Expo’ : Tahar Mguedmini, peintre de l’imprévisible et du silence à Casablanca

Expo’ : Tahar Mguedmini, peintre de l’imprévisible et du silence à Casablanca

Le geste pictural de Mguedmini ne cherche pas à plaire ni à illustrer : il creuse. Il fouille ce qui se cache derrière les apparences. L’artiste l’avoue : il ne dirige pas la toile, il l’écoute

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À Casablanca, l’exposition Imprévisible de l’artiste tunisien Tahar Mguedmini a ouvert ses portes dans une ambiance feutrée et vibrante. Entre apparition et effacement, l’œuvre picturale du Djerbien invite à une traversée introspective au cœur du mystère, de la mémoire et du temps suspendu.

Une peinture en équilibre entre chaos et clarté

Sous la lumière douce de la galerie African Arty, les toiles de Tahar Mguedmini captivent sans s’imposer. L’exposition, fruit d’une collaboration entre cette galerie casablancaise et la Galerie Obafricart de Bruxelles, déroule un fil invisible : celui de l’inattendu. D’un tableau à l’autre, une tension s’installe, subtile, entre le visible et l’absent, entre le mouvement de la matière et le calme qu’elle installe.

Le geste pictural de Mguedmini ne cherche pas à plaire ni à illustrer : il creuse. Il fouille ce qui se cache derrière les apparences, libérant une énergie brute que seul l’imprévisible semble pouvoir contenir. L’artiste l’avoue : il ne dirige pas la toile, il l’écoute. Chaque œuvre naît de cette écoute, de ce frottement entre désir de maîtrise et abandon à l’inconnu.

L’homme en noir, sentinelle de l’invisible

Au centre de nombreuses toiles, une silhouette revient, discrète et pourtant obsédante : l’homme en noir. Ni personnage, ni figure illustrative, il est plutôt une présence, une trace, un écho. Mguedmini le définit ainsi : "Il incarne l’invisible, ce qui se tait, ce qui veille."

Dans un monde saturé de bruit et d’images, cette figure silencieuse agit comme un contrepoids, une forme de résistance à la frénésie du contemporain. Elle invite à ralentir, à respirer, à réapprendre le regard.

Un maître discret, entre Djerba, Paris et Zurich

Né en 1948 sur l’île de Djerba, formé à Tunis puis à Paris, Tahar Mguedmini a construit une trajectoire singulière, loin des projecteurs tapageurs. Installé aujourd’hui à Djerba après des passages marquants à Zurich et Paris, il poursuit une œuvre dense et exigeante.

Exposé dans les plus grandes institutions, de Tunis à Londres, en passant par Paris ou Rome, il est notamment représenté au British Museum — preuve que son œuvre dépasse les cercles intimes pour toucher à l’universel.

"Son œuvre interroge le passage du temps, le mystère du corps, la mémoire", souligne Ouissam Barbouchi, président fondateur d’Obafricart. Et d’ajouter que Imprévisible n’est pas "une simple exposition", mais "une expérience à vivre". Chaque toile, en effet, est une énigme, une respiration, un fragment de récit sans fin.

L’exposition comme traversée intérieure

Jusqu’au 15 septembre, Imprévisible installe à Casablanca un espace rare : celui du temps long, de la contemplation et du trouble doux. Avec une trentaine de toiles, Mguedmini propose une œuvre qui ne cherche pas à séduire mais à transformer. Son art, loin des slogans et des dogmes, est une invitation à l’abandon, à l’éveil, à la présence.

En peignant l’imprévisible, Tahar Mguedmini ne cherche pas l’inédit pour lui-même, mais une forme de vérité. Une vérité mouvante, fragile, suspendue — à la fois picturale et existentielle. L’exposition devient alors non plus un événement culturel, mais un rituel silencieux, une parenthèse où se tenir au bord du visible.