Culture
Adieu Ziad Rahbani, le rebelle ! - Par Samir Belahsen
Ziad n’était pas une simple continuité des « Rahabina »
Ziad Rahbani s’est éteint le 26 juillet 2025, laissant derrière lui un héritage artistique et intellectuel majeur. Samir Belahsen raconte comment, fils de Feyrouz et d’Aassi Rahbani, il a pourtant tracé sa propre voie, alliant musique, théâtre, humour et engagement politique. Rebelle tendre et lucide, il fut la voix critique d’un Liban fracturé, dénonçant inlassablement les hypocrisies sociales, les clivages confessionnels et les injustices, sans jamais renoncer à l’ironie ni à la poésie.

"Cinq minutes après ta naissance, ils décideront de ton nom, ta nationalité, ta religion, et de ta communauté... Et tu passeras toute ta vie à te battre pour des choses que tu n'as pas choisies et à les défendre bêtement." Ziad Rahbani
Ziad Rahbani, la pyramide libanaise, le musicien, compositeur, parolier et dramaturge est décédé ce 26 juillet 2025, à l'âge de 69 ans. Il aura marqué la scène artistique arabe.
Ziad Rahbani était aussi reconnu pour ses œuvres engagées et pour sa critique sociale sans concession.
Il était le fils de la légendaire chanteuse Feyrouz et du célèbre compositeur Aassi Rahbani.
Cependant, Ziad n’était pas une simple continuité des « Rahabina ».
Il avait choisi très tôt une certaine dissidence calme, une voie rebelle contre la famille, la société et le monde politique.
Son essai « Mon ami Dieu » ("صديقي الله") annonçait la couleur dès 1969 soit deux ans après la défaite arabe de 1967. Ziad y abordait plusieurs thèmes complexes.
Il explorait la relation entre l'homme et Dieu, et comment cette relation est souvent complexe et contradictoire.
Il critiquait la façon dont la religion était utilisée pour justifier l’injustifiable, des comportements qui ne sont ni justes ni moraux.
Le tout, avec l’humour et l’ironie qu’on retrouve toujours dans les œuvres où il critique la société et la religion.
Le livre résume toute la vie de l’auteur : une recherche de la vérité, Ziad Rahbani n’a pas arrêté de poser des questions profondes sur la nature de Dieu et de l'univers.
Quelques phrases du livre "صديقي الله" sont devenues des citations culte :
"Dieu est mon ami, mais je ne suis pas sûr qu'il soit d'accord avec moi."
"La religion est souvent utilisée pour justifier des actions qui ne sont pas justes."
"L'humour est la meilleure façon de critiquer la société."
Ses chroniques politiques pointues sont légendaires, une voix critique contre les dérives du pouvoir.
Ses pièces de théâtre comme ses chansons sont de véritables classiques, comme :
"Binisbé la boukra chou?" (Disponible sur YouTube en VO Arabe) بالنسبة لبكرة شو et "Film amériké taweel" فيلم أمريكي طويل.
(J’avoue ne pas les avoir revus depuis longtemps…)
Dans ses pièces il avait alerté sur le risque de guerre civile bien avant 1975.
Ziad Rahbani, l’homme de gauche laïc, a toujours dénoncé les divisions confessionnelles qui ont ruiné le Liban et qui continuent à menacer sa pérennité. Il nous laisse un héritage immense connu et reconnu dans la scène artistique arabe.
Au niveau des compositions musicales, il a contribué avec Mansour Rahbani (son grand frère) à l’ouverture de la chanson arabe sur la musique classique occidentale et sur les rythmes russes et latino-américains.
Ziad Rahbani le chroniqueur
La carrière artistique de Ziad Rahbani ne doit pas cacher qu’il était aussi un grand chroniqueur.
Il a signé de nombreuses chroniques politiques dans lesquelles il critiquait la situation et les acteurs politiques au Liban et dans la région.
Sur les colonnes d’« Al Hawadith », il écrivait en 1975 :
« L’amour est une révolte qui échoue presque toujours. C’est une aventure dont on connait la fin d’avance. Et pourtant on y participe avec enthousiasme, on s’y engage à fond, on y croit dur comme fer même si l’on sait pertinemment que l’amour est une entreprise qui ne rapporte jamais assez pour couvrir les frais. Cette spéculation tourne presque toujours à la faillite. Et pourtant on spécule…, on achète même si l’on sait que la marchandise est altérée, que le prix est excessif…que la transaction est frauduleuse ! On achète, on paye comptant, on emporte, on consomme, on jette, on pleure, on crie, on maudit, on renie, on oublie, on aime encore. L’amour est une maladie incurable… »
Ses écrits étaient caractérisés par leur humour et leur ironie, mais aussi par leur profondeur, leur audace et leur perspicacité.
Parmi ses chroniques politiques publiées dans divers journaux et magazines libanais et arabes :
"La crise libanaise : une analyse politique"
"Le système politique libanais : une critique"
"La résistance palestinienne : un point de vue"
"L'avenir du Liban : une réflexion"
Elles offrent un regard unique sur la situation politique au Liban et dans la région. Ses critiques constructives de la situation politique offraient des solutions alternatives pour améliorer la situation.
Les chroniques de Ziad Rahbani sont une partie aussi une partie importante de son héritage et méritent d'être reconnues et étudiées autant que ses pièces, ses compositions musicales et ses paroles de chansons.
Ses œuvres continueront de faire réagir, grincer, rire et surtout réfléchir.
C’est l’essentiel.