Séance de Madrid sur l’autonomie : les indices d’une victoire stratégique du Maroc Par Bilal Talidi

Séance de Madrid sur l’autonomie : les indices d’une victoire stratégique du Maroc Par Bilal Talidi

Le Face-à-face Bourita-Attaf : Sur le Plan d’autonomie, le Maroc est resté sur une ligne constante, sérieuse et crédible, dissipant ainsi les critiques visant son premier document, accusé d’ambiguïté et de généralités. Le Maroc a toujours expliqué avoir présenté un document-cadre et attendu la réaction des parties avant d’en détailler le contenu. Dès lors que des positions de principe positives apparaissent, la deuxième étape, celle des détails a commencé.

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Après une réunion discrète tenue à Madrid autour du dossier du Sahara, les signaux issus des différentes fuites convergent vers une même lecture, extime Bilal Taldi : le processus de négociation entre dans une phase concrète dominée par la logique des détails techniques du plan d’autonomie, plaçant les parties face à des choix politiques désormais difficiles à contourner.

Bilal Talidi

Un passage du principe au concret

En application de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, une réunion s’est tenue le dimanche 8 février au siège de l’ambassade des États-Unis à Madrid, en présence des représentants diplomatiques de trois pays concernés par le différend autour du Sahara : Nasser Bourita pour le Maroc, Ahmed Attaf pour l’Algérie et Mohamed Salem Ould Merzoug pour la Mauritanie. Le Front Polisario était représenté par Mohamed Salem Bissat. Ont également assisté à la rencontre l’envoyé personnel du secrétaire général des Nations unies, Staffan de Mistura, l’ambassadeur des États-Unis auprès de l’ONU Michael Waltz, le conseiller du président américain pour les affaires africaines Massad Boulos, ainsi que le ministre espagnol des Affaires étrangères José Manuel Albares.

Tout au long de la rencontre, les différents participants ont observé une discrétion totale sur ses objectifs et son déroulement. Tout au plus espérait-on une déclaration américaine ou u. communiqué final à l’issue de la réunion.

Des fuites contradictoires mais révélatrices

La presse espagnole a peut-être été la seule à publier certaines fuites, relayées notamment par Ignacio Cembrero, journaliste espagnol hostile aux intérêts marocains, qui a affirmé que l’administration américaine aurait demandé au Maroc davantage de précisions sur son document. D’autres journaux espagnols proches du Polisario ont évoqué des données différentes, affirmant que le Maroc avait présenté un document détaillé d’une quarantaine de pages sur l’autonomie et qu’une commission conjointe aurait été créée pour traiter les aspects techniques, en prévision d’une réunion dans quelques mois destinée – peut-être en mai pour affiner l’accord politique constituant la solution définitive du conflit.

Le contenu de ces fuites importe peu, sauf pour certains éléments de forme à forte portée politique. Ainsi, la présence de l’Algérie en tant que partie concernée, représentée par son chef de la diplomatie Ahmed Attaf, est notable alors qu’elle a toujours refusé d’assister à ce titre, se présentant comme neutre et simple facilitateur.

Deuxième élément formel : la présence du représentant diplomatique du Polisario, Mohamed Salem Bissat, alors que le mouvement maintenait jusque-là un discours double, affirmant d’une part que la résolution du Conseil de sécurité consacre l’autodétermination et évoquant d’autre part un partage du coût de la paix avec le Maroc. Il apparaît aujourd’hui clairement que lui et l’Algérie ont subi une pression américaine et européenne pour mettre fin à cette ambiguïté et participer aux négociations afin d’appliquer les dispositions de la résolution. Le communiqué du Front, fait inhabituel, a indiqué que la décision revenait au peuple sahraoui pour déterminer son avenir, comme s’il renonçait à sa prétention de représentant unique et exclusif tout en persistant à revendiquer cette qualité. Les observateurs y ont vu un signe d’embarras imposé par les circonstances et le début de négociations sur l’autonomie, malgré ses positions antérieures tranchées, avec la tentative d’impliquer le Maroc dans l’idée de consulter la population des camps de Tindouf.

