Culture
Chronique « Cinéma, mon amour de Driss Chouika: MOHAMED LAKHDAR HAMINA FIGURE MAJEURE DU CINÉMA ARABO-AFRICAIN
La mémoire joue un rôle central dans les films de Lakhdar Hamina. Il manifeste un intérêt particulier pour les cicatrices laissées par la colonisation et la guerre. Dans "Le Vent des Aurès", par exemple, il explore les réminiscences de la guerre d'Algérie à travers le prisme de la famille et des relations humaines
Dans sa chronique « Cinéma, mon amour », Driss Chouika rend un hommage vibrant à Mohamed Lakhdar Hamina, pionnier du cinéma arabo-africain disparu le 23 mai 2025. Figure emblématique de la mémoire algérienne filmée, Palme d’or à Cannes en 1975, Hamina a porté à l’écran la douleur, la dignité et les luttes de son peuple, tout en inscrivant son œuvre dans une esthétique cinématographique audacieuse et universelle. Récit de Driss Chouika.
« Le cinéma ne doit pas uniquement divertir ; il doit aussi éduquer, provoquer et inciter à la réflexion. C'est un langage universel, capable de transcender les frontières ».
Mohamed Lakhdar Hamina
Il nous a quittés le 23 mai 2025 et cette chronique du dimanche 1er juin 2025 rend un vibrant hommage à celui dont les cinéphiles marocains ont eu la chance de voir presque tous les films grâce à Boudjemaa Karèche l’ancien directeur de la Cinémathèque Algérienne, grand ami du Maroc et de feu Noureddine Sail, fondateur et président de la FNCCM jusqu’en 1984, déjà Prix de la 1ère oeuvre au Festival de Cannes de 1967 pour son film “Le vent des Aurès“, puis Palme d’Or au même festival en 1975 pour son chef-d’oeuvre “Chronique des années de braise“ en 1975, à propos duquel il avait affirmé « Mon film est une tentative de montrer l’Algérie comme elle était, avec ses blessés, ses martyrs, et sa lutte pour la dignité. Il s’agissait de revendiquer la vérité historique à travers le cinéma », Mohammed Lakhdar Hamina a été le premier cinéaste arabo-africain à décrocher la fameuse Palme d’Or du Festival de Cannes.
Mohammed Lakhdar Hamina faisait partie des cnéastes convaincus que « Le cinéma ne doit pas uniquement divertir ; il doit aussi éduquer, provoquer et inciter à la réflexion. C'est un langage universel, capable de transcender les frontières ».
UNE FIGURE MAJEURE DU CINÉMA ARABO-AFRICAIN
Mohamed Lakhdar Hamina est une figure majeure et bien marquante du cinéma algérien et arabe en général, connu pour sa contribution innovante et réfléchie à la narration cinématographique. À travers une carrière qui s'étend sur plusieurs décennies, il a su capturer l'essence de la culture algérienne tout en abordant des thèmes universels tels que l'identité, la mémoire et la résistance. Son œuvre est à la fois une réflexion sur l'Algérie post-coloniale et une profonde exploration des défis humains des sociétés modernes. Il a clairement affirmé sa conception du cinéma en disant « Je filme les Algériens tels qu'ils sont, avec leurs douleurs et leurs espoirs. Mon objectif est de créer une œuvre qui résonne avec le vécu de chaque Algérien ». Né en 1932 à Aïn Beida, près d'El Tarf, Hamina a grandi dans un contexte de tensions et de transformations politiques. Les influences de sa jeunesse, entre tradition et modernité, ont façonné son regard sur le monde. Il poursuit des études à l'Institut des Hautes Études Cinématographiques (IDHEC) à Paris, où il se familiarise avec les techniques cinématographiques et la narration visuelle. Cette formation l’a préparé à devenir l'un des pionniers du cinéma arabo-africain.
Les œuvres de Hamina sont marquées par le contexte historique et social de l’Algérie. L'identité algérienne est au cœur du travail de Hamina. Il examine les diverses facettes de cette identité à travers les luttes, les croyances et les espoirs du peuple algérien. Il a d'ailleurs précisé que « Le cinéma est un acte de mémoire. Il doit témoigner de la vérité des hommes et des peuples ».
UN TRAVAIL SUR LA MÉMOIRE ET LE PASSE
La mémoire joue un rôle central dans les films de Lakhdar Hamina. Il manifeste un intérêt particulier pour les cicatrices laissées par la colonisation et la guerre. Dans "Le Vent des Aurès", par exemple, il explore les réminiscences de la guerre d'Algérie à travers le prisme de la famille et des relations humaines. Sa capacité à tisser des récits individuels avec des contextes historiques plus larges est l'une de ses forces les plus impressionnantes.
Le style de Lakhdar Hamina est à la fois réaliste et empreint de poétique. Il utilise souvent des plans longs, permettant aux spectateurs de ressentir les émotions des personnages et l’intensité des situations. Son attention aux détails visuels et son souci de bien travailler la bande son de ses films contribuent également à créer une atmosphère immersive. Sa collaboration avec des techniciens et créateurs de talent a produit des bandes originales mémorables qui enrichissent ses récits.
L'impact de Mohamed Lakhdar Hamina sur le cinéma algérien et africain est indéniable. Il a jeté les bases pour des générations de cinéastes. Beaucoup de ses films sont devenus des références dans les programmes de cinéma à travers le monde arabe. Hamina a également contribué à la création d'un langage cinématographique qui puise dans la culture locale tout en étant accessible à un public international.
Lakhdar Hamina a été une forte voix pour les petites gens de la marge et les opprimés. À travers ses œuvres, il exprime les préoccupations des opprimés et met en lumière les luttes des minorités. Ce choix narratif souligne son engagement envers une justice sociale et une représentation authentique des voix souvent ignorées dans les récits classiques dominants.
Finalement, l'œuvre cinématographique de Mohamed Lakhdar Hamina est à voir. Elle exprime bien la richesse et la complexité de l'expérience algérienne.
FILMOGRAPHIE DE MOHAMMED LAKHDAR-HAMINA (LM)
« Le vent des Aurès » (1966) ; « Hassan Terro » (1968) ; « Décembre » (1973) ; « Chronique des années de braise » (1975) ; « Vent de sable » (1982) ; « La dernière image » (1986) ; « Crépuscule des ombres » (2014).
DRISS CHOUIKA

