Maroc-Algérie : l’histoire commune telle que rappelée dans le discours du Trône 2025 – Par Mohamed Mohattane

Maroc-Algérie : l’histoire commune telle que rappelée dans le discours du Trône 2025 – Par Mohamed Mohattane

La bataille d’Isly en 1844, l’armée du sultan Moulay Abderrahmane volant au secours du chef de la résistance algérienne, Abdelkader face à la puissante armée française qui avit entamé l’indépendance de l’Algérie ottomane en 1930

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Dans son discours du Trône 2025, le Roi Mohammed VI a mis l’accent sur les liens historiques et fraternels qui unissent les peuples marocain et algérien. Ce message royal, prononcé à l'occasion du 26ᵉ anniversaire de son accession au trône, rappelle non seulement l’engagement du Royaume en faveur de l’indépendance de l'Algérie, mais aussi la solidarité continue du Maroc envers son voisin, malgré les différends politiques récents. Bref retour de Mohamed Mohattane sur l’histoire des relations entre les deux pays montre que, derrière les tensions diplomatiques contemporaines, une fraternité indéfectible persiste.

Par Pr. Mohammed Mohattane

Ancien Secrétaire d’Etat chargé du Développement Rural

Une Histoire partagée et des liens profonds

La réaffirmation royale de l'importance des liens historiques entre le Maroc et l’Algérie, soulignant que les deux peuples partagent une histoire de lutte commune contre le colonialisme, particulièrement durant la période de la guerre d'indépendance algérienne, ne date pas du déclenchement de la révolution algérienne en 1954.

Dès 1830, lors de la colonisation française de l'Algérie, le Sultan marocain Moulay Abd al-Rahman a réagi de manière solidaire en ouvrant les frontières aux réfugiés algériens qui fuyaient l'occupation. Cet acte de fraternelle générosité envers les Algériens, montre l'importance de la solidarité inter-maghrébine. Dans ses instructions, Moulay Abd al-Rahman a rappelé à ses sujets : « Ils sont nos frères, des musulmans défaits et battus par l’ennemi », soulignant l’aspect fraternel et religieux de cette aide.

Quatorze plus tard, le même sultan Moulay Abderrahmane n’a pas hésité à aller à la rencontre de la puissante armée française lors de bataille qui a eu lieu le 14 août 1844, près de l'oued Isly, à la frontière les provinces ottomanes de l’Actuelle Algérie et le Maroc-marocaine. Elle a opposé l'armée française, dirigée par le maréchal Bugeaud, à l'armée marocaine, soutenant le chef de la résistance algérienne, Abdelkader.  Cette défaite restera pour de nombreux historiens comme celle qui a ouvert, à travers les accords de Meghnia le royaume au dépeçage colonial. Ce qui n’empêchera par le Maroc indépendant de voler au secours de la révolution algérienne.

Le Maroc, pilier du Soutien à la Révolution Algérienne

Michel Abitbol, historien de renom, notant pour sa part cette proximité entre les deux peuples, souligne que le Maroc a toujours été un refuge pour les Algériens, et que ce soutien ne date pas seulement de l’époque coloniale mais s’inscrit dans une longue tradition d’entraide et de fraternité. Voici ce qu’il en rapporte : « Informé dès le 13 juillet du débarquement français, le Sultan en fut consterné ainsi que tous ses sujets qui apprirent par la suite la nouvelle. Tandis que les appels au djihad se multipliaient à travers le pays, Moulay Abd al-Rahman, qui connaissait l'état réel de ses troupes, se borna dans un premier temps, à ouvrir largement ses frontières aux réfugiés algériens fuyant les soldats français.  Il donna des instructions dans ce sens au gouverneur de Tétouan dont la ville accueilli un grand nombre de sortissants d'Alger et d'Oran : " ils sont nos frères, des musulmans défaits et battus par l'ennemi qui s'est emparé de leur pays et de leurs biens. Ils se sont enfuis pour lui échapper  et sauvegarder leur foi, puisse Dieu le miséricordieux les assister ".

Le Maroc a joué un rôle crucial dans le soutien à la lutte pour l’indépendance de l'Algérie, non seulement en ouvrant ses portes aux réfugiés, mais aussi en fournissant une aide matérielle et morale aux combattants algériens. De nombreux historiens, dont le Marocain Mohammed Kenbib, rappellent que le Royaume a permis à de nombreux Algériens de mener leurs combats contre l’occupant français depuis son territoire, créant un espace sûr pour les organisations révolutionnaires.

Le soutien royal à la cause algérienne s'est poursuivi après l'indépendance de l'Algérie, mais la nature de ce soutien a évolué avec le temps. Loin de toute volonté de faire disparaître les différends, le Royaume a toujours mis un point d’honneur à encourager les relations diplomatiques, culturelles et économiques entre les deux pays, dans le respect de leurs souverainetés respectives.

Tensions Contemporaines : Un paradoxe Diplomatique

Malgré ces liens historiques solides, les relations entre le Maroc et l’Algérie ont traversé des périodes de tensions diplomatiques, particulièrement ces dernières décennies. Les différends autour du Sahara. Faisant table rase de cette histoire commune l’Algérie n’a pas hésité à fermer à la première occasion les frontières entre les deux pays en 1994, ni plus récemment à rompre toute relation avec le Maroc.

Pour autant, dans son discours, le Roi Mohammed VI n’a pas hésité à réitérer la position du Maroc sur l'Algérie, en insistant sur le fait que le pays reste un partenaire fondamental dans la construction d’un avenir pacifique et prospère pour l’ensemble du Maghreb. Sa Majesté a précisé que, malgré les divergences, la solidarité marocaine vis-à-vis de l'Algérie est intacte et ne saurait être affectée par des questions politiques transitoires.

Les récents appels à renforcer la coopération entre les deux pays rappellent que, malgré les tensions, une base commune existe pour une future entente entre deux voisins condamnés à cohabiter dans la maison commune qu’est le Grand Maghreb.

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