Dakka, les Arts pop’, Jazzablanca, Asilah, la culture dans tous ses été

Dakka, les Arts pop’, Jazzablanca, Asilah, la culture dans tous ses été

Sous les étoiles de l’Esplanade Moulay El Hassan, Marrakech a fait danser sa mémoire au rythme du Festival National des Arts Populaires. Des troupes venues des quatre coins du Royaume ont célébré la richesse du patrimoine immatériel

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De Marrakech à Assilah, en passant par Taroudant et Casablanca, l’été culturel du Maroc s’épanouit dans toute sa diversité. Des arts populaires aux ateliers littéraires, des rythmes traditionnels aux sonorités internationales, le pays vibre au rythme de festivals qui réinventent le lien entre mémoire, modernité et jeunesse. Ce panorama d’événements incarne un Maroc pluriel, créatif et résolument tourné vers l’avenir.

Marrakech : un kaléidoscope de traditions vivantes

Sous les étoiles de l’Esplanade Moulay El Hassan, Marrakech a fait danser sa mémoire au rythme du Festival National des Arts Populaires. Des troupes venues des quatre coins du Royaume ont célébré la richesse du patrimoine immatériel, dans une explosion de couleurs, de gestes ancestraux et de musiques endiablées.

Du Gnaoua au Tiskiouine, de l’Ahidous à la Regadda, chaque prestation a résonné comme un hommage vibrant aux terroirs marocains. La soirée s’est muée en mosaïque sensorielle, nourrie de fierté régionale et d’une volonté commune : transmettre les trésors culturels aux jeunes générations. Pour Saïd El Mouqaddemi de la troupe Regadda d’Oujda, « c’est l’occasion de préserver une mémoire vivante ». Même son de cloche pour Fatima Amine, venue de Tighssaline : « notre culture ne doit pas se figer, elle doit dialoguer avec le présent ».

Le FNAP, porté par l’Association Le Grand Atlas et le ministère de la Culture, continue d’ancrer Marrakech comme capitale du folklore national, accueillant également des spectacles dans des lieux emblématiques tels que le Palais El Badii et Bab Ighli. L’édition 2025 promet notamment une Nuit des Étoiles où fusionneront les rythmes gnaoua et africains, avec un hommage à Saïda Charaf, figure de la chanson sahraouie et symbole de la femme artiste marocaine.

Taroudant : Dakka Roudania, battement d’identité

Plus au sud, Taroudant a ouvert la 18ᵉ édition du Festival national Dakka et Rythmes. Ce patrimoine rythmique, pilier du paysage artistique local, a trouvé un écrin d’honneur dans cette ville au charme ancestral. Organisée sous le Haut Patronage de SM le Roi Mohammed VI, cette édition a mis à l’honneur des figures majeures comme Abdelmajid El Anssouri et Ahmed Ait Chala.

Sous le thème *L’art de la Dakka, l’esprit du patrimoine et le rythme de l’identité*, le festival entend transmettre ce langage du tambour, sacré et festif à la fois, aux jeunes générations. Des soirées musicales, une conférence dédiée et la participation de 15 troupes font de cet événement un pôle majeur de transmission culturelle, enraciné dans l’identité et ouvert sur le futur.

Jazzablanca, un pont entre les mondes

À Casablanca, le festival Jazzablanca a offert un moment suspendu, mêlant effervescence urbaine et volupté musicale. Le groupe français Caravan Palace a électrisé la scène avec son électro-swing audacieux, tandis que Nubya Garcia, étoile montante du jazz britannique, a emporté le public dans un voyage introspectif, brassant jazz classique, broken beat et groove londonien.

Mais c’est le retour des Black Eyed Peas qui a signé l’apogée de la soirée. Devant un public conquis, le groupe californien a enchaîné ses tubes planétaires – I Gotta Feeling, Pump It, Rock That Body – offrant à Casablanca une soirée à la mesure des plus grandes scènes mondiales.

En parallèle, le Marocain Mehdi Qamoum, alias MediCament, a transporté le public du parc de la Ligue arabe avec une fusion audacieuse entre guembri, jazz et funk. Jazzablanca s’affirme ainsi comme un creuset de dialogues artistiques entre traditions locales et vibrations planétaires.

Assilah : l’enfance au cœur de la création

Enfin, dans le calme inspirant d’Assilah, le Moussem Culturel International a misé sur l’avenir. À travers une série d’ateliers artistiques et littéraires, les enfants et les femmes de la ville ont été invités à explorer leur potentiel créatif. Théâtre, écriture, expression corporelle : chaque activité visait à nourrir l’imaginaire tout en transmettant des outils concrets pour la construction de soi.

Khouloud Bettioui, présidente de Zili Art, souligne l’importance de ces espaces d’expression : « Ces ateliers permettent d’apprendre à écouter, à respirer, à exister pleinement. » Le théâtre devient ainsi terrain d’apprentissage émotionnel autant qu’esthétique.

Côté écriture, les jeunes ont été invités à raconter la naissance d’une fresque, mêlant mots et regards. Quatre de ces textes seront publiés dans la revue Asad à Barcelone. Une récompense symbolique, mais révélatrice du travail en profondeur mené par le Moussem pour faire éclore une génération d’auteurs et d’artistes conscients.

Une même aspiration : transmettre et transformer

De l’Esplanade de Marrakech aux fresques d’Assilah, un même souffle parcourt ces manifestations : celui d’un Maroc qui croit en sa culture comme moteur de lien, d’identité et d’avenir. À travers le folklore revisité, les rythmes réappropriés, la musique mondialisée ou la plume enfantine, c’est une société tout entière qui s’exprime, se cherche, se raconte.

Loin de la nostalgie figée, ces festivals incarnent une modernité enracinée, où les traditions dialoguent avec les défis du présent. Ils sont autant d’invitations à penser la culture non comme un héritage poussiéreux, mais comme une matière vivante, transmise dans la fête, l’écoute et la création partagée.