chroniques
VEUT-ON DES DÉPUTÉ(E)S MRE EN 2026 ? 1/4 Par Abdelkrim Belgurndouz
Le Roi Mohammed VI effectuant en septembre 2006en une visite inopinée au port de Tanger où le Souverain s'était enquis de l'opération de transit des Marocains résidant à l'étranger (MRE)
L’organisation du scrutin législatif permettant d’élire des députés MRE à partir des pays de résidence, continue à être présentée officiellement et officieusement, comme une opération « impossible » à réaliser, compte-tenu des contraintes et obstacle « insurmontables » d’ordre juridique, logistique, organisationnel et financier. À l’occasion du débat en cours, relatif à la préparation des législatives 2026, Abdelkrim Belguendouz, universitaire à Rabat et chercheur en migration, prend le contre-pied de cette analyse en montrant, dans une étude en quatre parties qui seront livrées en trois temps, que la question qui se pose n’est pas celle de savoir si on sait le faire ou si on peut le faire, mais si on veut le faire. Dans cette première partie, l’introduction à cette contribution citoyenne au débat public pour l’action, qui reste elle-même, bien entendu, ouverte à l’échange et à la discussion sur les colonnes de Quid.ma

Abdelkrim Belguendouz - Pr universitaire à Rabat, chercheur en migration
La question de la représentation des citoyens marocains résidant à l’étranger (citoyens MRE) à la Chambre des représentants à Rabat, reste entièrement posée depuis bien des années, entraînant une discrimination citoyenne insupportable, alors que le principe de cette représentativité a déjà été reconnu par l’article 17 de la Constitution de 2011, qui confirme la décision du Souverain annoncée dans le discours royal fondateur du 6 novembre 2005.
L’article 17 stipule que «les Marocains résidant à l’étranger jouissent des droits de la pleine citoyenneté, y compris le droit d’être électeurs et éligibles. Ils peuvent se porter candidats aux élections au niveau des listes et des circonscriptions électorales locales, régionales et nationales. La loi fixe les critères spécifiques d’éligibilité et d’incompatibilité. Elle détermine, de même, les conditions et les modalités de l’exercice effectif du droit de vote et de candidature à partir des pays de résidence ».
Cependant, la mise en pratique effective de ce droit se heurte à une opposition viscérale d’un lobby, constituant à divers niveaux des poches de résistance, alors que l’orientation de l’Etat est claire, considérant les citoyens MRE comme « nos compatriotes », faisant partie intégrante de la nation marocaine. Parmi les raisons généralement invoquées par les « anti-participationnistes », figurent les « très grandes difficultés » à organiser ces élections à l’étranger. Ces « obstacles » « insurmontables » seraient d’ordre matériel , technique, logistique et juridique qui nécessiteraient une «démarche évolutive » ou «progressive », qui n’a donné en fait aucun résultat concret, se transformant en approche régressive.
On est en effet à la cinquième élection législative (2007, 2011, 2016, 2021, 2026) depuis l’instauration le 16 juin 2006 de la « démarche évolutive ». Les circonstances ne seraient pas encore «mûres » pour passer à l’acte. Ainsi, ces opposants à l’effectivité de la citoyenneté intégrale des MRE par rapport au Maroc, mettent en avant notamment la mise en œuvre concrète des scrutins : problèmes de logistique concernant le déroulement des scrutins, la garantie de la transparence des procédures, l’établissement des registres électoraux, le déroulement des campagnes, le découpage des circonscriptions, la juridiction de contrôle des scrutins, les conflits de législation etc.
A l’heure où, sur décision du Souverain, à travers le discours du Trône du 29 juillet 2025, le dialogue politique entre le département de l’Intérieur et les partis politiques se poursuit pour préparer à l’avance les élections législatives de 2026, nous voudrions montrer au contraire que l’élection de députés MRE à partir des pays de résidence, ne constitue nullement un « Himalaya », une opération dépassant l’échelle humaine. Moyennant bien entendu l’effort requis comme pour toute opération électorale, cet exercice est faisable et réalisable à travers principalement dix mesures, qui ne relèvent nullement du domaine de « l’impossible ».
Ces dix mesures pourront être complétées, en discutant également certaines objections les concernant dans le cadre du débat public ou des discussions officieuses en cours entre le ministère de l’Intérieur et les formations politiques grâce à certaines «fuîtes », la tendance étant au mutisme des deux parties, ce qui ne favorise nullement la réflexion et l’échange.
Cette contribution citoyenne au débat sera déroulée en trois parties. La première sera publiée sous le titre « Aspects juridiques et opérationnels ». La seconde qui suivra, portera sur les aspects logistiques et organisationnels. La troisième « Pour l’avenir », fera le point en présentant quelques éléments du débat institutionnel et politique en cours et en formulant quelques propositions
Demain : I - Aspects juridiques et organisationnels