Pour une codification électorale stable et structurante – Par Bilal Talidi

Pour une codification électorale stable et structurante – Par Bilal Talidi

Le ministre de l'Intérieur, Abdelouafi Laftit, a tenu deux réunions consécutives avec les dirigeants des partis politiques, consacrées à la préparation des élections législatives pour l'élection des membres de la Chambre des représentants en 2026. 02/08/2025-Rabat (Photo MAP)

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Au lendemain du discours du Trône, les concertations autour de la réforme électorale au Maroc s’accélèrent. Si la démarche impulsée par le ministère de l’Intérieur est saluée pour son sérieux, la nécessité d’un véritable code électoral stable et structurant reste, explique Bilal Talidi, au cœur des attentes. Entre consolidation démocratique, justice territoriale et crédibilité internationale, le Maroc est invité à transformer l’échéance de 2026 en moment de rupture institutionnelle.

Vers une réforme électorale à la hauteur des attentes

Dès la fin du discours royal, le ministre de l’Intérieur a convoqué les chefs des partis politiques pour entamer la mise en œuvre des orientations du Roi Mohammed VI concernant la préparation des prochaines élections législatives.

Selon Idriss Azami, secrétaire général adjoint du Parti de la Justice et du Développement (PJD), la rencontre a été porteuse de signaux très positifs. Elle témoigne de la volonté de l’État de consolider l’édifice démocratique, de protéger la crédibilité du processus électoral et d’aboutir à des institutions émanant de la volonté populaire, légitimes et respectées. Le ministre a demandé aux partis de soumettre leurs propositions concernant le système électoral d’ici fin août, en vue d’un examen concerté et d’un consensus législatif à établir dès la session parlementaire d’automne.

Une stabilité politique qui passe par une réforme ambitieuse

Si les partis sont sortis rassurés de cette réunion, cette satisfaction est-elle suffisante pour garantir une prise de conscience collective des enjeux majeurs liés au discours royal ? Celui-ci a insisté sur l’urgence d’un code électoral stable, capable d’articuler dimension politique et impératifs de développement, tout en générant une élite capable d’incarner la justice territoriale. Le roi a, à ce titre, exprimé son refus d’un pays à deux vitesses.

Pourtant, une partie des élites détourne le débat en générant des polémiques inutiles, comme l’absence du chef du gouvernement à la réunion, ou celle du secrétaire général du PJD. Ce type de digressions parasite la lecture des véritables enjeux.

Un impératif démocratique aux multiples résonances

Les partis politiques, souvent mus par une logique pragmatique, cherchent à cerner les nouvelles règles du jeu. La question centrale demeure : cette réforme électorale favorisera-t-elle une véritable démocratisation du champ politique ou se limitera-t-elle à des ajustements de façade ?

Le véritable défi dépasse, en effet, la simple présence ou absence de tel ou tel acteur. Le discours royal, riche et articulé, pose des diagnostics précis : l’économie marocaine, bien qu’en croissance, révèle des failles en matière de répartition des fruits du développement. Pour y remédier, le pays a besoin d’une élite politique capable d’accompagner les transformations, d’harmoniser les vitesses de développement entre les régions, et de réduire les disparités.

Mais cet enjeu démocratique dépasse la seule dimension interne. À l’heure où le dossier du Sahara approche d’un tournant décisif, la solidité du front intérieur est plus que jamais stratégique. La crédibilité du processus démocratique est un rempart contre toute tentative de délégitimation de l’initiative marocaine d’autonomie. Il est donc vital que les prochaines élections incarnent une dose renforcée de démocratie.

La tentation électoraliste face à une volonté d’État claire

Dans la foulée du discours du Trône, les partis politiques ont été conviés par le ministre de l’Intérieur à soumettre leurs propositions en vue de réviser le cadre électoral. Un geste salué, mais qui révèle aussi les divergences de lecture du message royal. Si certains partis ne voient dans cette réforme qu’un levier pour améliorer leurs scores ou garantir leur part du financement public, le discours du ministre, lui, met en avant deux préoccupations essentielles : rehausser la participation citoyenne et attirer des élites compétentes.

Mais l’enthousiasme politique, ponctué de polémiques futiles sur les absences remarquées de tel ou tel dirigeant à la réunion, ne doit pas masquer l’essentiel. Dans un pays en pleine dynamique économique, politiquement stable et au parcours démocratique confirmé, est-il acceptable que chaque échéance électorale rouvre les mêmes débats sur le découpage, les seuils, les listes électorales, le mode de scrutin ou la participation des MRE ?

Pour une codification électorale stable et cohérente

Le Roi n’a pas évoqué de simples lois électorales, mais une codification électorale, c’est-à-dire un cadre global, cohérent, stable et pérenne. Un tel texte devrait structurer les processus électoraux à travers le temps, en ne laissant place qu’à des ajustements techniques ponctuels. L’instabilité actuelle, où chaque scrutin donne lieu à une refonte partielle ou totale des règles, nuit à la solidité institutionnelle du pays.

Le plus navrant, est le revirement opportuniste de certains partis politiques sur des sujets comme le seuil électoral, invoquant tour la nécessité de lutter contre la fragmentation, puis de renier cette position et accepter des seuils très bas sous prétexte de protéger la pluralité, alors qu’en vérité leur seul souci est de s’assurer une place au parlement. Ces postures changeantes, dictées par des intérêts égocentrés et immédiats, sapent la crédibilité des réformes. La législation électorale devrait servir l’intérêt général, non sauver des appareils politiques fatigués.

L’État assure vouloir accroître la participation et promouvoir des élites jeunes et compétentes. Mais tant que certaines formations continueront à penser les réformes à travers le prisme de leurs gains électoraux, elles ne pourront contribuer utilement à cet objectif. Ce comportement rappelle celui de certains acteurs économiques qui scrutent la loi de finances pour en exploiter les failles au lieu d’en comprendre la vocation structurante.

Un impératif de maturité démocratique

Le Maroc mérite un véritable code électoral, qui tranche enfin toutes les questions récurrentes : participation des Marocains du monde, mode de scrutin, découpage électoral, équilibre entre zones rurales et urbaines, inscription électorale et modalités de vote selon des standards internationaux.

Un mois ne suffira peut-être pas pour sceller tous les consensus nécessaires. Mais le pays mérite d’atteindre ce niveau d’organisation, à la hauteur du message royal, limpide et porteur d’une ambition nationale élevée. Ce cap ne doit ni être dilué par les calculs partisans ni amoindri par les compromis administratifs.