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Les cerveaux de la diaspora, nouveaux Lions de l’Atlas – Par Dr Anwar Cherkaoui
Ces cerveaux de la diaspora marocains devraient faire l’objet d’une base de données dynamique identifiant leurs domaines d'expertise, leurs publications scientifiques, leurs brevets, leurs responsabilités etc.
Le succès du Maroc dans le recrutement de footballeurs issus de sa diaspora illustre l'efficacité d'une stratégie fondée sur l'identification, le suivi et la valorisation des talents. Pour Anwar Cherkaoui, cette approche pourrait inspirer une politique nationale ambitieuse en faveur des chercheurs, ingénieurs, médecins et experts marocains établis à l'étranger, afin de renforcer durablement les capacités scientifiques, technologiques et industrielles du Royaume.

Anwar Cherkaoui
Expert en communication médicale et de santé
Le football marocain a démontré qu'une victoire ne se construit pas uniquement sur les terrains. Elle se prépare aussi dans les bureaux, grâce à l'intelligence stratégique, à la veille permanente et à une parfaite connaissance des talents disséminés à travers le monde.
Depuis plusieurs années, les autorités marocaines du football ont constitué une base de données impressionnante de plusieurs milliers de joueurs d'origine marocaine évoluant dans les championnats européens et internationaux.
Derrière chaque nom figurent un parcours, une nationalité sportive, une histoire familiale, un potentiel et parfois un long processus de persuasion destiné à convaincre le joueur de défendre un jour les couleurs nationales.
Cette stratégie demande du temps, des moyens humains considérables, des déplacements, des négociations parfois longues et complexes, ainsi que des investissements financiers importants. Mais lorsque le résultat est au rendez-vous, personne ne conteste aujourd'hui la pertinence de cette vision à long terme.
Cette réussite soulève une question qui dépasse largement le football.
Pourquoi une stratégie aussi méthodique ne serait-elle pas appliquée au développement scientifique, médical, technologique ou industriel du Royaume ?
Le Maroc possède lui aussi une véritable « équipe nationale » de chercheurs, d'ingénieurs, de médecins, d'architectes, de spécialistes de l'intelligence artificielle, de l'aéronautique, du nucléaire, des biotechnologies ou encore des technologies quantiques.
Ils exercent dans les plus grandes universités, les meilleurs hôpitaux, les centres de recherche les plus prestigieux ou les entreprises de haute technologie répartis sur plusieurs continents.
Ces femmes et ces hommes constituent un capital stratégique souvent mal recensé et pas très bien géré. Ces forces, pour nombre d’entre elles haut de gamme, pourraient aussi faire l'objet d'une cartographie nationale des compétences marocaines de l'étranger.
Une base de données dynamique pourrait identifier leurs domaines d'expertise, leurs publications scientifiques, leurs brevets, leurs responsabilités, leurs réseaux internationaux ainsi que leur disponibilité à contribuer au développement du Maroc, de manière permanente ou ponctuelle.
À l'image d'un recruteur de football qui suit un jeune joueur pendant plusieurs années avant de lui proposer le maillot national, des équipes spécialisées pourraient maintenir un dialogue continu avec ces talents.
Il ne s'agirait pas seulement de leur proposer un retour définitif, mais également des missions temporaires, des laboratoires associés, des chaires universitaires, des programmes de recherche communs, des plateformes d'innovation ou des projets industriels d'envergure.
Naturellement, une telle politique aurait un coût.
Attirer un professeur de renommée mondiale, un chirurgien d'exception, un spécialiste des semi-conducteurs ou un expert en énergie nucléaire exige parfois des conditions de travail compétitives, des laboratoires performants, des financements de recherche et des rémunérations adaptées aux standards internationaux.
Mais faut-il considérer ces dépenses comme un coût... ou comme un investissement ?
Chaque grand chercheur qui revient peut former des dizaines de jeunes scientifiques.
Chaque équipe de recherche performante peut générer des innovations, des brevets, des start-up, attirer des investissements étrangers et renforcer la souveraineté scientifique du pays.
Les retombées économiques et stratégiques dépassent très largement l'investissement initial.
Dans un monde où la compétition internationale ne porte plus uniquement sur les matières premières mais sur les compétences humaines, les nations se livrent désormais une véritable course aux cerveaux.
Les meilleurs chercheurs sont devenus des ressources aussi stratégiques que les ressources énergétiques ou les infrastructures.
Le Maroc dispose aujourd'hui d'atouts considérables : une diaspora hautement qualifiée, une stabilité institutionnelle, des secteurs industriels en pleine croissance, notamment dans l'automobile, l'aéronautique, les énergies renouvelables et les technologies numériques.
La prochaine étape pourrait être de bâtir une véritable politique nationale de recrutement des compétences marocaines à l'étranger.
Après avoir réussi à faire revenir des talents capables de faire vibrer tout un peuple dans les stades, le Royaume pourrait relever un défi encore plus ambitieux : faire revenir ceux qui feront progresser les laboratoires, les universités, les hôpitaux, les centres d'innovation et les industries de demain.
Les victoires sportives nourrissent la fierté nationale. Les victoires scientifiques, elles, construisent durablement la puissance d'une nation.
Le plus beau recrutement de demain ne se jouera peut-être pas uniquement sur une pelouse. Il pourrait aussi se décider dans un laboratoire de recherche, un bloc opératoire, un centre spatial ou une université, là où se prépare le véritable avenir des nations.