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Sahara marocain : l’Afrique bascule vers l’autonomie, Pretoria à contre-courant - Par Talâa Saoud Al Atlassi
Le tournant du Mali (à gauche) qui partage avec l’Algérie 1300 km de frontières et des imbrication tribales, revêt une portée particulière en raison de sa proximité géographique et historique avec l’Algérie. Ancien opposant au retour du Maroc au sein de l’Union africaine en 2017, le Kenya (à droite) opère un tournant stratégique significatif (Photo montage)
Alors que l’Afrique du Sud persiste dans un soutien de plus en plus isolé au Polisario, une dynamique continentale et internationale s’accélère en faveur du plan d’autonomie marocain. Talaâ Saoud Al Atlassi revient sur, les repositionnements diplomatiques du Kenya et du Mali qui traduisent une recomposition profonde des équilibres africains, portée par une convergence croissante autour de la résolution 2797 du Conseil de sécurité et de la souveraineté du Maroc sur ses provinces du Sud.

Talaâ Saoud Al Atlassi
Un geste sud-africain sans portée stratégique
La réception par le président sud-africain Cyril Ramaphosa des lettres de créance du représentant du Polisario s’inscrit davantage dans une logique de communication politique interne que dans une véritable stratégie diplomatique d’influence. Mise en scène au palais présidentiel et relayée par les médias, l’initiative n’a produit qu’un effet très limité sur la scène internationale.
Dans les faits, ce geste apparaît déconnecté des évolutions en cours. Ni utile dans le rapport de forces propre à l’Afrique du Sud où Ramaphosa affronte un Jacob Zuma désormais favorable à la marocanité du Sahara, ni pertinent sur le plan extérieur, ne modifiant en rien la trajectoire d’un dossier désormais largement structuré par les avancées diplomatiques du Maroc.
Une constance marocaine face aux postures adverses
Depuis l’engagement sud-africain en faveur du Polisario en 1994, Rabat a maintenu une ligne constante, refusant de surévaluer cette hostilité. Si celle-ci a pu, à certains moments, compliquer les équilibres africains, elle n’a jamais entamé la détermination marocaine à défendre son intégrité territoriale.
Aujourd’hui, la persistance de Pretoria dans cette posture relève davantage d’un réflexe idéologique que d’une lecture stratégique. Dans le même temps, le Polisario donne des signes d’essoufflement politique, peinant à mobiliser au-delà de cercles restreints.
Contrairement à certaines représentations officielles, la question du Sahara ne constitue pas un facteur déterminant dans les dynamiques politiques internes, ni en Afrique du Sud ni ailleurs. Même en Algérie, où elle est élevée au rang de priorité stratégique, elle ne suscite ni mobilisation populaire massive ni adhésion spontanée.
Dans ce contexte, il est peu probable que le positionnement sud-africain sur ce dossier influence significativement les équilibres électoraux entre Ramaphosa et Zuma.
Une Afrique en pleine recomposition stratégique
Jacob Zuma a clairement dénoncé le coût stratégique de l’alignement de l’ANC sur l’Algérie. En soutenant un mouvement séparatiste, Pretoria compromet, affirme-t-il, ses intérêts à long terme et néglige un partenaire majeur comme le Maroc.
Le Royaume reste en effet profondément inscrit dans la mémoire de la lutte anti-apartheid et s’impose aujourd’hui comme un acteur central des dynamiques de coopération en Afrique, tant sur le plan économique que politique.
Le continent africain semble engagé dans une révision accélérée des positions héritées des années 1980, lorsque plusieurs États avaient reconnu le Polisario sous l’effet de pressions géopolitiques. Cette séquence touche désormais à sa fin.
En l’espace de quelques jours, deux décisions majeures ont illustré ce basculement : le soutien affirmé du Kenya au plan d’autonomie marocain et le retrait par le Mali de sa reconnaissance de l’entité séparatiste.
