Cinéma, mon amour : MULHOLLAND DRIVE, UN ÉNIGMATIQUE TRAITEMENT ENTRE REVE ET REALITE

Cinéma, mon amour : MULHOLLAND DRIVE, UN ÉNIGMATIQUE TRAITEMENT ENTRE REVE ET REALITE

Le film, considéré par beaucoup de critiques comme l'un des chefs-d'œuvre du cinéma contemporain, plonge le spectateur dans un labyrinthe psychologique où rêve et réalité s'entremêlent.

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Avec Mulholland Drive, David Lynch livre une œuvre labyrinthique où rêve et réalité se confondent dans un vertige hypnotique. Considéré comme l’un des chefs-d’œuvre du cinéma contemporain, ce film, qui débute comme un thriller néo-noir avant de plonger dans l’onirisme et le cauchemar, explore, écrit Driss Chouika, les illusions d’Hollywood, les fractures de l’identité et la puissance destructrice des désirs inassouvis.

Par Driss Chouika

« Mulholland Drive est une histoire de l’Hollywood des rêves… et des cauchemars. Mais chacun est libre d’y voir ce qu’il veut ».

David Lynch.

Conçu au départ comme pilote d’une série télévisée avant d'être transformé en long métrage après la modification de sa fin, l’un des films les plus primés de son auteur, Prix de la Mise en scène à Cannes 2001, trois prix au Chicago Film Critics Association 2001 (Meilleur film, Meilleur réalisateur et Meilleure Actrice pour Naomi Watts), Meilleure photographie pour Peter Deming à l'Independent Spirit Awards 2001, BAFTA 2002 du Meilleur montage pour Mary Sweeney, César 2002 du Meilleur film étranger, entre autres, le film “Mulholland Drive“ de David Lynch ne déroge pas au style énigmatique et profondément onirique de son auteur.

Effectivement, ce film, considéré par beaucoup de critiques comme l'un des chefs-d'œuvre du cinéma contemporain, plonge le spectateur dans un labyrinthe psychologique où rêve et réalité s'entremêlent. Dans une histoire bien compliquée et à travers une narration non linéaire et des symboles récurrents, Lynch explore des thèmes tels que l'identité, l'illusion hollywoodienne, le désir et la désillusion. L’histoire est difficile à raconter mais peut etre résumée ainsi : Suite à un violent accident sur la route de Mulholland Drive, une belle femme, seule survivante, se sauve hébétée et se réfugie dans une demeure inoccupée. Puis après, on voit une belle actrice canadienne, interprétée par Naomi Watts, qui débarque à l’aéroport de Los Angeles dans la ferme intention de devenir une star de Holywood. Dans la salle de bains de l’appartement où elle va résider, elle découvre la survivante de l’accident, terrifiée. Par compassion, découvrant qu’elle est amnésique, elle décide de l’héberger et l’aider à retrouver son passé…

Le réalisateur lui-même reconnaît la complexité de l’histoire de son film et son traitement en affirmant que : «“Mulholland Drive “ est une histoire de l’Hollywood des rêves… et des cauchemars. Mais chacun est libre d’y voir ce qu’il veut ». Il précise juste que : « Il y a une logique, mais elle n’est pas rationnelle. C’est comme dans un rêve : les émotions sont réelles, même si les événements ne le sont pas ».

ÉNIGMATIQUE TRAITEMENT ENTRE REVE ET REALITE

Le film est une espèce de puzzle cinématographique bien difficile à déchiffrer. Il est structuré comme un rêve, où la logique conventionnelle est remplacée par une suite d'images et d'émotions. Le film débute comme un thriller néo-noir, suivant l’amnésique Rita et l’aspirante actrice Betty, avant de basculer dans un cauchemar psychologique. Il oscille ainsi entre rêve et réalité, d’une manière irrationnelle, comme le précise son auteur. Cela est susceptible d'être interprété de la manière suivante : on peut concevoir que la première partie du film représente le fantasme de Betty (Naomi Watts), une actrice ratée qui se projette dans l’identité d’une grande star de Hollywood, dans le sens d’une version idéalisée d’elle-même. Dans ce sens, la seconde partie révèle la réalité amère du monde vécu, ou elle se retrouve rongée par la jalousie et le désespoir après l’échec de sa carrière et la trahison. La liaison entre ces deux mondes est marquée par le seul indice palpable : la boîte bleue, symbole du passage vers la vérité.

En effet. Hollywood est dépeint comme un lieu de promesses trompeuses, où les rêves se transforment en cauchemars. Betty incarne l’innocence et l’espoir, tandis que les scènes de casting et les producteurs manipulateurs révèlent la cruauté de l’industrie. Les personnages des deux femmes illustrent la fragmentation de l’identité. L’une, après son accident, adopte une nouvelle personnalité, tandis que l’autre se révèle être une projection de la première. Le miroir joue ainsi un rôle clé dans cette exploration.

La relation entre les deux femmes, d’abord tendre, se transforme en obsession destructrice dans la réalité. La scène érotique entre les deux femmes est à la fois sensuelle et inquiétante, préfigurant une chute inéluctable. La jalousie de l’une envers l’autre culmine dans la scène de la fête. Aussi, toute la symbolique et les motifs récurrents employés dans le film illustrent cette interprétation. Le bleu domine l’esthétique du film, associé à la mélancolie et à l’irréalité. La clé bleue, la boîte bleue et le Club Silencio (éclairé en bleu) renforcent cette atmosphère onirique. La scène terrifiante de l’homme racontant son cauchemar au dîner représente aussi un moment clé dans la compréhension du traitement du film.

En fin de compte, « Mulholland Drive » est une œuvre complexe qui échappe à toute interprétation unique. En mêlant thriller psychologique, drame romantique et horreur surréaliste, David Lynch crée une expérience cinématographique inhabituelle. Le film interroge la nature de la réalité et la puissance destructrice des fantasmes, tout en offrant une critique bien acerbe d’Hollywood.

FILMOGRAPHIE DE DAVID LYNCH (LM)

« Eraserhead » (1977) ; « Elephant Man » (1980) ; « Dune » (1984) ; « Blue Velvet » (1986) ; « Sailor et Lula » (1990) ; « Twin Peaks : Fire Walk With Me » (1992) ; « Lost Highway » (1997) ; « Une histoire vraie » (1999) ; « Mulholland Drive » (2001) ; « Inlan Empire » (2006) ; « Twin Peaks : Les Pièces manquantes du dossier » (2014).