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Obésité au Maghreb : Marrakech à l’avant-garde d’une révolution thérapeutique – Par Dr Anwar Cherkaoui
L’obésité n’est pas seulement un problème de poids : elle est à l’origine de pathologies lourdes — diabète, maladies cardiovasculaires, cancers — qui pèsent lourdement sur la vie des gens, les systèmes de santé et les économies nationales
Du 16 au 19 octobre 2025, le 20ᵉ Congrès Maghrébin d’Endocrinologie, Diabétologie et Nutrition réunira à Marrakech chercheurs, médecins et innovateurs pour affronter un fléau silencieux : l’obésité. Alors que la pathologie explose dans la région, ce rendez-vous s’annonce comme un tournant, entre approches disruptives, traitements non invasifs et plaidoyer pour une médecine plus humaine et personnalisée.

Une urgence sanitaire aux multiples visages
Longtemps reléguée au second plan, l’obésité s’impose désormais comme une priorité de santé publique dans les pays du Maghreb. Le Maroc, comme ses voisins d’Afrique du Nord, enregistre une progression alarmante du surpoids, en particulier chez les enfants. En cause : une urbanisation rapide, une sédentarité croissante, une alimentation industrialisée et un déficit criant d’éducation nutritionnelle.
Mais l’obésité n’est pas seulement un problème de poids : elle est à l’origine de pathologies lourdes — diabète, maladies cardiovasculaires, cancers — qui pèsent lourdement sur la vie des gens, les systèmes de santé et les économies nationales. L’absentéisme, les incapacités chroniques et la hausse des dépenses médicales en sont les conséquences directes.
C’est dans ce contexte que le Congrès Maghrébin de Marrakech entend jouer un rôle structurant. L’objectif : dépasser les clichés, briser les tabous et proposer des solutions concrètes et innovantes.
Trois pistes thérapeutiques au cœur de l'innovation
Le programme du congrès promet des interventions de haut niveau, dont trois conférences qui retiennent particulièrement l’attention.
Le Pr Rachid Hssaida proposera une approche aussi audacieuse que controversée : l’anneau gastrique virtuel. Par le biais de l’hypnose, il s’agirait de convaincre le cerveau qu’un anneau limite l’estomac, entraînant ainsi une diminution de l’appétit. Une méthode sans chirurgie, mais qui pose de vraies questions : est-ce une illusion psychologique ou une avancée thérapeutique crédible ? Le débat est lancé.
Le Pr Adil Ait Errami défendra quant à lui l’endoscopie bariatrique, une alternative douce à la chirurgie classique. Sans incision, en utilisant les voies naturelles, cette technique réduit la capacité gastrique ou modifie le transit digestif. Les premiers résultats, encourageants, séduisent de plus en plus de praticiens et offrent un espoir à des patients réticents à l’opération lourde.
Enfin, la Pr Ghizlane El Mghari mettra en lumière les avancées en micronutrition, une approche fine et personnalisée qui adapte les apports nutritionnels aux besoins biologiques spécifiques de chaque individu. Moins coercitive que les régimes restrictifs, plus respectueuse du métabolisme de chacun, cette piste s’inscrit dans une médecine de précision en pleine expansion.
Un tournant scientifique, humain et culturel
Ce congrès ne sera pas seulement un espace de savoir médical. Il ambitionne aussi de reconfigurer le regard porté sur l’obésité : sortir du registre de la culpabilisation pour entrer dans celui de l’accompagnement. S’éloigner des solutions uniformes pour privilégier des stratégies sur mesure.
Marrakech deviendra, durant quatre jours, un véritable laboratoire d’idées et de pratiques, où se mêleront science rigoureuse, empathie clinique et innovation technologique. Un lieu pour penser autrement une pathologie trop souvent stigmatisée, et pour jeter les bases d’une nouvelle approche maghrébine de la santé nutritionnelle.
Car l’obésité n’est pas une fatalité. Encore faut-il changer de paradigme : ne plus blâmer, mais comprendre. Ne plus prescrire à l’aveugle, mais écouter les corps et les contextes. Et surtout, offrir à chaque patient une chance réelle de transformation, dans la dignité.