Les raisons d’une inéluctable évaporation d’un mirage – Par Talaa Saoud Al Atlassi

Les raisons d’une inéluctable évaporation d’un mirage – Par Talaa Saoud Al Atlassi

Le président algérien Abdelmadjid Tebboune accueillant le chef des milices séparatistes et d’un mouvement conçu in vitro et ajusté aux priorités de l’hostilité algérienne envers le Maroc

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L’évolution récente du dossier du Sahara révèle un basculement décisif dans l’approche internationale. Entre la fermeté du Conseil de sécurité, l’implication explicite de l’Algérie et la consolidation du plan d’autonomie sous souveraineté marocaine, le Polisario apparaît acculé, au terme d’une séquence où l’illusion d’un État séparatiste se dissipe progressivement. Talaa Saoud Al-Atlassi rappelle que de nombreuses organisations armées à travers le monde ont fini par déposer les armes pour s’engager dans la vie politique. À la lumière de ces trajectoires internationales, le Polisario apparaît comme l’un des derniers mouvements à s’accrocher à une logique dépassée

Talaa Saoud Al Atlassi

Un tournant des Nations unies dans le dossier du Sahara

La décision des Nations unies de suspendre la mission de la MINURSO dans les camps de Tindouf, où siègent la direction du Polisario et ses milices, constitue un nouvel indice de la volonté onusienne de mettre en œuvre, dans son intégralité, la résolution du Conseil de sécurité sur le Sahara marocain. L’objectif est clair : orienter le processus vers une issue politique dans les dix premiers mois de l’année 2026. Cela signifie implicitement que Tindouf n’a plus besoin de la MINURSO et que ses habitants sont appelés à quitter ces camps.

Un second signal confirme ce sérieux : la publication de la traduction officielle de la résolution du Conseil de sécurité, qui mentionne explicitement les quatre parties concernées par les négociations autour du règlement du conflit, dans la perspective d’une autonomie sous souveraineté marocaine. Cette traduction met fin aux interprétations tronquées visant à limiter le conflit à deux acteurs, le Maroc et le Polisario, en occultant l’Algérie, pourtant « l’acteur total » dans la contestation du droit du Maroc sur ses provinces du Sud.

Dans ces conditions, l’émissaire onusien Staffan de Mistura dispose désormais d’un cadre limpide pour mener les négociations : les parties sont clairement définies, la base politique est fixée et l’échéancier est établi. Un cadre façonné par une volonté internationale ferme.

L’Algérie bloquée dans un discours dépassé

L’Algérie continue d’employer une rhétorique antérieure à 2007, date à laquelle le plan marocain d’autonomie est entré dans le débat international comme solution politique, réaliste et durable au conflit du Sahara. Aujourd’hui, cette proposition dépasse le statut d’initiative : elle est devenue une décision internationale.

Elle s’appuie à la fois sur l’évolution du conflit et sur un contexte géopolitique mondial où l’apaisement entre l’Algérie et le Maroc est devenu une nécessité stratégique. Le différend, qui dure depuis un demi-siècle dans une zone sensible impactant la Méditerranée et l’Afrique du Nord, est relégué à l’arrière-plan des priorités internationales, où il apparaît désormais comme une anomalie perturbatrice.

En réponse au sérieux affiché par l’ONU, le Maroc a actualisé sa proposition d’autonomie, dix-huit ans après son lancement, en consultant les partis politiques représentés au Parlement, sur instruction du roi Mohammed VI. Cette démarche confère à la proposition marocaine une légitimité nationale renforcée, en y intégrant une expression claire de la volonté populaire.

Dans les provinces du Sud, un important mouvement de consultations politiques a émergé, reflétant un intérêt national marqué pour le processus de règlement. Congrès, séminaires, débats universitaires et rencontres avec des centres de réflexion se multiplient pour examiner les modalités concrètes de mise en œuvre de l’autonomie.

Le Polisario dans l’impasse du discours de 2007

Le Polisario continue de répéter les éléments de langage de l’Algérie, notamment l’appel à un référendum. Or c’est l’ONU elle-même qui, dès 2003, à travers son envoyé James Baker, avait acté l’impossibilité de tenir un tel scrutin. Depuis cette date, les Nations unies recherchent une solution politique alternative. Elles ont progressivement adopté la proposition d’autonomie comme unique voie réaliste.

