Au Musée de la créativité – Par Seddik Maâninou

Au Musée de la créativité – Par Seddik Maâninou

Dans un coin du musée, on trouve une collection de décorations, de cadeaux offerts par des chefs d’État, de certificats et témoignages d’artistes et de créateurs. Mon attention a été attirée par les lettres d’éloge envoyées par trois papes du Vatican à celui qu’ils ont qualifié de « professeur de paix »

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Dans le plus vieux bâtiment du centre de Casablanca, un musée perché au septième étage raconte l’histoire d’un géant de la culture marocaine : Abdelwahab Doukkali. Entre objets rares, souvenirs impérissables et mélodies andalouses, un hommage vibrant s’est tenu dans ce lieu suspendu hors du temps. Seddik Maaninou y a vécu un moment d’art, d’amitié et de réflexion sur la mémoire créative.

Au septième étage du plus ancien immeuble du centre de Casablanca, un événement artistique s’est tenu au Musée du chanteur Abdelwahab Doukkali. Une rencontre élégante, chargée d’émotion et de finesse, où se sont réunis plusieurs membres de l’association « Fès Nostalgia » pour un hommage musical aux grandes heures du tarab andalou et marocain. Un rassemblement à l’image de ces associations de Fès passionnées par la préservation du patrimoine civilisationnel, au premier rang duquel le répertoire musical andalou.

Un trône pour l’art

C’était ma première visite dans ce musée qui abrite une foule de souvenirs du grand artiste Abdelwahab Doukkali. Il les a soigneusement choisis pour qu’ils témoignent, dans le temps, d’une vie emplie de créativité. Ici, ce ne sont pas seulement les échos de la chanson qui résonnent, mais aussi des toiles à l’huile, accrochées aux murs, représentant des figures illustres comme Hassan II, Darwin, Van Gogh et d’autres. Des œuvres de Doukkali lui-même.

Dans un coin du musée, on trouve une collection de décorations, de cadeaux offerts par des chefs d’État, de certificats et témoignages d’artistes et de créateurs. Mon attention a été attirée par les lettres d’éloge envoyées par trois papes du Vatican à celui qu’ils ont qualifié de « professeur de paix », Abdelwahab Doukkali. Plusieurs salles pleines de souvenirs composent un véritable sanctuaire dédié à l’art, à la créativité et à la culture.

Les résonances andalouses

Au cours de cette soirée, j’ai fredonné quelques refrains du tarab andalou marocain, et fus surpris de voir les convives reprendre en chœur, avec ferveur, les mélodies de leur mémoire. Assis aux côtés de l’artiste, il me raconta avec fierté certains moments des jours d’antan et de sa carrière dans la chanson, la peinture, la poésie et l’écriture. Il me parla aussi du jour où il reçut le luth du grand musicien égyptien Mohamed Abdelwahab, et celui de Mohamed El Qasabgi, chef de l’orchestre classique d’Oum Kalthoum, ainsi que d’autres instruments qu’il a placés sur ce qu’il considère comme le « trône » d’un royaume disparu, acquis et restauré par ses soins.

Une empreinte partagée

Je lui ai offert mon dernier ouvrage intitulé Bassamat (بصمات Traces) en évoquant l’amitié qui nous lie depuis longtemps. Je l’ai décrit comme un « artiste élégant dans ses paroles, élégant dans son chant, élégant dans ses relations ». L’assistance a applaudi, et Doukkali s’est levé pour déclarer qu’il garderait cet exemplaire Bassamat pour toujours, et que les objets de ce musée avaient entendu mes mots et se réjouissaient de cette rencontre.

Nous avons ensuite poursuivi la visite du musée, commentant les documents rares, les souvenirs étonnants... Il m’a présenté le livre d’or dans lequel j’ai laissé mes impressions sur cet après-midi inoubliable. Il m’a aussi remis une maquette portant son effigie, ainsi qu’un certificat marquant ma visite à cette exposition unique.

Une occasion manquée

Sur le chemin du retour chez moi, un sentiment m’a traversé : peut-être aurais-je dû, moi aussi, réunir ce que je possède — documents, décorations, insignes de presse, photos, maquettes, cadeaux... — pour créer un musée qui garderait la trace de quarante années de journalisme. En même temps, j’ai ressenti une certaine sérénité en pensant aux souvenirs consignés dans les six volumes de Ayam Zaman (« Les jours d’antan »), ainsi que dans le livre Bassamat, un album de plus de trois cents photographies.

J’ai hésité, puis j’ai compris qu’il était trop tard. L’occasion était passée. Et je me suis demandé quel serait le sort de cette énorme quantité de documents. J’en suis venu à la conclusion que ce projet était devenu impossible. Finalement, j’ai admis que la vieillesse interdit certains rêves. Qu’il en soit ainsi…