Les jardins de l’Agdal : neuf siècles d’histoire menacés par la négligence

Les jardins de l’Agdal : neuf siècles d’histoire menacés par la négligence

Les dégradations subies par le pavillon qui servait autrefois de lieu de promenade au sultan alaouite Mohammed Ben Abderrahmane et à son fils, le sultan Hassan Ier, sont d’une ampleur qui les menace de disparition.

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Étendus sur près de 500 hectares à Marrakech, les jardins de l’Agdal sont considérés comme le plus ancien jardin encore vivant au monde, avec neuf siècles d’existence. Inscrits aujourd’hui au patrimoine mondial de l’UNESCO, ces vastes jardins, luxuriants et majestueux, constituent une fierté pour les Marrakchis, les Marocains et l’humanité tout entière. Mais la dégradation de certains de leurs monuments historiques suscite désormais de sérieuses inquiétudes, Notamment celle de notre confrère Assiraj Mohamed Dho qui a lancé cette alerte sur son compte Facebook.

Assiraj Mohamed Dho

Une création almohade au cœur de Marrakech

Toutes les sources historiques s’accordent à attribuer la création des jardins de l’Agdal au calife almohade Abou Yacoub Youssef, fils d’Abdelmoumen Ben Ali Al-Koumi. (qui a initié), d’origine amazighe, né en 1139 dans la localité historique de Tinmel, dans la région de Marrakech. (…)

C’est notamment à lui que l’on doit l’organisation hydraulique de Marrakech et de Séville.

Les ouvrages historiques s’accordent également sur le fait qu’il donna à ces jardins luxuriants le nom de « Jnan Salha », en référence à son épouse, dont le nom s’est transmis pendant neuf siècles jusqu’à aujourd’hui. Qui, parmi nous, n’a pas chanté dans son enfance cette ritournelle populaire ?

آجرادة مالحة، فين كنتي سارحة؟

في جنان الصالحة،آش كليتي؟

آش شربتي؟غير التفاح ولمزاح.....

« Ô sauterelle salée, où étais-tu partie ?
Dans le jardin de Salha.
Qu’as-tu mangé ?
Qu’as-tu bu ?
Rien que des pommes et de la plaisanterie ( des nèfles)… »

Un remarquable héritage hydraulique

Les jardins de l’Agdal abritent deux grands bassins : celui de « Dar El Hana » et celui d’« Al Gharsia ».

Le bassin de Dar El Hana constitue, jusqu’à aujourd’hui, l’une des plus importantes réalisations d’ingénierie hydraulique du Maroc, reposant sur des techniques qui remontent au XIIe siècle.

Dans son ouvrage « Marrakech des origines à 1912 », l’historien et chercheur français Gaston Deverdun explique que la vision ayant présidé à la réalisation de ce vaste projet de développement et de civilisation que constituent l’Agdal, ses deux bassins ainsi que le bassin des jardins de la Ménara était une vision audacieuse, portée par un horizon stratégique.

Ces ouvrages n’étaient pas uniquement destinés à l’irrigation. Ils servaient également de lieux d’entraînement militaire à la natation pour les soldats, mais aussi à l’apprentissage du combat dans l’eau. Plus encore, cavaliers et chevaux y étaient entraînés aux affrontements en milieu aquatique et au tumulte des eaux.

Un patrimoine aujourd’hui fragilisé

J’ai récemment visité les jardins de l’Agdal, « Jnan Salha », et j’ai été stupéfait par l’ampleur des dégradations subies par le pavillon qui servait autrefois de lieu de promenade au sultan alaouite Mohammed Ben Abderrahmane et à son fils, le sultan Hassan Ier.

La partie supérieure centrale de sa toiture s’est effondrée et l’édifice s’est dégradé sous l’effet de la négligence et du manque d’entretien.

Je crains que ce pavillon ne connaisse le même sort que l’ancien « Sahrij Al Baqar », le bassin aux Bœufs, monument historique datant de l’époque almohade, détruit et perdu à jamais dans ce qui constitue un véritable crime urbanistique, sous l’effet de l’avancée du béton.

C’est à cette fin que j’adresse un message urgent aux responsables du patrimoine matériel et immatériel de la ville de Marrakech au sujet de l’état actuel de ces jardins.

Préserver Jnan Salha avant qu’il ne soit trop tard

Les jardins de l’Agdal ne sont pas un simple espace vert ni un décor hérité du passé. Ils portent neuf siècles d’histoire, de maîtrise hydraulique, d’architecture, de mémoire populaire et de civilisation.

Les laisser se détériorer reviendrait à abandonner une partie irremplaçable de l’histoire de Marrakech et du Maroc.

L’urgence est donc de protéger ce patrimoine, de restaurer les édifices menacés et d’assurer un entretien à la hauteur de la valeur exceptionnelle de ce lieu inscrit dans la mémoire collective et dans le patrimoine universel.

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