Le Polisario persiste ainsi à défendre une option obsolète, que plus aucun acteur international n’écoute. Il évolue en périphérie du processus officiel, en dehors du terrain politique réel, avec un projet sans validité onusienne : une pseudo-« république » sans reconnaissance.

Aucun horizon ne s’ouvre aujourd’hui pour le Polisario, sinon celui d’accepter l’agenda international et d’entrer dans des négociations sur l’autonomie sous souveraineté marocaine, après entêtement et tentatives d’esquive.

L’histoire récente montre que de nombreux mouvements séparatistes à travers le monde ont déposé les armes et intégré le jeu politique national, parfois en administrant un régime d’autonomie dans la région concernée. Le Polisario suivra inévitablement ce chemin et connaîtra le même dénouement.

Le précédent international des mouvements armés

Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) a annoncé, le 1er mars de cette année, sa dissolution, la remise de ses armes et son intégration dans la vie politique turque, après près de cinquante ans de lutte armée dans la région du Kurdistan turc. Autrement plus consistant que le Polisario, il a mobilisé durant des décennies des milliers de combattants, établi des bases militaires dans le nord de l’Irak et fonctionné comme une organisation kurde structurée, imprégnée d’idéologie révolutionnaire. Autant de caractéristiques dont le Polisario ne dispose ni sur le plan sociologique, ni sur le plan doctrinal.

À travers le monde, de nombreux mouvements séparatistes ou rebelles ont fini par s’orienter vers l’action politique, après avoir renoncé à la violence armée. C’est le cas des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), engagées pendant près de cinquante ans dans la lutte contre l’État colombien, depuis leur création en 1964 jusqu’à la signature d’un accord de paix en 2016. Elles ont ensuite formé un parti politique, pleinement intégré à la vie publique du pays.

Des trajectoires de réintégration répétées

Le même processus a marqué l’histoire de l’Armée républicaine irlandaise, engagée pendant trois décennies dans un combat armé pour l’unification de l’Irlande face au Royaume-Uni. Après avoir déposé les armes, elle s’est transformée en un parti politique, le Sinn Féin, qui participe aujourd’hui aux élections et occupe des postes gouvernementaux.

En 1992, le Front Farabundo Martí au Salvador a suivi la même voie, après des années de conflit armé contre les forces gouvernementales. La Front Moro islamique, aux Philippines, a également mis fin à la lutte militaire en 2012, après s’être opposée au gouvernement philippin depuis 1984. Ces exemples ne constituent qu’un échantillon représentatif de mouvements épuisés par des années de violence, mais qui, malgré une conviction séparatiste ou politique profonde, ont accepté la transition vers un engagement institutionnel. Même l’inflexible ETA basque en Espagne a fini par annoncer sa dissolution définitive en avril 2018, mettant fin à des décennies de lutte armée.

Un Polisario fragilisé par sa nature même

Le Polisario, lui, se trouve dans une situation bien plus simple à résoudre. Son évolution vers la fin de la lutte armée et son passage à une logique politique sont inévitables, que cela procède d’une conviction ou d’une contrainte. Le mouvement est né artificiellement, conçu in vitro et ajusté aux priorités de l’hostilité algérienne envers le Maroc.

Ce caractère artificiel se révélera au grand jour lorsque viendra l’heure du retour vers le Maroc dans le cadre de l’autonomie. Les premières estimations liées à l’identification des populations de Tindouf montrent que moins de 30 % d’entre elles sont d’origine marocaine. Le reste est composé de Mauritaniens, de Maliens et d’autres groupes que la dureté des conditions de vie dans cette région désertique a poussés vers les camps. À cela s’ajoutent les infiltrations de groupuscules terroristes et de réseaux criminels actifs dans le sud algérien.

La crainte d’un dévoilement inévitable

Ce dévoilement explique la frayeur des dirigeants du Polisario, dont la légitimité repose sur un statut autoproclamé de « représentant unique du peuple sahraoui ». Leur crainte tient au fait qu’en se fondant dans l’espace saharien marocain réel, ils perdront ce paravent politique, d’autant plus que dans les provinces les populations vivent leur marocanité dans l’épanouissement, pleinement engagées dans le développement, le progrès et la consolidation de la marocanité du Sahara.

Ces populations, qui ont tenu bon face aux slogans creux et au mirage séparatiste, ont ré-ancré l’appartenance du Sahara au Maroc par leur présence, leurs efforts et leur résilience.