Culture
Cinéma, mon amour de Driss Chouika : JAFAR PANAHI, UNE VISION DU CINÉMA COMME ACTE DE REBELLION ET DE RÉSISTANCE
Trois visages est le plus libre, le plus malicieux, le plus poétique des films que l’auteur du Ballon blanc a réalisés depuis sa condamnation.
Icône du cinéma iranien contemporain, Jafar Panahi transforme la caméra en arme pacifique de résistance. Réprimé, emprisonné, interdit de filmer, il n’a pourtant jamais cessé de créer. Driss Chouika revient sur ce cinéaste qui, à travers une œuvre puissante et engagée, marquée par le réalisme et la subversion, donne voix à celles et ceux que le régime veut faire taire. De Taxi Téhéran à Un simple accident, Palme d’Or 2025, Panahi incarne plus qu’un cinéaste : un acte vivant de liberté.

« Chacun de mes films est un cri de liberté, une contestation des chaînes invisibles qui nous entourent ».
Jafar Panahi.
Jafar Panahi est certainement l'un des cinéastes les plus emblématiques du cinéma iranien contemporain. Réputé pour sa capacité à transcender les contraintes politiques et sociales, il a su faire de sa conception particulière du cinéma un moyen de résistance et d'expression personnelle. Né en 1960 à Mianeh, en Iran, Jafar Panahi est devenu l’un des piliers du cinéma d’auteur iranien et international. Son parcours est intimement lié à l'histoire politique de son pays, empreinte de dictature et de répression, bien radicalisée après la Révolution islamique de 1979. Sa carrière et son parcours cinématographique sont marqués par une interminable suite d’arrestations et interdictions, mais cela n'a fait que renforcer son engagement. « Chacun de mes films est un cri de liberté, une contestation des chaînes invisibles qui nous entourent », affirme-t-il.
En 2010, Panahi est condamné à six ans de prison et à une interdiction de réaliser des films pendant vingt ans, une décision largement critiquée par la communauté cinématographique internationale. Pourtant, malgré ces obstacles, il a continué de créer. Des films comme "Pardé" (2013), "Taxi Téhéran" (2015) et "Trois visages" (2018) sont le reflet de sa résistance et de son esprit indomptable. de rebelle. Et comme il le dit lui-même : « La vie est une mise en scène, et moi, je suis le metteur en scène de ma propre existence ». Son dernier film, lauréat de la Palme d'Or à Cannes 2025, marque un tournant significatif dans sa carrière et dans la perception du cinéma iranien à l'international.
Il est l’un des rares cinéastes qui a pu obtenir les plus hautes distinctions des trois plus grands festivals internationaux du cinéma : le Lion d'or à la Mostra de Venise en 2000 pour « Le Cercle », l'Ours d'or à la Berlinale en 2015 pour « Taxi Téhéran » et la Caméra d’Or en 1995 pour « Le ballon blanc » et la Palme d'Or en 2025 pour « Un simple accident » au Festival de Cannes. Il a aussi, entre autres, remporté le Léopard d'or au festival international du film de Locarno en 1997 pour « Le Miroir », le Prix du scénario au Festival de Cannes en 2018 pour « Trois Visages » et le prix spécial du jury de la Mostra de Venise en 2022 pour « Aucun ours ».
LE CINÉMA COMME ACTE DE RÉBELLION ET DE RÉSISTANCE
L'importance de l’œuvre de Jafar Panahi réside dans sa capacité à capter la réalité iranienne tout en explorant des thèmes universels. Pour Panahi, le cinéma doit être un acte de rébellion et de résistance. Ses films abordent des problématiques politiques et sociales telles que la répression, la recherche de la liberté, la pauvreté, le désespoir, les rêves brisés... Ses films, bien que souvent interdits en Iran, ont été salués pour leur capacité à refléter les réalités sociales de manière poignante. En utilisant des acteurs non professionnels et en tournant dans des décors réels, Panahi crée une connexion profonde avec son audience. Son style, caractérisé par le réalisme, le minimalisme et l’influence du cinéma vérité, permet au spectateur de ressentir l’authenticité des émotions des personnages.
Ainsi, les films de Panahi constituent une œuvre cinématographique bien engagée. L'ensemble constitue également une étude de la résistance face à l’adversité. Et malgré ses bans et ses condamnations, il a continuellement créé des œuvres qui transcendent la banalité du quotidien. Son film "Trois visages", par exemple, illustre parfaitement cette thématique. À travers l’histoire de trois femmes, Panahi remet en question les normes socioculturelles d’une société patriarcale extremement répressive envers la femme.
Son dernier film, « Un simple accident », représente une ultime déclaration de Panahi sur la recherche de la liberté. Ce dernier opus, encore une fois, met en lumière les luttes d'une société opprimée, tout en offrant un aperçu introspectif de la condition humaine. Investi d'une forte charge émotionnelle, le film tisse habilement la fiction avec la réalité. Dans ce film, plusieurs éléments révèlent son génie : ses plans longs, son utilisation de la lumière naturelle et sa narration non linéaire. Panahi interroge le spectateur, le mettant face à la complexité des choix humains dans un contexte d’oppression.
LE CINÉMA COMME ÉCHAPPATOIRE
Sa persévérance en tant qu’artiste est une source d’inspiration pour de nombreux réalisateurs et cinéphiles. Il incarne l'idée que l'art peut être un vecteur puissant de changement, défiant les règles et mettant en lumière les injustices. En témoignent les applaudissements et les soutiens qu'il reçoit, même de la part de ceux qui sont en désaccord avec ses prises de position.
Pour Jafar Panahi, le cinéma n'est pas uniquement un moyen d'expression, mais aussi une forme d'évasion, d’échappatoire. Son film « Le miroir », par exeemple, offre un mélange fascinant de fiction et de réalité, en brisant le quatrième mur pour faire participer le spectateur à la création. Cette technique fait résonner le concept que le cinéma peut servir d’échappatoire face à la violence du monde.
Finalement, la Palme d'Or de Cannes 2025 n'est pas qu'un simple prix, mais un symbole de l’appréciation internationale de son œuvre et de son message. La critique a salué la profondeur et la subtilité de son traitement. Les experts du cinéma notent que ce parcours, aussi turbulent soit-il, représente un témoignage de la lutte pour la liberté d’expression en Iran. Ainsi, à travers le prisme unique de son art, Panahi nous rappelle que l’espoir, même dans les moments les plus sombres, peut toujours trouver un chemin pour surgir.
FILMOGRAPHIE DE JAFAR PANAHI (LM)
« Le ballon blanc » (1995) ; « Le miroir » (1997) ; « Le cercle » (2000) ; « Sang et or » (2003) ; « Hors jeu » (2006) ; « Ce n’est pas un film » (2011) ; « Pardé » (2013) ; « Taxi Téhéran » (2015) ; « Trois visages » (2018) ; « Aucun ours » (2022) ; « Un simple accident » (2025).