L’Émirat – Commanderie - des croyants en Afrique , prolongement du territoire spirituel du Maroc – Par Abdelhamid Jmahri

L’Émirat – Commanderie - des croyants en Afrique , prolongement du territoire spirituel du Maroc – Par Abdelhamid Jmahri

La Fondation Mohammed VI des oulémas africains, forte de quarante-huit sections réparties dans l’ensemble des pays africains, constitue probablement l’expression la plus visible de cette présence de l’Émirat des croyants sur le continent.

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Sous l’impulsion du roi Mohammed VI, le Maroc déploie en Afrique une présence fondée sur des liens religieux, historiques et institutionnels anciens. Abdelhamid Jmahri explique pourquoi cette dimension spirituelle, qui s’appuie sur l’institution de l’Émirat des croyants, constitue aujourd’hui l’un des principaux vecteurs de son rayonnement sur le continent.

Abdelhamid Jmahri

Le Maroc dans sa géographie spirituelle africaine

Le Maroc, sous la conduite du roi Mohammed VI, veille à inscrire son action dans une géographie spirituelle dont le territoire s’étend bien au-delà de ses frontières, jusqu’au cœur du continent africain. Si la géographie impériale qui reliait autrefois le Maroc aux pays du Sahel et du Sahara n’existe plus sous sa forme historique et ne traduit évidemment aucune volonté politique directe de la ressusciter, elle continue néanmoins d’agir dans l’imaginaire politique marocain sous des formes modernes et renouvelées. Elle constitue l’un des cadres qui structurent aujourd’hui l’influence du Maroc en Afrique.

L’histoire est demeurée profondément ancrée dans la conscience religieuse africaine. Ibrahim Ahmed Al-Maqri, membre de la section nigériane de la Fondation Mohammed VI des oulémas africains, rappelle précisément que « l’allégeance des royaumes et des États musulmans africains à l’Émirat des croyants au Maroc est ancienne. Elle remonte à l’époque des Almoravides, dont l’État étendait son autorité jusqu’au Sénégal et au Soudan. Certaines entités africaines invoquaient également les Saadiens dans leurs prêches pendant près de huit décennies. À Tombouctou, le sermon du vendredi était prononcé au nom du sultan marocain, et ses habitants sont restés fidèles à leur allégeance. Cette continuité s’est maintenue jusqu’au règne du sultan Moulay Abderrahmane ».

Une continuité historique réorganisée sous Mohammed VI

L’histoire montre en effet que les liens entre l’État marocain et sa profondeur africaine remontent à une époque ancienne, depuis la période almoravide entre le XIe et le XVe siècle. C’est cet héritage que le règne de Mohammed VI a réorganisé avec vigueur et une persévérance constante

Il est aujourd’hui rare, dans le monde musulman comme dans l’univers plus large des croyants, qu’un colloque consacré à l’Émirat des croyants soit organisé au cœur même du continent africain. Plus exceptionnel encore est le fait qu’un tel événement se tienne dans l’État moderne du Niger autour d’un thème tel que : « L’Émirat des croyants et son rôle dans la prise en charge des affaires religieuses africaines et du patrimoine humain commun ».

L’Émirat des croyants et les affaires religieuses africaines

Au cours du week-end dernier, le Maroc a réactivé cet héritage vivant à travers deux dimensions complémentaires : la première concerne les affaires religieuses africaines, la seconde le patrimoine humain commun.

Dans le premier volet, l’Émirat des croyants a été présenté comme l’un des fondements permanents de la religiosité africaine, tandis que la dimension africaine apparaît elle-même comme une composante essentielle de cette institution. La Fondation Mohammed VI des oulémas africains, organisatrice de cette rencontre et forte de quarante-huit sections réparties dans l’ensemble des pays africains, constitue probablement l’expression la plus visible de cette présence de l’Émirat des croyants sur le continent.

Cette fondation s’inscrit dans un ensemble institutionnel plus large comprenant notamment la Fondation Mohammed VI pour l’édition du Saint Coran ainsi que l’Institut Mohammed VI de formation des imams, morchidines et morchidates.

