Culture
Cinéma, mon amour de Driss Chouika : UNE AFFAIRE DE FAMILLE, UNE APPROCHE DÉLICATEMENT HUMANISTE
Après une opération de vol à l’étalage, un père de famille, la quarantaine, et son fils de 12 ans rencontrent dans la rue une petite fille qui semble perdue et l’emmènent chez eux. La femme d’Osamu, d’abord réticente à l’idée d’accueillir l’enfant pour la nuit, finit par accepter. Leur extrême pauvreté, survivant de petits vols et rapines, les membres de cette famille semblent vivre heureux, cachant chacun ses propres secrets. Mais arrive un jour qui va révéler leurs plus terribles secrets…
Avec Une affaire de famille*, Hirokazu Kore-eda interroge avec finesse et pudeur les fondements mêmes du lien familial, au-delà des conventions biologiques et sociales. Couronné de multiples prix internationaux, ce film bouleversant dresse le portrait d’une famille japonaise marginalisée qui invente, dans la précarité, une forme de bonheur résistant. Le regard profondément humaniste du cinéaste japonais donne à cette chronique une puissance universelle, souligne Driss Chouika.

« Je voulais présenter une vision de la famille qui se détourne des normes sociales. Pour moi, la famille peut être formée par des liens d'amour et d'affection, pas seulement par le sang ».
Hirokazu Kore-Eda.
Ayant été le film japonais le plus primé de 2018/2019, Palme d’Or à Cannes et Meilleur Réalisateur au Festival International d’Antalya en 20118, puis César du Meilleur Film Etranger et une grande quantité de prix à la 42ème Cérémonie des Japan Academy Prize dont eux du Meilleur Film, Meilleur Réalisateur, meilleur Scénario, Meilleure Actrice, Meilleur Photographie et Meilleure Musique, le film “Une affaire de famille“ de Hirokazu Kore-Eda aborde avec finesse les thèmes de la pauvreté et de l’exclusion sociale, montrant comment des personnes démunies et marginalisées peuvent créer les conditions de leur propre survie.
Après une opération de vol à l’étalage à laquelle ils semblent bien rodés, un père de famille, la quarantaine, et son fils de 12 ans rencontrent dans la rue une petite fille qui semble perdue et l’emmènent chez eux. La femme d’Osamu, d’abord réticente à l’idée d’accueillir l’enfant pour la nuit, finit par accepte de s’occuper d’elle lorsqu‘elle comprend que ses parents la maltraitent. Malgré leur extreme pauvreté, survivant de petits vols et rapines pour compléter leurs maigres salaires, les membres de cette famille semblent vivre heureux, cachant chacun ses propres secrets. Mais arrive un jour qui va révéler leurs plus terribles secrets…
Le réalisateur lui-même présente son film ainsi : « Je voulais présenter une vision de la famille qui se détourne des normes sociales. Pour moi, la famille peut être formée par des liens d'amour et d'affection, pas seulement par le sang ». Et il explicite le traitement humaniste de sa thématique en précisant « À travers des personnages qui partagent une vie ensemble, je voulais explorer les complexités des relations humaines et la manière dont l'empathie et la compréhension peuvent se développer dans des circonstances improbables ».
APPROCHE DÉLICATEMENT HUMANISTE
"Une affaire de famille" est un film poignant qui plonge avec une approche délicatement humaine dans les méandres de la vie quotidienne d'une famille japonaise vivant en marge de la société. C’est grâce à une telle approche délicate et sensible que Kore-eda, qui interroge les notions de famille, de solidarité et de morale dans une société moderne en évolution rapide, a été fortement salué à la fois par la critique, le public cinéphile et les Jurys de plusieurs festivals internationaux. Effectivement, le film soulève avec finesse des questions profondes sur l'identité et les valeurs humaines. Il analyse la problématique du modèle familial japonais en opposant stéréotypes sociaux et réalités sociales, la quête du bien-être des enfants, la réalité des sentiments, la cupidité des intérêts face à la richesse et à la pauvreté, les apparences étant souvent trompeuses. Le traitement de l’histoire du film offre aussi un aperçu sans concession de la condition féminine au Japon.
Le mode de vie de cette famille, loin des standards sociaux, soulève immédiatement des interrogations sur la nature même de la famille et des liens qui unissent ses membres. Alors que des scènes de vol à l’étalage font surface, le spectateur est confronté à la réalité brutale de la pauvreté et de l’humain, une thématique récurrente dans l'œuvre de Kore-eda. La famille, en l’occurrence, n'est pas définie par les liens de sang, mais par des choix et des circonstances. « C'est la manière dont nous choisissons d'habiter notre existence qui crée des liens », explique le réalisateur lors d'une interview. Cette phrase résume parfaitement l’essence du film : une famille ne se définit pas uniquement par la biologie, mais aussi par l'amour, le soin et le soutien mutuel.
L’une des forces du film est sa capacité à faire évoluer les relations des personnages au fil de l'histoire. Le film dépeint avec finesse la dynamique des rôles, où chaque membre apporte sa part à la survie du groupe. Plus profondément, le personnage de Yuri, la petite fille que Osamu et sa compagne découvrent et adoptent temporairement, incarne l'idée de la famille élargie. Son inclusion dans le groupe montre comment l'amour et l'attention peuvent transformer une situation difficile et refléter la volonté de protéger les plus vulnérables même dans des circonstances désastreuses.
Le film explore également la relation entre la pauvreté et la moralité. La famille, bien que vivant en dehors des normes sociétales et parfois en commettant des actes criminels, agit souvent avec une profonde humanité. Le film révèle la complexité des choix moraux dans des situations désespérées. Cela pose la question : jusqu'où serait-on prêt à aller pour protéger ceux que l'on aime ? Il nous fait aussi réfléchir sur la structure économique de la société japonaise contemporaine, ainsi que sur l'accès inégal aux ressources. Le film culmine dans des scènes déchirantes qui remettent en question les valeurs de la famille traditionnelle. La découverte par les autorités des actions de cette famille conduit à des moments d'introspection et de remise en question, tant pour les personnages que pour les spectateurs.
Finalement, Kore-eda nous rappelle que les vraies affaires de famille ne se limitent pas à la biologie, mais se construisent sur des valeurs, des sacrifices et des moments partagés, même au cœur de l'adversité.
FILMOGRAPHIE SÉLECTIVE DE HIROKAZU KORE-EDA (LM)
« Distance » (2001) ; « Nobody Knows » (2004) ; « Still Waking » (2008) ; « Tel père, tel fils » (2013) ; « Notre petite soeur » (2015) ; « The Third Murder » (2017) ; « Une affaire de famille » (2018) ; « La vérité » (2019) ; « Les bonnes étoiles » (2022) ; « L’innocence » (2023).