Cinéma, mon amour de Driss Chouika: TIMES AND WINDS, UNE MÉDITATION POÉTIQUE SUR LES CONDITIONS DE L’ENFANCE

Cinéma, mon amour de Driss Chouika: TIMES AND WINDS, UNE MÉDITATION POÉTIQUE SUR LES CONDITIONS DE L’ENFANCE

Times and Winds“ de Reha Erdem est une fresque sur l’enfance et ses tourments, et une méditation visuelle sur le temps et la perte de l’innocence

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Avec Times and Winds, le cinéaste turc Reha Erdem livre une œuvre d’une rare intensité poétique, qui scrute les blessures de l’enfance et les tensions familiales dans un village isolé de Turquie. Driss Chouika revient sur ce film qui, entre naturalisme rigoureux et méditation philosophique, déploie une fresque où le temps, la nature et les traditions pèsent sur des adolescents en quête de liberté et de sens.

« C'est un film bien captivant sur l'enfance, tour à tour hypnotique et choquant ; aussi addictif qu'un feuilleton tv et mystérieux qu'un rêve. […] "Times and Winds" est une œuvre remarquable, conçue avec une intelligence suprême : un poème cinématographique, empreint de peur et d'extase, et l'un des meilleurs films de l'année ».

Peter Bradshaw (The Guardian).

Par Driss Chouika

Présenté dans plusieurs festivals à travers le monde, notamment aux Etats-Unis, dont il a eu plusieurs récompenses, généralement bien accueilli par la critique pour son impressionnante vision poétique et son esthétique naturaliste, “Times and Winds“ du réalisateur turc Reha Erdem est un drame bien nuancé et naturellement captivant. Le critique américain Peter Bradshaw, avec beaucoup d’autres, en a eu une haute idée : « C'est un film bien captivant sur l'enfance, tour à tour hypnotique et choquant ; aussi addictif qu'un feuilleton et mystérieux qu'un rêve. […] "Times and Winds" est une œuvre remarquable, conçue avec une intelligence suprême : un poème cinématographique, empreint de peur et d'extase, et l'un des meilleurs films de l'année ».

Son histoire peut être résumée comme suit : Trois adolescents mènent une vie difficile dans un village rural perché sur une montagne surplombant la mer au Nord de la Turquie : Omer qui déteste son père, imam du village, et va jusqu’à imaginer les manières de le tuer, Yakup qui est secrètement amoureux de son institutrice et Yildiz à qui sa sévère et exigeante mère impose les tâches ménagères et la garde de son petit frère. Leur difficile existence, comme celle de tous les villageois, est ponctuée par les cinq prières quotidiennes, l'émerveillement et l'innocence de l’adolescence, ainsi que les aléas de la vie dans un milieu d’une extrême pauvreté.

UNE MÉDITATION POÉTIQUE SUR LES CONDITIONS DE L’ENFANCE

Ce film du réalisateur turc Reha Erdem, d’un naturalisme impressionnant, se présente comme un regard tendu sur la relation complexe entre enfants et parents dans un village d’une extrême pauvreté, balayé par les vents forts de la Turquie. C'est une méditation profonde sur le pouvoir bien instable de la nature, qui contribue à créer un monde où les personnages humains ne paraissent être que les maillons d'un ordre naturel bien complexe. Le site FlickFilosopher de Maryann Johanson le décrit ainsi : « Élégie sur la fin de l'enfance et la perte de l'innocence, ce film turc saisissant est une promenade onirique, cruelle et honnête, à travers les éveils physiques et émotionnels de trois jeunes adolescents dont la vie est façonnée et limitée par les rythmes ruraux de leur village de montagne isolé ».

Ce film est une vision qui oppose le progrès humain à  une sorte d’éternel retour aux sources naturelles. Il est bien poétique, comme ont souligné beaucoup de critiques, mais c’est une poétique naturelle, dénuée de tout  sentimentalisme. Oui, "Times And Winds" est un film qui place les relations conflictuelles humaines, l'angoisse, l’amour comme la haine dans le vaste champ du temps dans son rapport avec la nature et ses aléas. La puissance poétique et visuelle du film, comme sa structure narrative captivante, sa photographie bien respectueuse de la beauté et la majesté de la nature, donnent un attrait bien particulier au portrait cru mais sensible qu’il trace d’une enfance malmenée par des conditions de vie d’une extrême dureté. Bien qu’on puisse lui reprocher un rythme lent et une tonalité parfois trop solennelle, cette œuvre cinématographique est forte par sa capacité à mêler réalisme rural et méditation universelle sur le temps, la nature et les cycles de la vie humaine.

UNE SYMPHONIE VISUELLE

Ce film est bien une ode cinématographique sur l’enfance, une symphonie visuelle, une méditation poétique sur les rythmes de la vie, les blessures de l'enfance et les cycles immuables de la nature. À travers le regard de trois enfants grandissant dans un village reculé de Turquie, Erdem tisse une tapisserie sensorielle qui explore la violence sourde des traditions, la complexité des relations familiales et la beauté crue des paysages anatoliens. Ce film s'impose comme une œuvre phare du cinéma turc contemporain, aux confins du documentaire ethnographique et de la fable philosophique.

La direction de la photo complète le tableau en offrant des plans panoramiques saisissants sur les montagnes, la mer et les oliveraies, contrastant avec des scènes intimistes dans des maisons de terre crue. La caméra suit les enfants avec une grâce fluide, tantôt en mouvement perpétuel, tantôt en pauses contemplatives où les personnages apparaissent figés dans la nature, comme endormis ou hypnotisés. La nature est aussi un personnage à part entière, à la fois magnifique et indifférente. Les scènes d'animaux s'accouplant, ridiculisées par les enfants, font écho à leur propre découverte de la sexualité. Les paysages grandioses offrent aux enfants un refuge temporaire, comme ces rochers surplombant la mer où ils fument en cachette. Mais la nature est aussi cruelle : un chasseur abat un oiseau pour rien, symbolisant la gratuité de la violence humaine .

Ce film est conçu comme un cri de détresse noyé dans un rituel religieux rigide, une quête de grâce dans un monde qui n'en offre pas. A voir.

FILMOGRAPHIE SÉLECTIVE DE REHA ERDEM (LM)

« A Run for Money » (1999) ; « Times and Winds » (2006) ; « My Only Sunshine » (2008) ; « Kosmos » (2009) ; « Jîn » (2013) ; « Hey There ! » (2021).