23 septembre : des élections sans choix ? Par Mustapha Sehimi

23 septembre : des élections sans choix ? Par Mustapha Sehimi

Tous les partis ont eu depuis près de trois décennies, à un titre ou à un autre, des responsabilités gouvernementales parfois au premier rang

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Pour les législatives du 23 septembre, Mustapha Sehimi dresse un état des lieux du corps électoral, des programmes des principaux partis et des ressorts du vote. Entre faible inscription des jeunes, promesses sociales, financement insuffisamment détaillé et érosion des fidélités partisanes, le politologue met surtout l’accent sur le déficit de confiance qui fragilise la représentation politique et pourrait peser sur la mobilisation électorale. Les données officielles font état de 15,8 millions d’inscrits, tandis que l’emploi et le pouvoir d’achat occupent une place centrale dans les programmes de campagne.

Par Mustapha SEHIMI

Professeur de droit (UMV Rabat), Politologue

Une semaine avant le scrutin législatif relatif à l'élection de 395 membres de la Chambre des représentants, quel est l'état des lieux ? Et d'abord quel est le corps électoral ? Selon les chiffres officiels, l'on compterait aujourd'hui 15.802.000 électeurs désormais inscrits. Une baisse de plus de I,7 million par rapport à 2021 avec 17.583.000. Une purge donc, due selon le ministère de l'Intérieur à des corrections de divers ordres (changement de résidence, décès, doublons, incompatibilités légales...). Malgré les campagnes de sensibilisation, le chiffre de l'arrivée de nouveaux électeurs n'a donc pas compensé les radiations: tant s'en faut. A noter en particulier le faible taux d'inscription des 18-24 ans, une tranche d’âge qui ne représente aujourd'hui que 4 % de l'ensemble du corps électoral. Il y a là, assurément, un potentiel non exploité qui met en relief ce fait: le déficit structurel d'inscription. A grands traits, la structure du corps électoral tel qu'il a été arrêté est celle-ci : 18% pour les 25-34 ans de quelque 3,9 millions de citoyens en âge de voter ; 15% pour les 25-34 ans ; 21 % pour les 35-44 ans, ainsi que pour les 45-54 ans ; 10 % pour les 55-59 ans et 29% pour les plus de 60 ans et plus. Les primo-votants ne sont, rappelons-le, que 4 %, alors que l'électorat âgé, est important. Il faut ajouter la répartition par genre avec 55% d'hommes (8,7 millions et 45% de femmes (7,1 millions).

Priorités

Cela dit, qu'en est-il des programmes des partis ? Le RNI présente trois engagements et douze mesures : un million d'emplois, un chômage sous, 9%, indexation des aides sur l'inflation, hausse du SMIG et du SMAG, crédit d'impôt scolarité, plus d’universités de 12 à 17. Le PAM, lui, avance cinq pactes et vingt engagements : exonération IR sous 15.000 DH bruts, pension minimale de 3.000 DH, stations de dessalement, quatre CHU, 500.000 contrats de première expérience. Le PI défend cinq engagements : cohésion familiale, lutte contre la corruption, pouvoir d'achat, services publics, loi sur les conflits d'intérêts, IS à 40% en situation de monopole, suivi des marges bénéficiaires. Pour sa part, le PJD place l'emploi en priorité, la conditionnalité des soutiens publics à la création d'emplois, un taux réduit pour les TPE, la réglementation anti-monopole, le contrôle des prix des produits de première nécessité. Le PPS défend 20 engagements : doublement des effectifs hospitaliers, AMO étendue à 8,5 millions de personnes, 12.000 cadres éducatifs par an, industrie à hauteur de 20% au PIB. Avec 1'USFP, ce sont aussi vingt engagements : souveraineté industrielle, 250.000 emplois industriels, hausse de 40 % des exportations, chômage sous 8%, 60% d'énergies renouvelables, 30 % des marchés publics réservés aux TPME. Le MP soutient onze axes et 33 mesures : plateforme de suivi des prix et des marges, compte fiscal social, exonération fiscale des TP transfert de 70 % du budget social au niveau régional. L'UC fait campagne sur le thème d'un "Maroc à une vitesse": pouvoir d'achat, emploi, équité territoriale, gouvernance. Enfin, l'Alliance de la gauche évoque les points suivants : réforme constitutionnelle, transparence et gouvernance, lutte contre les monopoles et l'économie de la rente, justice fiscale, pouvoir d'achat.