Le partage de l’expérience religieuse marocaine

Cette architecture institutionnelle fait de la mise en œuvre de l’Émirat des croyants une réalité quotidienne et concrète. Elle permet également de transférer vers l’espace africain certaines des principales réformes accomplies dans le champ religieux marocain.

Autrement dit, c’est l’expérience marocaine elle-même qui est proposée aux pays africains disposés à l’accueillir, en fonction des spécificités de leurs sociétés, de leurs modèles religieux, de leurs instruments d’action et de leurs besoins en matière de formation.

Les intervenants ont sans doute relevé que l’actualisation des missions de l’Émirat des croyants passe nécessairement par une prise de conscience des « transformations que connaissent les sociétés africaines, ainsi que du rôle central joué par l’Émirat des croyants dans la protection des constantes religieuses communes, la préservation de la sécurité spirituelle et l’enracinement des valeurs de modération, de tolérance et de coexistence ».

C’est dans cette perspective qu’a été affirmée la volonté de « consolider la référence religieuse commune », l’Émirat des croyants étant considéré comme une expérience singulière qui conjugue « légitimité religieuse et service des causes du développement, de la stabilité et du vivre-ensemble ».

On peut dire que, sous le règne de Mohammed VI, les échanges religieux ont dépassé les formes traditionnelles de présence spirituelle et symbolique qui se limitaient généralement au soutien matériel, à la participation de personnalités religieuses, de confréries soufies, de leurs réseaux associatifs, ainsi que de juristes et de savants aux rencontres religieuses organisées au Maroc. L’ambition est désormais plus vaste : il s’agit de transférer l’expérience marocaine au cœur de l’Afrique et d’y affirmer une présence sans distinction linguistique ou ethnique.

Les institutions marocaines sont ainsi présentes aussi bien dans l’Afrique francophone que dans l’Afrique anglophone. La Tanzanie, à l’est du continent, en offre un exemple significatif : son grand mufti a publiquement affirmé son adhésion à l’Émirat des croyants marocain.

Vers une référence civilisationnelle

L’expérience marocaine de l’Émirat des croyants est aujourd’hui accueillie par plusieurs États africains en fonction de leurs propres modèles et de leurs spécificités nationales.

Nous sommes face à une expérience qui dépasse largement le simple exercice d’un leadership religieux. Elle vise à construire une référence civilisationnelle au cœur même des projets de reconstruction de ces sociétés. L’ambition est considérable. Le Maroc y mobilise son héritage historique, intellectuel et soufi, mais également ses ressources diplomatiques, économiques et scientifiques.

Cette dynamique conduit naturellement au second volet du projet marocain dans le champ religieux africain : celui du patrimoine humain commun.

De l’héritage spirituel au projet d’avenir

Le profond enracinement historique et la longue continuité qui la relie au passé n’empêche pas l’Émirat des croyants de constituer une porte ouverte sur l’avenir. Bien au contraire il le fonde et l’inscrit aujourd’hui dans les préoccupations liées au développement, à la mise à niveau des sociétés, à la construction d’un socle commun au sein des États concernés, mais aussi dans la lutte contre les discours extrémistes et terroristes ainsi que dans le traitement des conséquences produites par ces conflits.

Jusqu’à présent, l’expérience marocaine a offert des pistes de réponse à plusieurs questions demeurées sensibles dans la conscience collective musulmane : la place des femmes, le rapport à l’autre, la tolérance, le pluralisme et d’autres problématiques comparables.

Au-delà de l’influence politique

Les enjeux géoreligieux accompagnent toute initiative portée par un État. Cette réalité se retrouve également chez plusieurs concurrents ou adversaires du Maroc, qui cherchent à construire des espaces d’influence dépourvus de profondeur spirituelle et d’ancrage historique. L’Iran et la Turquie en constituent des exemples. Dans ces modèles, fait défaut le lien d’allégeance à la personne du souverain en tant qu’Émir- Commandant - des croyants.

Le projet marocain dépasse ainsi la seule logique de l’influence politique. Il s’inscrit dans la construction d’un espace spirituel commun, à la fois islamique et humain.

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