Culture
Cinéma, mon amour de Driss Chouika: LA CITÉ DE DIEU , UNE BRUTALE PLONGÉE DANS LA VIOLENCE URBAINE MODERNE
C’est l’exemple type des films de fiction-documentaires, ou de ce que certains appellent le Cinéma du Réel, basé essentiellement sur des faits vécus, tourné dans une vraie favela, avec des habitants comme figurants.
« Nous avons tourné dans une vraie favela, avec des habitants comme figurants. Beaucoup d’entre eux avaient vécu ces histoires. Je voulais que le film ait l’énergie et la vérité de la rue ».

Fernando Meirelles.
Adapté du roman éponyme de l’écrivain et scénariste brésilien Paulo Lins, ayant été récompensé par un grand nombre de prix dans des festivals internationaux prestigieux, notamment le Prix de la Mise en Scène au Festival International du Film de Marrakech en 2004, les Prix de la Meilleure Photographie et du Meilleur Montage au Festival International du Nouveau Cinéma Latino-américain de La Havane en 2002, le Prix du British Independent Film Awards 2003 et avait raflé en 2003 également six Prix de l’Academia Brasiliera de Cinema dont celui du Meilleur Film, le film brésilien “La cité de Dieu“ de Fernando Meirelles et Kátia Lund plonge le spectateur de plein fouet dans le monde sans merci de la violence, la pauvreté et les dynamiques de pouvoir dans un quartier marginal d’une cité monstre du monde moderne.
C’est l’exemple type des films de fiction-documentaires, ou de ce que certains appellent le Cinéma du Réel, basé essentiellement sur des faits vécus. D’ailleurs l’un de ses deux réalisateurs, Fernando Meirelles affirme bien que : « Nous avons tourné dans une vraie favela, avec des habitants comme figurants. Beaucoup d’entre eux avaient vécu ces histoires. Nous voulions que le film ait l’énergie et la vérité de la rue ». Puis, il confirme la démarche d’une manière plus formelle en précisant : « Nous avons utilisé une caméra à l’épaule et des couleurs saturées pour donner l’impression d’un documentaire tourné à la hâte. Comme si on était dans la favela en train de courir pour sauver notre vie ». Il va meme plus profondément loin en affirmant : « La moitié des acteurs venaient des favelas. Ils ne jouaient pas, ils vivaient leurs rôles. Le gamin qui dit “Je veux être gangster’ dans le film“, c’était sa vraie vie ».
BRUTALE PLONGÉE DANS LE MONDE DE LA VIOLENCE
Effectivement, ce film est une très brutale plongée dans le monde cauchemardesque de la violence dans les cités monstres modernes à travers le monde. Ici, il s’agit bien réellement de Rio de Janeiro, mais ca pourrait bien etre Calcutta ou Mexico ou encore Medellin. « La Cité de Dieu » s’inscrit dans un contexte de crise sociale au Brésil, où les favelas sont marquées par la précarité économique, le trafic de drogue et divers conflits armés. Le film dépeint l'ascension et la chute de plusieurs personnages, reflétant la réalité des quartiers défavorisés de Rio dans les années 1960 à 1980. Comme le souligne le sociologue Luiz Eduardo Soares « La violence dans les favelas n'est pas seulement le produit du crime organisé, mais aussi de l'abandon de l'État ».
Le film évite certes de tomber dans le misérabilisme, comme il fait tout pour s'éloigner de toute glorification de la violence. Il montre comment les jeunes sont pris dans un cycle de criminalité, souvent par manque d’alternatives. La scène du salon de coiffure, où les enfants jouent à la guerre avant de commettre un vrai massacre, illustre cette normalisation de la violence.
Sur le plan stylistique, Le film utilise une structure fragmentée, avec des retours en arrière et des changements de perspective, renforçant l'idée d'un destin inéluctable. Et pour renforcer ce style quasi documentaire, les co-réalisateurs emploient la caméra à l'épaule, des couleurs saturées et un montage rapide pour créer un sentiment d'urgence. Les scènes de violence sont filmées de manière presque documentaire, comme dans la séquence d'ouverture, où le poulet en fuite symbolise l'impasse des habitants.
LA TRAGÉDIE DE L’ENFERMEMENT SOCIAL
Le film met en avant la tragédie, voire la fatalité, de la marginalisation et de l’enfermement social, semblant vouloir démontrer que cela ne fait qu’empirer la gangrène de la violence. Même les enfants sont à la fois victimes et bourreaux. La manière dont on recrute des gamins pour rejoindre les gangs montre comment l'innocence est rapidement perdue. Ainsi, l'État et la police sont soit absents, soit corrompus. La scène où la police massacre des innocents pour se venger souligne leur brutalité et leur complicité avec les trafiquants.
Le film a été acclamé pour son réalisme et son énergie, mais certains critiques brésiliens lui ont reproché d’exploiter, par une sorte d’exotisation, la violence extrême des favelas juste pour séduire un public étranger. Certains vont même jusqu’à affirmer que le film, sous couvert de dénoncer les inégalités, n’offre pas de perspective de changement, ce qui ne peut laisser qu’une impression de désespoir. Ce sont certes des critiques extrémistes et qui n'enlèvent en tout cas rien à la profondeur critique du film vis-à-vis de la violence et la pauvreté. C’est un film bien marquant dans l’histoire du cinéma brésilien contemporain. A voir.
FILMOGRAPHIE SÉLECTIVE DE FERNANDO MEIRELLES (LM)
« La cité de Dieu » (2002) ; « The Constant Gardener » (2005) ; « Blindness » (2008) ; « 360 » (2012) ; « Les deux papes » (2019).