Lueurs d’espoir et désillusions diplomatiques - Par Hatim Betioui

Lueurs d’espoir et désillusions diplomatiques - Par Hatim Betioui

Le Roi Mohammed VI à Alger avec le défunt président algérien à l’occasion du 17e Sommet de la Ligue arabe, qui s'est tenu, les 22 et 23 mars 2005 dans la capitale algérienne.

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Entre espoirs ravivés et rendez-vous manqués, les relations maroco-algériennes n’ont cessé, depuis la fin du règne de Hassan II, d’osciller entre ouverture prudente et blocages persistants. De la mort du roi en 1999 à la nomination du général Belkheir comme ambassadeur en 2006, en passant par le sommet de la Ligue arabe de 2005, les gestes d’apaisement se sont souvent heurtés au mur infranchissable du dossier du Sahara. Hatim Betioui fait dans cette chronique le récit des occasions perdues où l’histoire, la méfiance et les calculs politiques ont sans cesse pris le pas sur la réconciliation espérée.

Hatim Betioui

Le pari manqué d’une rencontre historique

À la suite de l’élection d’Abdelaziz Bouteflika à la présidence de l’Algérie, le 15 avril 1999, le roi Hassan II afficha un optimisme remarquable quant à la possibilité d’un règlement définitif de la question du Sahara.

L’un de ses proches conseillers m’a confié que le souverain marocain était convaincu que si ce dossier ne se réglait pas avec Bouteflika, il faudrait attendre encore quarante ans avant d’espérer une issue.

À cette époque, des rumeurs persistantes évoquaient la préparation d’une rencontre imminente entre le roi Hassan II et le président algérien. Mais le destin en décida autrement : le souverain s’éteignit soudainement le 23 juillet 1999, emportant avec lui une nouvelle chance de rapprochement.

L’histoire semblait se répéter : vingt ans plus tôt déjà, en 1978, une rencontre entre le roi du Maroc et le président Houari Boumediene devait avoir lieu à Bruxelles. La mort subite de ce dernier mit fin à l’initiative avant même qu’elle ne voie le jour. À chaque tentative d’ouverture entre les deux pays, la fatalité semblait se dresser sur le chemin.

L’ombre persistante des militaires

Malgré l’élan d’espoir suscité par l’arrivée de Bouteflika au palais d’El Mouradia, la structure du pouvoir en Algérie, notamment en matière de politique étrangère et du dossier du Sahara, demeurait largement sous le contrôle de l’armée et des services de renseignement.

Les promesses d’une diplomatie plus souple se heurtaient ainsi à la rigidité d’un appareil politico-militaire peu enclin à réviser ses positions historiques.

 Un début d’ouverture sous Mohammed VI

Avec l’avènement du roi Mohammed VI, les relations maroco-algériennes connurent un léger dégel, teinté de prudence.

Une nouvelle approche diplomatique prit forme à Rabat : ouverture, flexibilité et volonté affirmée de construire un climat de confiance. Entre 1999 et 2005, la dynamique bilatérale atteignit un niveau inédit : le ministre marocain des Affaires étrangères, Mohamed Benaïssa, se rendit à Alger à plusieurs reprises et rencontra le président Bouteflika à onze reprises.

Ces échanges répétés traduisaient la volonté claire du Maroc de normaliser les relations, de relancer les mécanismes de dialogue et de réactiver l’Union du Maghreb arabe, paralysée depuis le début des années 1990. En mars 2005, Le Roi Mohammed s’est rendu en Algérie pour participer au 17e Sommet de la Ligue arabe, qui s'est tenu, les 22 et 23 mars 2005 dans la capitale algérienne. Avant de quitter Alger, le souverain a eu, au siège de sa résidence à Alger, un entretien en tête-à-tête avec le Président algérien, Abdelaziz Bouteflika, qui avait suscité quelques espoirs.

L’intervention manquée des Émirats arabes unis

Mais, là encore, les espoirs furent déçus. Peu avant la mort du « sage des Arabes », le cheikh Zayed ben Sultan Al-Nahyan, en 2004, il dépêcha l’un de ses fils auprès du président Bouteflika.

Sa mission : lui rappeler les propos amicaux qu’il avait tenus par le passé à l’égard du Maroc, de son roi et de son intégrité territoriale, et l’encourager à poser un geste concret en faveur de ce rapprochement.

L’envoyé revint cependant à Abou Dhabi profondément déçu. Ce qu’il avait entendu du chef de l’État algérien différait radicalement du discours qu’il tenait lorsqu’il était accueilli en hôte de marque aux Émirats.

L’émissaire préféra taire à son père mourant les propos de Bouteflika, tant le contraste entre ses paroles d’alors et sa posture de président de la République algérienne était saisissant.

Une nomination porteuse d’espoir

Malgré les déceptions accumulées, une lueur d’espoir semblait renaître le vendredi 25 août 2006, lorsque le roi Mohammed VI reçut à Tétouan le nouvel ambassadeur d’Algérie, le général Larbi Belkheir, venu présenter ses lettres de créance en qualité d’ambassadeur plénipotentiaire auprès du Royaume du Maroc.

Le ministre marocain des Affaires étrangères, Mohamed Benaïssa, accompagna le diplomate algérien à bord de l’avion qui le conduisait vers l’aéroport de Saniat R’mel à Tétouan.

Durant le vol, Benaïssa lança sur un ton léger :

« Général, on dit que l’homme ne dit la vérité qu’à deux moments : sous terre ou dans les airs. Permettez-moi donc de vous demander : quel est le plafond de votre mission à Rabat ? »

Le général répondit aussitôt, sans détour :

« Tout, sauf la question du Sahara. »

Le désenchantement d’un optimisme mesuré

Les responsables marocains comprirent rapidement que la mission du nouvel ambassadeur ne dépasserait guère celle de ses prédécesseurs, malgré les espoirs qu’avait suscités sa nomination. Beaucoup y voyaient alors un signe d’apaisement et la volonté d’Alger de tourner la page du passé.

Mais Larbi Belkheir, figure puissante de l’appareil d’État algérien, n’était pas un diplomate ordinaire. Ancien directeur de cabinet de la présidence sous Chadli Bendjedid, puis sous Abdelaziz Bouteflika, il fut longtemps considéré comme un véritable « faiseur de présidents ». Il mourut le 29 janvier 2010, toujours en poste à Rabat.

Un poste diplomatique comme sanction déguisée

Avec le recul, il apparut clairement que la désignation du général Belkheir à Rabat n’obéissait pas à une réelle volonté de réconciliation.

Pour Bouteflika, elle relevait plutôt d’une forme de « sanction douce », une manière d’éloigner une personnalité devenue encombrante dans les cercles du pouvoir algérien. Ce geste confirmait, une fois encore, que le dossier fondamental opposant les deux pays – la question du Sahara – demeurait hors de portée de tout règlement bilatéral.

Une constante : le mur du Sahara

Malgré les multiples efforts diplomatiques déployés au cours de ces années, les relations entre Rabat et Alger restèrent prisonnières d’une équation immuable : une « détente de façade » se heurtant invariablement au mur du Sahara.

Dans cette impasse, se mêlaient le poids de l’histoire, la doctrine politique du régime algérien et ses ambitions régionales.

Ainsi, ce qui s’était présenté comme un renouveau prometteur n’était, une fois de plus, qu’un optimisme des occasions perdues.