AZROU DANS LA MÉMOIRE DE SES ENFANTS – Par Mustapha Sehimi

AZROU DANS LA MÉMOIRE DE SES ENFANTS – Par Mustapha Sehimi

Le cèdre de Gouraud, à une douzaine de km d’Azrou, du nom du général français Henri Gouraud, qui a participé dans le sillage du maréchal Lyautey à l’occupation du Maroc. Haut de plus de 45 mètres, dans la forêt d’Azrou, il est le témoin quasiment mort aujourd’hui de huit siècles d’histoires

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Voilà un ouvrage collectif qui retient l’intérêt : "Azrou dans la mémoire de ses enfants " (éditions la Croisée des Chemins, 2025, 335 p.). Une vingtaine de contributeurs. Un tissage à mains multiples. Mustapha Sehimi l'a lu.

Par Mustapha Sehimi – Professeur de droit (UMV, Rabat), politologue

C'est un groupe d'anciens d'Azrou qui a pris cette initiative pour faire revivre la mémoire de cette ville paisible, nichée au cœur du Moyen Atlas et adossée au rocher Akachmir. Les contributeurs y ont vécu, différentes époques. Ils en gardent des images, des souvenirs aussi ravivés aujourd'hui. Il y a là la sollicitation de la mémoire mais également autre chose : des sentiments, une sensibilité particulière. Un travail qui pourrait être repris par d'autres anciens de telle ou telle ville. C'est cela aussi le capital immatériel.

Azrou c'est un peuplement composite ; c'est aussi dans ce livre les évocations nostalgiques des anciens élèves du lycée Tarik Ibn Ziad

Des témoignages. Et des tranches de vie. Des souvenirs aussi. Chacun des auteurs se « lâche », pourrait-on dire, pour raconter. Azrou est là, dans chaque récit. Étonnant que tous, suivant leur vécu, se retrouvent pour nous livrer un rendu. Une ville qui a bien des atouts tels une situation privilégiée, un arrière-pays avec des terres fertiles, des forêts...

Faire revivre la mémoire

Mais depuis plusieurs décennies, tout paraît se passer comme si elle pâtissait d'un certain oubli. Comment "faire revivre la mémoire de notre cité", s’interrogent Aziz El Kacimi Alaoui et Abdelaziz Touri ? La difficulté est d'abord administrative avec la création de la province d'Ifrane en 1979. Un choix lié à la volonté de feu Hassan II portant à cette localité un attachement particulier. D'où la promotion de la ville d'Ifrane comme capitale de cette province. Azrou c'est un peuplement composite ; c'est aussi dans ce livre les évocations nostalgiques des anciens élèves du lycée Tarik Ibn Ziad et l'hommage rendu à des maîtres qui ont contribué à aiguiser l'esprit critique, à développer l'attachement au savoir et à aider à découvrir la diversité culturelle ; c'est également dans ce livre des mémoires sollicitées pour faire revivre tant de sensations et de beaux souvenirs comme pour faire revivre un vécu des confins de la mémoire... Des lieux sont évoqués - la piscine, le monastère de Toumliline renaissant aujourd'hui par décision royale, le jardin féérique de Taghssimt, "Lajounisse" (centre sportif et de ski), "Sok Letlat hebdomadaire, le marché… Azrou reste une "mémoire vive" où chacun a planté ses premières racines avec le mûrissement d'"une relation faite de nostalgie, de séparations et de tendres retrouvailles".