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Que cherche au juste l’Algérie ? – Par Bilal Talidi
Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, continue d’exposer le récit traditionnel d’Alger concernant la résolution 2797, comme si rien n’avait changé à contre temps du propos du représentant permanent de l’Algérie à l’ONU, Ammar Benjamâa, justifiant la non-participation d’Alger au vote d’un texte qui acte l’autonomie sous souveraineté marocaine comme cadre exclusif de négociation.
Depuis l’adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, Alger multiplie signaux contradictoires, silences calculés et surenchères inattendues. Entre tentative de rassurer son opinion publique, recherche d’un nouveau levier géopolitique et crainte croissante autour du dossier du Sahara oriental, la diplomatie algérienne semble osciller entre dénégation, inquiétude et repositionnement forcé. Bilal Talidi procède à une lecture attentive des dernières semaines permet de comprendre ce que l’Algérie tente réellement d’obtenir, et ce que le Maroc a déjà anticipé. Et met le doigt sur les dessous d’un trouble diplomatique face à la résolution 2797.

Bilal Talidi
Un discours brouillé, entre récit officiel et contradictions internes
Depuis quelques jours, la diplomatie algérienne avance à contretemps. Le ministre des Affaires étrangères, Ahmed Attaf, continue d’exposer le récit traditionnel d’Alger concernant la résolution 2797, comme si rien n’avait changé. Ce discours contraste avec les propos du représentant permanent de l’Algérie à l’ONU, Ammar Benjamâa, justifiant la non-participation d’Alger au vote d’un texte qui acte l’autonomie sous souveraineté marocaine comme cadre exclusif de négociation.
À ces contradictions s’ajoute un commentaire tardif sur l’appel au dialogue lancé par le roi Mohammed VI, auquel Attaf a répondu en conditionnant le retour des séquestrés à un hypothétique référendum. Une position en décalage avec le texte même de la résolution, qui ne laisse aucune place à cette option.
Dans le même temps, l’Algérie s’est déclarée étonnamment disposée à jouer les médiateurs entre le Maroc et le Polisario, comme si la résolution n’avait pas établi clairement qu’elle est partie prenante au conflit, et que toute négociation doit se dérouler dans le cadre exclusif de l’Initiative marocaine d’autonomie.
Derrière ces prises de position, un objectif : entretenir, pour l’opinion intérieure, l’illusion que la diplomatie algérienne n’a pas subi un revers majeur et une tentative de consolider le narratif algérien, afin de créer un sentiment de tranquillité quant à la performance de la diplomatie algérienne, et de faire croire que la résolution du Conseil de sécurité ne constitue pas, pour l’opinion publique algérienne, une catastrophe nationale causée par cette même diplomatie. Une démarche compréhensible au vu de la montée des critiques politiques et médiatiques visant l’action diplomatique du président algérien, ainsi que le parcours de la diplomatie algérienne depuis Ramtane Lamamra (2021-2023) jusqu’à M. Ahmed Attaf (2023-2025).
La manœuvre extérieure : créer un espace d’interprétation alternative
En parallèle, d’autres signaux dessinent une stratégie inverse : empêcher que la résolution 2797 ne s’impose pleinement dans les faits et tenter d’ouvrir une brèche permettant de revenir à l’esprit des résolutions antérieures au 31 octobre 2025 et de remettre un en selle le fantasme algérien sur le référendum d’autodétermination.
Premier axe : un activisme nourri du lobbying algérien aux États-Unis, visant à se présenter comme un partenaire stratégique fiable de Washington. L’Algérie cherche à élargir la gamme des intérêts américains sur son sol, voire à réduire l’influence russe au Sahel. C’est dans ce contexte qu’elle a soutenu, contre toute attente et à rebours de son discours sue la question palestinienne, le projet de résolution américain sur Gaza appelant au désarmement du Hamas, amenant le ministre Attaf à s’autoriser un ton sévère envers les factions palestiniennes qui avaient dénoncé le vote, déclarant pour la première fois que son pays ne reconnaissait que l’Organisation de Libération de la Palestine.
Le contraste est en effet frappant avec les prises de position récentes, où Alger se posait en protecteur des factions palestiniennes, allant jusqu’à tenter une médiation interne. La rhétorique du soutien inconditionnel à la Palestine se révèle ainsi n’être qu’un instrument conjoncturel dans son bras de fer avec Rabat.
Le spectre du Sahara oriental : une inquiétude entretenue
Deuxième axe : un emballement médiatique en Algérie autour d’un prétendu projet marocain visant à revendiquer le Sahara oriental. Cette panique, alimentée par les organes officiels, s’est amplifiée à partir d’un seul élément : une analyse de Christopher Ross affirmant que l’Algérie a instrumentalisé le Polisario pour empêcher le Maroc de rouvrir le dossier du Sahara oriental et pour l’occuper dans son Sud.
Pourtant, Rabat n’a jamais émis la moindre allusion en ce sens. En évoquant une prétendue “conspiration marocaine” visant à diviser l’Algérie et à lui retrancher un ‘’tiers de son territoire”, alors qu’à ce jour aucune déclaration officielle marocaine ne va dans ce sens, Alger opère une diversion et tente de déplacer le problème. Il tente surtout à convaincre son opinion publique que sa diplomatie n’a subi aucun revers en vue d’éviter la résurgence de la contestation et l’interpellation de la légitimité du pouvoir en place.
Depuis l’adoption de la résolution du Conseil de sécurité, le Maroc, lui, concentre ses efforts sur la mise en œuvre des exigences de cette résolution, en mobilisant l’opinion intérieure pour préciser et actualiser son initiative d’autonomie, tout en poursuivant sa démarche antérieure consistant à renforcer le soutien international en sa faveur. Seul un article de Christopher Ross qui se rappelle au bon souvenir de la scène maghrébine, a évoqué la question du Sahara oriental en la présentant la défense algérienne du référendum au Sahara marocain comme un moyen de protéger ses positions géopolitiques notamment au Sahara oriental. Malgré la sournoiserie de ses critiques et des on hostilité au Maroc, il cherchait surtout à offrir à Alger une voie de sortie : troquer une renonciation marocaine au Sahara oriental qui n’est pas d’actualité, contre une reconnaissance algérienne de l’autonomie, du moment que le Conseil de Sécurité a tranché sa position sur cette question.
Dès lors, l’agitation médiatique autour de ce thème apparaît davantage comme un outil de préparation de l’opinion publique algérienne à une future négociation que comme une réaction à un danger réel.
Une stratégie marocaine lisible
Face à ces signaux, il apparait clairement que le Maroc a anticipé ce jeu et adopté une posture sobre et extrêmement lisible. Aucune déclaration sur le Sahara oriental. Aucun glissement vers la confrontation rhétorique. Aucune entrée dans le jeu algérien.
Rabat concentre ses efforts sur la mise en œuvre de la résolution 2797 : actualiser l’Initiative marocaine d’autonomie, adapter l’architecture constitutionnelle et institutionnelle à cette nouvelle phase, et préparer le terrain diplomatique international pour accompagner ce basculement.
Cela passe par deux chantiers:
– Un travail serein au sein de l’Union africaine pour la mise à l’écart du Polisario en l’invitant à se réconcilier avec à sa propre charte et lui rappelant l’obligation de conformité avec les décisions du Conseil de sécurité ;
– Un travail en direction de l’Union européenne, pour réaffirmer la souveraineté économique du Maroc sur ses provinces du Sud afin de mettre fin aux ambiguïtés juridiques, au double jeu et aux incohérences contractuelles qui ont longtemps entretenu les hésitations européennes.