Chiffrage des programmes

Que dire de tous ces programmes ? Sont-ils vraiment décisifs dans le vote des électeurs. Rien n'est moins sûr. D'abord parce que le mémoriel est toujours là, prégnant : tant de promesses ont été faites par le cabinet sortant- en particulier le RNI de Aziz Akhannouch en 2021. Alors ? Les profils des candidats sont généralement plus incitatifs. Quant à l'option partisane, elle reste secondaire. Exception faite de la formation islamiste, le patriotisme partisan a aujourd'hui passablement perdu de sa nature et de sa dimension. Un schéma désormais bien éloigné de celui des années 80 et même 90 où le champ politique s'articulait fortement à des opinions bien établies. Faut-il rappeler à cet égard qu'il y avait alors des marqueurs de forte ferveur militante tels le vote itihadi, istiqlalien, haraki, PPS aussi, alors que celui en faveur des partis dits "administratifs n'avait guère la même teneur... Un autre facteur est également à prendre en considération. Tous les partis ont eu depuis près de trois décennies, à un titre ou à un autre, des responsabilités gouvernementales parfois au premier rang (cabinet d'alternance dirigé par Abderrahmane EL Youssoufi Premier ministre de 1998 à 2002; puis Abbas El Fassi dirigeant de l'Istiqlal de 2007 à 2011; également le PJD de 2011 à 2021 avec successivement Abdalilah Benkirane et Saâd Eddine El Otmani; enfin depuis cinq ans le RNI de Aziz Akhannouch. Si bien que tous restent encore comptables d'un actif sans doute mais également d'un passif qui oblitère lourdement le "Maroc à deux vitesses" mis à l'index par le Souverain dans son discours du Trône du 29 juillet 2025. Au total, à qui faire confiance ? Surtout que les annonces et les promesses aujourd'hui pèchent par leurs insuffisances patentes à présenter les conditions et les modalités de leur financement. Tabler sur l'effet additionnel d'une croissance annuelle de l'ordre de 5% n'est point recevable ni plaidable. Sauf à considérer que les promesses n'engagent que ceux qui y croient, il y a un abime entre la crédibilité des programmes et les réponses appropriées aux besoins, aux attentes et aux aspirations des électeurs.

Déficit de confiance

N’est-ce pas en dernière instance le système représentatif actuel qui pose problème ? Ce qui est une avancée dans cette campagne regarde, au-delà du fétichisme du million d'emplois promis par les uns et les autres, deux secteurs : la priorité donnée au pouvoir d'achat et celle accordée à l'emploi. Tel n'était pas le cas, de manière aussi marquée lors des précédentes législatures. En résumé, il s'agit de la question sociale et d'un développement territorial inclusif. L’épisode de la mobilisation GenZ à la fin septembre dernier a été la cristallisation de fortes demandes portant sur la formation et la santé. Dans cette même ligne, la crise migratoire de Sebta, voici quelques semaines, a jeté une lumière crue sur l'état des lieux. Or, le système représentatif, tel qu'en lui-même, pâtît d'un et certain déficit de confiance voire de légitimité. A preuve ceci : quelque dix millions inscrits sur les de citoyens en âge de voter ne se sont pas inscrits sur listes électorales avec seulement 15.802.000. Combien d'entre eux se rendront aux urnes ? Cela veut dire quoi ? Que ces dix millions de citoyens ne comptent pas sur une institution parlementaire pour entreprendre le changement. Et sur les électeurs inscrits, combien d'entre eux se rendront aux urnes le 23 septembre prochain ? La moitié comme le 8 septembre 2021 avec 50,3 % ou 43% comme en 2016 ? Le palier actuel tourne autour de 40 % comme l'a redouté dernièrement le secrétaire général du PI, Nizar Baraka. Sans parler des bulletins blancs ou nuls de l'ordre de 1,2 million soit 13,6% comme en 2021. Résultat des courses pourrait-on dire : la construction démocratique est à l'épreuve en ce sens qu'elle n'a qu'une base électorale étriquée qui ne permet guère sa consolidation et d'une faible mobilisation civique. Et politique...

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