Entre deux rives, une âme : Ahmed Ben Yessef, de Tétouan à Séville

Entre deux rives, une âme : Ahmed Ben Yessef, de Tétouan à Séville

Sous les voûtes historiques de la Casa de la Provincia, les œuvres d’Ahmed Ben Yessef murmurent des fragments d’âme. Gravures, peintures, sérigraphies, sculptures... chaque pièce est un éclat de vie, une confidence jetée à la lumière

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À la Casa de la Provincia de Séville, le peintre marocain Ahmed Ben Yessef livre une exposition rétrospective bouleversante : « Tétouan mon berceau, Séville ma demeure ». Un voyage pictural de plus de soixante ans où mémoire, couleurs et identité s'entrelacent, tissant un dialogue vibrant entre deux cultures, deux villes, deux mondes.

Une mémoire en pigments

Sous les voûtes historiques de la Casa de la Provincia, les œuvres d’Ahmed Ben Yessef murmurent des fragments d’âme. Gravures, peintures, sérigraphies, sculptures... chaque pièce est un éclat de vie, une confidence jetée à la lumière. *Tétouan mon berceau, Séville ma demeure* n’est pas seulement un titre : c’est un manifeste intime, une géographie affective transformée en langage plastique.

Né en 1945 à Tétouan, formé aux Beaux-Arts de sa ville natale puis à ceux de Séville, Ben Yessef a construit un pont d’encre et de lumière entre les deux rives de la Méditerranée. Un pont qui aujourd’hui devient exposition, célébration et témoignage.

L’art comme lieu de réconciliation

L’initiative est portée par la Députation de Séville, en partenariat avec le Consulat Général du Maroc. L’objectif : faire de l’art un espace de rencontre, une mémoire partagée, un langage sans frontières. Francisco Javier Fernández, président de la Députation, ne s’y trompe pas : « Cette exposition dépasse le cadre artistique. Elle incarne une fraternité méditerranéenne que l’histoire, la culture et l’émotion rendent indélébile. »

Un sentiment partagé par Karima Benyaich, ambassadrice du Maroc en Espagne. Pour elle, l'œuvre de Ben Yessef entrelace « deux mondes qui fusionnent », et chaque tableau devient alors « un fil de soie reliant le Maroc à l’Espagne, Tétouan à Séville, l’enfance à la maturité ».

Entre Séville et Tétouan : un regard traversant

L’artiste, lui, parle avec pudeur et passion : « Chaque toile, chaque gravure, c’est une partie de moi que je livre. » Tétouan, ville d’enfance et de premiers pinceaux, y dialogue avec Séville, la ville d’accueil et d’épanouissement.

Dans ses œuvres, la lumière blanche des murs andalous épouse la chaleur ocre des patios marocains. Les arabesques de l’Alcazar font écho aux zelliges de la kasbah. Et dans cette résonance, Ben Yessef creuse le sillon d’un art du lien, où l’architecture devient émotion et les couleurs, souvenirs.

L’artiste confie : « Il y a une similitude d’âme entre Tétouan et Séville. Dans la lumière, dans la respiration des rues, dans la générosité de leurs habitants. C’est cette proximité, cette résonance, qui a nourri toute mon œuvre. »

Une vie en miroir, une œuvre en transmission

À 80 ans passés, Ahmed Ben Yessef regarde son œuvre comme on relit un journal de bord. Chaque période de sa vie a trouvé sa place sur toile. Certaines de ses créations ont même été reproduites sur des billets de banque, preuve que son trait a su s’inscrire dans le quotidien et dans la mémoire collective.

Mais au-delà des distinctions, c’est la sincérité de sa démarche qui touche. Chez lui, pas de recherche de mode ou d’effet. Seulement l’exigence de traduire le vrai : la fidélité à un parcours, à une terre plurielle, à une double appartenance assumée.

Une exposition, un souffle

Jusqu’au 29 juin, « Tétouan mon berceau, Séville ma demeure » invite le public à entrer dans un monde fait de clarté, de silence et d’échos. C’est une célébration sans nostalgie, un hommage sans passéisme. C’est un art qui avance à visage ouvert, fidèle à ses racines mais tendu vers l’universel.

Dans un monde qui cloisonne, Ben Yessef peint les passerelles. Il rappelle que l’art peut relier ce que la géopolitique divise. Que les murs ne tiendront jamais longtemps face aux mains qui dessinent. Et que dans chaque trait habité, il y a un territoire commun, celui du sensible et du partage.