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Marocains de France : présents partout, nommés nulle part ; racisme feutré, talents étouffés – Par Dr Az Eddine Bennani
On ne vous dira jamais que vous êtes “trop arabe”, ou “trop marocain”. Mais on vous dira que “le poste exige un certain profil”. On soulignera “la sensibilité du contexte”. On invoquera “l’équilibre de l’équipe”. Et parfois… un simple slide montrant une équipe “trop homogène”, comprenez : trop marocaine, suffira à faire capoter un projet.
Ils sont les rouages invisibles d’un pays qu’ils servent avec compétence et loyauté. Médecins, ingénieurs, chercheurs, enseignants ou développeurs, les Marocains et Marocaines de France contribuent à faire tenir debout les grandes institutions françaises. Pourtant, lorsque vient l’heure de nommer, de promouvoir, de rendre visibles les talents, leurs noms s’évanouissent. Cette chronique de Az-Eddine Bennani rend hommage à ces travailleurs de l’ombre, talents de la lumière, toute une génération d’excellence, souvent éclipsée par un racisme feutré, insidieux, qui dévalorise non pas ce qu’ils font, mais ce qu’ils sont. Un hommage aussi à leur dignité, à leur patience, à leur courage silencieux — et à leur droit légitime d’être reconnus.

Une présence active mais invisibilisée
Ils sont là. Dans les hôpitaux, dans les classes, dans les laboratoires, dans les back-offices des banques, dans les services publics, dans les grandes entreprises. Ils codent, enseignent, soignent, innovent, résolvent. Souvent plus discrets que les autres. Par pudeur. Par fatigue aussi. Celle de devoir toujours prouver.
Ce sont des Marocains et Marocaines de France, venus étudier, travailler, transmettre, contribuer. Et pourtant, lorsqu’il s’agit de nommer un responsable, un chef de projet, un directeur, le téléphone sonne rarement pour eux.
Il y a des formes de racisme visibles, bruyantes, frontales. Et puis il y a ce racisme feutré, celui qui opère à voix basse, dans les marges des réunions, dans les silences des décisions. Celui qui sélectionne sans jamais expliquer, écarte sans jamais blesser, neutralise sans jamais se compromettre.
On ne vous dira jamais que vous êtes “trop arabe”, ou “trop marocain”. Mais on vous dira que “le poste exige un certain profil”. On soulignera “la sensibilité du contexte”. On invoquera “l’équilibre de l’équipe”. Et parfois… un simple slide montrant une équipe “trop homogène”, comprenez : trop marocaine, suffira à faire capoter un projet.
Un racisme insidieux et structurel
C’est ce que vient de vivre, en 2025, en France, un dirigeant d’entreprise franco-marocain, M. Kays Bouachik, CEO de Kayros. Alors qu’il présentait à une grande mutuelle un projet digital structuré et innovant, on lui a opposé cette phrase stupéfiante : « Il y a trop de Marocains dans l’équipe. »
Pas un mot sur la qualité du livrable. Pas une critique du planning. Pas une discussion sur le budget. Juste une réaction à un slide, celui où apparaissait une équipe projet 100 % marocaine, compétente, expérimentée, prête à livrer.
Cette phrase, sans cri ni injure, est pourtant révélatrice d’un racisme structurel dont on ne parle jamais : celui qui n’écarte pas pour ce que vous faites, mais pour ce que vous êtes.
Ceux qu’on n’écoute pas toujours mais qui font tourner les machines. Ceux qui forment les meilleurs élèves, mais qu’on ne promeut jamais doyen. Ceux qui innovent dans l’ombre, mais qu’on ne met jamais dans la “photo officielle”.
Et pourtant, 66 % des internationaux admis à Polytechnique Paris sont marocains. Ils viennent de Fès, de Casablanca, de Oujda ou de Tétouan. Formés avec trois fois moins de moyens, mais dix fois plus de détermination.
Rendre hommage à une excellence silencieuse
Je veux ici rendre hommage à tous ces Marocains et Marocaines du monde, en France et ailleurs, qui tiennent bon sans reconnaissance, construisent sans visibilité, résolvent sans titre, avancent sans passe-droit.
Votre travail est la plus belle réponse. Votre éthique est notre fierté. Votre ténacité est une boussole.
Il ne s’agit pas de crier à la discrimination dès qu’un poste nous échappe. Mais d’oser dire ce que beaucoup vivent en silence : il existe encore, en France comme ailleurs, un plafond de verre fait de non-dits, de stéréotypes respectueux, de félicitations sans suite.
Et ce n’est pas par victimisation que nous le disons. Mais par respect de la vérité.
Ce que la France a de meilleur en elle, c’est sa capacité à reconnaître tous ses talents. Et ce que le Maroc a de plus grand à offrir, ce sont ces femmes et hommes debout, partout dans le monde, qui bâtissent des ponts, et non des murs. Des solutions, et non des crispations. De la compétence, pas des postures.
À vous, Marocains et Marocaines du monde, qui continuez à avancer, souvent sans merci, parfois sans visibilité : vous êtes notre avenir. Et nous vous devons plus que des éloges. Nous vous devons la vérité. Et le droit, un jour, de prendre votre place. Sans devoir la quémander.
Pendant cette période estivale, alors que de nombreux Marocains établis en France rentrent au pays pour se ressourcer, retrouver leurs proches, et renouer avec leurs racines, l’auteur souhaite leur rendre hommage. À celles et ceux qui vivent entre deux rives, qui travaillent avec dignité, persévérance et talent dans les entreprises, les universités, les écoles ou les hôpitaux de France — souvent sans reconnaissance à la hauteur de leur mérite.