Un rapport de force redéfini

Pour l’Algérie, la situation semble plus délicate encore. Les médias officiels ont tenté d’expliquer la présence du ministre algérien des Affaires étrangères par une visite de travail à Madrid, accompagnée d’une rencontre avec son homologue espagnol pour préparer la huitième réunion de haut niveau algéro-espagnole.

Le secret entourant la réunion l’imposait sans doute, puisqu’elle n’avait pas été annoncée et que la règle du silence semble avoir prévalu quant à ses résultats. Le problème ne réside pas dans cette discrétion partagée par quatre chefs de diplomatie, dont celui du Maroc, mais dans le fait que l’Algérie s’est finalement présentée sur la base du document d’autonomie qu’elle affirmait jusque-là contraire à l’autodétermination.

Sur le fond, qui rejoint ici la forme, le Maroc est resté sur une ligne constante, sérieuse et crédible, dissipant ainsi les critiques visant son premier document, accusé d’ambiguïté et de généralités en raison de sa brièveté. Le Maroc a toujours expliqué avoir présenté un document-cadre et attendu la réaction des parties avant d’en détailler le contenu. Dès lors que des positions de principe positives apparaissent, la deuxième étape, celle des détails, s’ouvre. À l’inverse, l’Algérie et le Polisario ont longtemps refusé toute approbation de principe avant d’être contraints, sous pression, d’accepter de négocier sur cette base.

Vers l’échéance d’un accord politique

Le second aspect de fond concerne le degré de détail. Le Maroc, du moins selon certaines fuites hostiles à ses intérêts, a présenté un document approfondi précisant les structures institutionnelles et administratives, définissant avec exactitude les compétences de l’État central et de la région, les rôles du parlement régional, ainsi que les modalités de gestion des ressources, sans oublier les volets financier et fiscal. Autrement dit, selon ces mêmes sources, le texte atteint un niveau élevé de précision, Rabat ayant dépassé la phase de principe pour entrer dans la dimension pratique et technique.

Cette évolution place ses adversaires dans une situation délicate à double titre : s’ils persistent à revenir au débat de principe, ils se positionnent contre la résolution 2797 du Conseil de sécurité et contre la volonté internationale ; s’ils passent à l’étape suivante, ils sont contraints d’exprimer des avis concrets sur l’autonomie, sans que l’on sache avec quelle préparation ni dans quel esprit ils se sont présentés, ni s’ils s’attendaient à être interrogés sur les détails lors de cette réunion.

Certaines fuites ont évoqué l’insistance du Polisario et de l’Algérie à remettre en avant la notion d’« autodétermination » en s’appuyant sur une interprétation du texte onusien, affirmant que la réunion aurait échoué sur ce point et qu’Ahmed Attaf aurait refusé de prendre une photo avec les représentants des autres parties. Mais la plupart des informations relayées indiquent plutôt que la rencontre a permis un accord procédural : les parties auraient reçu le document marocain et une commission technique conjointe aurait été créée pour en examiner les éléments, en vue d’élaborer un cadre détaillé devant aboutir, dans les prochains mois, à un accord politique constituant la solution finale.

Quelle que soit la divergence entre les versions, le Maroc apparaît en position plus solide. Sa force réside dans la constance de sa ligne et dans le respect du cheminement de négociation qu’il a lui-même tracé. Il a fait ce qui lui était demandé en conformité avec la résolution du Conseil de sécurité. Que le Polisario et l’Algérie acceptent d’aborder les aspects techniques de l’autonomie ou persistent dans la revendication de l’autodétermination, ils se trouvent face à une alternative claire : s’inscrire dans la volonté internationale ou s’y opposer. Dans les deux cas, le Maroc se trouve aujourd’hui dans une posture stratégique confortable. Si l’Algérie cède à la pression et accepte le fait accompli, ou si elle persiste dans son refus et s’expose à de nouvelles pressions, elle s’en trouvera stratégiquement affaiblie et davantage encore sur le plan interne.

Les trois mois qui nous séparent d’un possible accord politique paraissent courts, d’autant que le Maroc agit et prend l’initiative tandis que l’autre partie se contente de réagir, consciente de son isolement international et de l’érosion de ses marges de manœuvre, et que toute opposition accrue à la volonté internationale accentuerait la pression qui pèse sur elle.