Un Communiqué à la forCE d’un discours… - Par Abdelhamid Jmahri

Un Communiqué à la forCE d’un discours… - Par Abdelhamid Jmahri

Il était devenu impossible de laisser les événements suivre le cours des émotions et des dynamiques affectives qui transforment la colère, la déception ou le mécontentement en action politique.

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À travers un communiqué d’une portée exceptionnelle, le Roi Mohammed VI a fait la part des choses et rappelé le rôle fondamental de la sagesse d’État face aux débordements émotionnels suscités par la CAN 2025. Plus qu’un simple message institutionnel, ce texte, explique Abdelhamid Jmahri s’est imposé comme un véritable discours à la Nation, réaffirmant la centralité de la raison, la profondeur du lien africain du Maroc et la primauté de la vision stratégique sur les réactions conjoncturelles.

Abdelhamid Jmahri

L’État face à l’épreuve des émotions collectives

L’État incarne la raison. Et la raison est incarnée par la volonté du Roi. Mohammed VI, en tant que Roi d’exception, agit en grand homme d’État qui aime son peuple… et dont le cœur est dans sa raison.

 

Le communiqué publié par le Cabinet royal tenait lieu d’un discours adressé à la Nation, collectivement et individuellement. Il a rappelé la noblesse de l’État dans les moments où les émotions se déclinent vives et extrêmes. Ce communiqué-discours a ravivé l’idée que la sagesse, chez les grands dirigeants, constitue la première fonction de l’État qui, dans les heures tumultueuses, incarne la raison qui se matérialise à son tour dans la volonté du Roi.

Il a élevé la valeur de la sagesse, de la rationalité et de la hauteur de vue…

Le Roi s’est adressé à la Nation, a salué le peuple et l’a remercié pour tout ce qu’il a offert de beau et de noble, et pour les honneurs qu’il a accordés à son pays et à son Roi à l’occasion de la CAN.

Ce communiqué avait pour contexte la 35e édition de la Coupe d’Afrique des Nations. C’était la deuxième fois que le Roi s’adressait à cette occasion aux Marocains, et au-delà d’eux au continent, et au-delà du continent au monde. La première fois, ce fut à travers un message adressé à l’équipe nationale et à ses réalisations, puis à travers le présent communiqué destiné à l’ensemble de la Nation, à la fois marocaine et africaine.

L’Afrique, profondeur stratégique et horizon historique du Maroc

Suite à la tournure fortement émotionnelle prise par cette grande messe continentale à cause d’incidents ‘’déplorables’’ et ‘’fâcheux’’, pour reprendre les termes du Souverain, la force des dynamiques affectives dans la construction du politique est apparue clairement. Dès lors il était devenu impossible de laisser les événements suivre le cours des émotions et des dynamiques affectives qui transforment la colère, la déception ou le mécontentement en action politique. Ce tournant, qui a failli prendre une forme collective politisant l’émotion ou la transformant en action politique et énergie négatives, a été récusé par la raison centrale de l’État.

Parce que d’abord il est inconcevable de sacrifier mille ans d’histoire commune avec notre continent.

Tout comme Il est inacceptable de nous détacher de notre destin géographique, historique et civilisationnel qui nous lie à l’Afrique au profit d’émotions négatives, aussi légitimes et compréhensibles soient-elles.

Le Royaume ne se gouverne pas par les émotions, sinon nous serions semblables à celle que mentionne le Coran : « comme celle qui défait sa quenouille après l’avoir solidement filée ».

Ce sont des relations façonnées au fil des siècles et inscrites dans la longue histoire de la Nation. C’est pourquoi le Roi a choisi de nous rappeler l’angle sous lequel nous devons regarder ce que nous avons accompli et ce qui s’est produit.

Le communiqué a rappelé un précédent discours royal dans lequel il était dit : « L’Afrique, pour le Maroc, est plus qu’une simple appartenance géographique ou un lien historique. Elle est faite de sentiments sincères d’amour et d’estime, de liens humains et spirituels profonds, de relations de coopération fructueuse et de solidarité concrète. Elle est l’extension naturelle et la profondeur stratégique du Maroc ».

La différence est claire entre ce qui est stratégique et ce qui est conjoncturel, entre ce qui est émotionnel et éphémère et ce qui est rationnel, réaliste et destiné à durer dans l’État, dans la gouvernance et dans la conscience populaire.

Parce qu’encore le continent est aussi une histoire de relations : plus de 1 000 partenariats et accords avec au moins 50 de ses pays, à titre bilatéral ou multilatéral. Il est inacceptable d’inonder l’espace public et le débat populaire de vagues d’idées invalides, détruisant dans son flot les ponts bâtis par le Roi depuis son accession au Trône.

Un communiqué tourné vers l’avenir et les équilibres durables

Parce qu’enfin, et peut-être surtout, l’isolement n’a jamais été un projet marocain. Ce sont plutôt les autres, les adversaires, changeants au fil de l’histoire, qui ont toujours cherché à le lui imposer. C’est pourquoi le communiqué est venu réaffirmer un truisme marocain : nous sommes partie intégrante de l’Afrique, et non un îlot en son sein.

Il convient ici de rappeler des plans et complots étalés sur un demi-siècle, dont l’un des moyens a été la mobilisation émotionnelle. Le danger des dynamiques affectives dans ce cas ne réside pas seulement en elles-mêmes, mais dans le fait qu’elles deviennent une porte d’entrée pour les stratégies d’autrui, qui exploitent la fragilité du public à un moment précis afin de l’attiser et de le pousser vers une logique destructrice.

À cela s’ajoute que le Maroc a inscrit la victoire au crédit du continent, injectant ainsi un supplément de générosité spirituelle à la sagesse et à la rationalité, en offrant ce succès de la CAN 2025 à toute l’Afrique. Qui peut quand elle veut.

Ce communiqué-discours ne peut pas non plus être lu sans prendre en considération la rencontre bilatérale maroco-sénégalaise qui doit se tenir quelques jours plus tard, dans le contexte que nous connaissons tous. Le communiqué prépare subtilement les conditions positives de sa tenue dans les meilleures dispositions et oriente vers ce qui est stable et profond, voire immuable.

Nous sommes donc face à un communiqué tenant lieu de discours à la Nation, venu rappeler que les moments fâcheux n’ont duré que quelques minutes, tandis que l’événement dans son ensemble a duré un mois, entièrement placé sous le signe de la joie, et que les relations durables, enracinées dans l’histoire, la géographie et l’esprit, sont faites pour perdurer.