, de sécurité collective et d’intégration économique. Cette initiative vise également à intégrer les pays enclavés du Sahel, en leur offrant un accès maritime structurant, notamment via des projets comme le Gazoduc Africain Atlantique.

Le Message Royal : puissance discursive et leadership affirmé

Le message se conclut sur une note d’espoir et de mobilisation collective. L’océan est présenté comme un trait d’union et un horizon partagé, un espace à aménager pour la paix, la stabilité et le développement. Le Roi rappelle que l’Afrique est la plus forte lorsqu’elle agit d’une seule voix, et affirme l’engagement résolu du Maroc, fort de ses espaces maritimes, à jouer un rôle moteur dans cette dynamique continentale.

Cette vision royale favorise clairement le passage d’une logique de simple potentialité — où les ressources maritimes africaines restent largement inexploitées et sous-estimées — à une logique d’appropriation effective, fondée sur la maîtrise souveraine et la valorisation durable des richesses. Ce changement de paradigme est présenté ici comme un impératif stratégique pour le continent, afin de transformer ses vastes espaces océaniques en véritables leviers de développement économique, social et environnemental. Il s’agit non seulement de sécuriser les ressources halieutiques, énergétiques et minérales, mais aussi de renforcer les capacités africaines en matière de gouvernance maritime, d’innovation technologique et d’intégration régionale. Cette appropriation est donc envisagée comme une condition sine qua non pour que l’Afrique affirme pleinement son rôle de puissance maritime et tire un bénéfice concret et durable de son patrimoine océanique.

Un discours politique dans un contexte international, pourrait constituer un outil puissant pour affirmer un leadership. Il devrait permettre au leader de se positionner clairement, d’inspirer confiance, de mobiliser les soutiens et de montrer sa capacité à guider et à décider. Les principaux éléments qui contribuent à consacrer un leadership affirmé à travers un discours politique consistent premièrement à avoir  une posture claire et confiante, exprimée par un ton ferme et assuré, calme et déterminé, traduisant la maîtrise du sujet et la confiance en ses capacités, deuxièmement à transmettre un message structuré et cohérent présentant des idées précises, bien articulées et sans ambiguïté, et troisièmement à exposer clairement des objectifs montrant qu’on sait où on va, tout en enchainant logiquement des arguments rigoureux qui renforcent la crédibilité du propos et touchent à la fois la raison et le cœur de l’auditoire.

Confiance, engagement, clarté de vision, maîtrise des enjeux, langage rassembleur et appel aux valeurs, le message de Sa Majesté le Roi Mohamed VI au Sommet de l’Afrique pour l’Océan, se distingue ainsi par sa puissance discursive et sa structure argumentaire claire, combinant à la fois une analyse lucide, une ambition affirmée et un pragmatisme concret. Il propose une vision globale et intégrée des enjeux océaniques africains, articulée autour de la croissance bleue, de la coopération régionale et de la valorisation stratégique des espaces atlantiques. Par son ton, sa portée et ses propositions concrètes, ce discours s’impose comme une référence majeure du leadership africain en matière de gouvernance maritime, appelant à une mobilisation collective pour un avenir durable et souverain des mers et océans du continent.