Cinéma, mon amour de Driss Chouika : PARASITE, UNE SUBTILE SATIRE SOCIALE

Cinéma, mon amour de Driss Chouika : PARASITE, UNE SUBTILE SATIRE SOCIALE

Premier film sud-coréen à avoir remporté la Palme d’Or à Cannes 2019

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Avec Parasite, Bong Joon-ho signe une œuvre magistrale sur les inégalités sociales, mêlant satire, ironie et tragédie dans un récit haletant. Palme d’Or à Cannes et couronné aux Oscars, ce film sud-coréen explore, à travers le destin croisé de deux familles, les tensions invisibles qui structurent les rapports de classe. Driss Chouika y voit une œuvre universelle et saisissante, où chaque plan est un miroir tendu à nos sociétés.

« Je crois que le véritable but du cinéma est de nous permettre de nous glisser dans la peau d’autrui. "Parasite" incarne cette idée ».

Bong Joon-Ho.

Premier film sud-coréen à avoir remporté la Palme d’Or à Cannes 2019 à l’unanimité du Jury et à avoir gagné quatre Oscars en 2020 lors de la 92e cérémonie des Oscars  (Meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur scénario original et Meilleur film International), ainsi que le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère, le BAFTA du meilleur film en langue étrangère et une grande quantité de prix dans des festivals prestigieux, “Parasite“ du cinéaste sud-coréen BongJoon-Ho a été considéré par la critique comme le meilleur film de 2019 et l’un des dix meilleurs films du 21ème siècle.

Il traite l’histoire des membres de la pauvre famille de Kim, tous au chômage, qui imaginent un astucieux stratagème pour se faire employer par la très riche famille de Park. Leur fils ayant réussi à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais à la fille des Park, ils se font passer pour des personnes hautement diplômées et qualifiées, et sans aucun lien de parenté. Alors c’est le point de départ d’un engrenage incontrôlable, qui va bouleverser la vie des deux familles.

Il n’est ni un drame, ni une comédie. C’est un film qui, tout en mélangeant les genres, réussit un traitement profond et complexe de la thématique des disparités sociales et des luttes que cela engendre. Son réalisateur, Bong Joon-Ho, précise bien : « Je crois que le véritable but du cinéma est de nous permettre de nous glisser dans la peau d’autrui. 'Parasite' incarne cette idée… Le film parle de la lutte des classes dans toutes ses subtilités et ses nuances. C’est un miroir de notre société moderne ». Effectivement, le film explore les dynamiques de classe et les inégalités sociales à travers l'histoire de ces deux familles aux destins bien opposés.

UNE SUBTILE SATIRE SOCIALE

Au cœur de "Parasite", les différences sociales des classes sont représentées de manière poignante. La famille pauvre de Kim, vivant dans un sous-sol insalubre, cherche désespérément à s’élever socialement en infiltrant la riche famille de Park. La dynamique entre ces deux familles souligne la disparité économique : alors que les Park vivent dans une maison moderne dotée de toutes les commodités, les Kim doivent composer avec des conditions de vie bien précaires. Bong Joon-ho illustre cette lutte par des métaphores visuelles profondes et puissantes. Par exemple, dans une scène marquante, la famille Kim doit grimper des escaliers pour atteindre la maison des Park, symbolisant ainsi l'effort nécessaire pour gravir l'échelle sociale. Ainsi, il est clair que pour le réalisateur, le but du cinéma va au-delà du simple divertissement ; il s’agit d’inviter le spectateur à une réflexion profonde sur la vie sociale.

C’est une satire sociale bien subtile. Le film aborde de manière subtile la thématique des disparités sociales, qui va au-delà de l’aspect physique et matériel. Les Kim, en se faisant passer pour des experts et en infiltrant la vie des Park, créent une forme de confusion sociale. Cela soulève des questions éthiques sur la moralité de leurs actes. Cela met en lumière la complexité des relations humaines dans un contexte de différences de classes. Le réalisateur souligne ainsi la fragilité de l’entente sociale. En effet, les mensonges finissent par éclater au grand jour et entraînent l'effondrement de l’entente, ce qui amène les personnages à révéler leurs motivations profondes. Cette tension sociale est accentuée par un retournement de situation qui rappelle que le confort matériel ne garantit ni la bonté ni la sécurité.

"Parasite" se caractérise aussi par son utilisation de l'humour noir combiné à une ironie mordante. Bong parvient à faire sourire le spectateur face à des situations tragiques. Par exemple, la manière dont les Kim échappent à la vigilance des Park lors de la première partie du film crée un humour basé sur l’absurde, qui s’assombrit à mesure que le récit progresse. Cette ironie est résumée dans la réplique très significative du père de la famille Kim lorsqu’il dit « Ce n’est pas un drame, c’est la réalité ». Cela souligne le fait que la lutte pour la survie de cette famille et ses choix difficiles peuvent sembler dérisoires dans un monde où il faut bien survivre alors que le système ne laisse aucune issue évidente. Dans son esprit, l’ascension sociale de la famille repose sur la ruse, mais leur chute est aussi brutale que inévitable. Par contre, l’exagération des traits de caractère des Park, trop naïfs et détachés de la réalité, crée un profond malaise tout en en appelant le spectateur à soulever des questions profondes sur les différences sociales et leur rapport aux conditions matérielles.

Bong Joon-ho se révèle également un maître dans l'utilisation des symboles pour renforcer ses messages. L’utilisation de la pluie est particulièrement significative. Lorsque la tempête inonde la maison des Kim, cela symbolise non seulement la destruction de leurs faux espoirs, mais aussi le difficile bouleversement des hiérarchies sociales. La scène où les Kim doivent fuir leur maison inondée est mise en parallèle avec celle où les Park passent une nuit tranquille dans leur maison, soulignant la différence de leurs situations. Un autre symbole fort est celui de l'échelle, à la fois littéral et métaphorique. L’échelle représente la montée sociale et les obstacles qui empêchent les classes inférieures de se hisser au sommet. Cette image se matérialise lors de la scène finale où le fils des Park va à l’abri au sommet de l’échelle. Le réalisateur révèle ainsi l’inversion du pouvoir, tout en laissant la place à l’ambiguïté des sentiments des personnages.

En fin de compte, "Parasite" est une critique poignante de la société contemporaine, invitant à une réflexion sur les disparités sociales, l'angoisse économique et la morale humaine.

FILMOGRAPHIE SÉLECTIVE DE BONG JOON-HO (LM) : « Barking Dog » (2000) ; « Memories of Murder » (2003) ; « The Host » (2006) ; « Okja » (2017) ; « Parasite » (2019) ; « Mickey 17 » (2025).