Le Kenya et le Mali symboles d’un tournant diplomatique
Ancien opposant au retour du Maroc au sein de l’Union africaine en 2017, le Kenya opère un tournant stratégique significatif. À Nairobi, lors de la première session de la commission mixte maroco-kényane, les autorités ont exprimé un soutien clair à la proposition marocaine, en cohérence avec la résolution 2797 du Conseil de sécurité.
Ce repositionnement ne relève pas d’une simple déclaration. Il s’inscrit dans une dynamique concrète de rapprochement, illustrée par des visites économiques dans les provinces du Sud et par la volonté affichée de coopérer avec les pays partageant cette vision. Nairobi s’insère ainsi dans une logique de consolidation du consensus international autour de l’autonomie.
Le tournant du Mali, qui partage avec l’Algérie 1300 km de frontières et des imbrication tribales, revêt une portée particulière en raison de sa proximité géographique et historique avec l’Algérie. En retirant sa reconnaissance du Polisario et en s’alignant sur le cadre onusien, Bamako opère un choix souverain, en rupture avec des décennies d’influence régionale.
Cette décision intervient dans un contexte de tensions croissantes avec Alger, liées notamment à la volonté malienne d’affirmer son autonomie stratégique face aux défis sécuritaires et aux ingérences extérieures. La présence russe au Sahel, perçue comme concurrente des intérêts algériens, accentue encore ces divergences.
Au-delà des considérations politiques, le repositionnement du Mali traduit une priorité donnée aux enjeux de développement. Le Royaume offre, à travers ses initiatives, notamment celle du port de Dakhla Atlantique, des perspectives concrètes d’intégration économique pour les pays du Sahel.
Ce cadre de coopération élargie contribue à redéfinir les alliances régionales, en substituant aux logiques idéologiques stériles des partenariats fondés sur des intérêts mutuels.
Montée en puissance d’un consensus continental et international
Ces évolutions traduisent une prise de conscience croissante : le Maroc apparaît de plus en plus comme un levier de développement pour l’Afrique, et non comme un facteur de division.
Les positions hostiles au Royaume tendent ainsi à être perçues comme contraires aux intérêts du continent, qu’il s’agisse de son unité, de sa complémentarité économique ou de sa capacité à peser dans les équilibres internationaux.
Sous l’impulsion du roi Mohammed VI, la diplomatie marocaine a réussi à inscrire la question du Sahara dans un cadre international stabilisé, celui de la résolution 2797. Ce texte constitue désormais la référence centrale du processus politique.
Son influence dépasse largement le cadre africain, bénéficiant d’un soutien européen, arabe et américain, ainsi que d’adhésions croissantes en Amérique latine et en Asie. Plus des deux tiers des États membres de l’ONU soutiennent aujourd’hui la proposition d’autonomie.
Parallèlement, la reconnaissance du Polisario s’érode : 54 États ont déjà retiré leur soutien à l’entité proclamée dans les camps de Tindouf, contre environ 70 reconnaissances dans les années 1980.
Un tournant initié au plus haut niveau
La décision de faire du 31 octobre, date d’adoption de la résolution 2797, une fête nationale marocaine illustre l’importance stratégique accordée à ce jalon diplomatique. Elle consacre une lecture politique fondée sur la solidité et le potentiel d’entraînement de ce cadre international.
Sur le terrain, les signes de consolidation se multiplient : ouverture de consulats africains à Laâyoune et Dakhla, intensification des échanges, multiplication des projets structurants.
Le retour du Maroc au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine confirme cette dynamique, y compris auprès de pays qui, tout en maintenant des liens formels avec le Polisario, privilégient désormais leurs partenariats avec Rabat.
L’évolution actuelle dépasse la simple question de la place du Polisario au sein des instances africaines. Le mouvement apparaît engagé dans un processus avancé d’effacement sous l’effet d’un faisceau de dynamiques convergentes en faveur d’une solution politique réaliste.
La tendance, déjà largement engagée, devrait se confirmer dans les mois à venir, consacrant un basculement durable des équilibres diplomatiques autour du Sahara marocain.