Il y a 50 ans, Romain Gary, alias Emile Ajar, mystifiait le Goncourt en remprtant un second prix

Il y a 50 ans, Romain Gary, alias Emile Ajar, mystifiait le Goncourt en remprtant un second prix

L'écrivain français Romain Gary, lauréat du prix Goncourt pour son livre « Les racines du ciel », photographié à l'aéroport d'Orly, au sud de Paris, le 13 décembre 1956.

1
Partager :

Mardi prochain, la France connaitre son pris Goncout 2025, mystifié il y a un demi-siècle par Romain Gary qui réalisait l’un des plus grands coups de théâtre de l’histoire littéraire française. En 1975, sous le pseudonyme d’Émile Ajar, il remportait pour la seconde fois le prix Goncourt — exploit interdit par le règlement — avec le roman "La vie devant soi". Derrière cette mystification savamment orchestrée, se cachait un écrivain en quête de renaissance, capable de se réinventer jusqu’à brouiller les frontières entre fiction et identité. Cinquante ans plus tard, l’affaire Gary-Ajar fascine toujours par sa dimension romanesque et son audace créatrice.


Paris, France - Il y a 50 ans, l'écrivain Romain Gary mettait en scène l'une des plus grandes supercheries de l'histoire littéraire en remportant pour la seconde fois le prix Goncourt, ce qui était théoriquement impossible.

Le 17 novembre 1975, le plus prestigieux des prix littéraires - dont le lauréat 2025 sera annoncé mardi - est attribué à un romancier quasi-inconnu, Emile Ajar, pour "La vie devant soi", publié au Mercure de France.

Ce roman salué par la critique raconte la tendre rencontre entre un jeune maghrébin de 14 ans, Momo, et Madame Rosa, une ancienne prostituée ayant été déportée à Auschwitz, qui tient une pension dans le quartier populaire de Belleville à Paris.

Ce que les jurés du Goncourt ne savaient pas, c'est qu'Emile Ajar n'existait pas et que le livre avait été écrit par Romain Gary, alors l'un des écrivains les plus connus et célébrés de France.

Or, le Goncourt ne peut être attribué deux fois au même auteur, et Romain Gary l'a déjà obtenu pour "Les racines du ciel" en 1956.

Il faudra attendre 1981, sept mois après le suicide de l'écrivain en décembre 1980, pour que la mystification ne soit dévoilée.

"Je me suis bien amusé"

Cette supercherie est celle de "la transformation d'un homme qui, par-delà ses multiples vies, a toujours cherché à se réinventer", résume le docteur en littérature Kerwin Spire, dans "Monsieur Romain Gary, alias Emile Ajar", récemment publié par Gallimard.

Ce récit raconte comment l'auteur de "La promesse de l'aube", à 60 ans, sent que l'heure des succès, qu'ils soient littéraires ou amoureux, est derrière lui. Il tente alors un nouveau départ en se cachant derrière la signature d'Emile Ajar, qui rencontre en 1974 un premier succès avec le roman "Gros câlin", suivi par "La vie devant soi".

Romain Gary vit cette aventure littéraire comme "une nouvelle naissance": "Je recommençais. Tout m'était donné encore une fois", se félicitera-t-il dans "Vie et mort d'Emile Ajar", un court texte publié après sa mort. "Je me suis bien amusé. Au revoir et merci", y écrit-il dans les dernières lignes.

Pour donner vie à Emile Ajar, l'écrivain demande à Paul Pavlowitch, qu'il présente comme un neveu mais qui est en réalité son petit-cousin, de l'incarner auprès de l'éditeur et dans les médias.

"Je voyais bien que je devenais acteur, mais c'était assez drôle", expliquera Paul Pavlowitch dans un livre de souvenirs, "Tous immortels" (éditions Buchet-Chastel), qu'il publiera après avoir révélé la vérité dans un communiqué adressé à l'AFP en juin 1981.

Pour l'actuel président de l'académie Goncourt, l'écrivain Philippe Claudel, la supercherie Gary-Ajar est, un demi-siècle plus tard, "un épisode plutôt sympathique et infiniment romanesque, qui correspondait bien aux années 1970 et à la personnalité de Gary, un romancier qui n'a cessé de mettre en scène sa vie".

"L'époque le permettait. Aujourd'hui, ce serait beaucoup plus compliqué de monter une telle supercherie et le pot aux roses serait sans doute rapidement démasqué", affirme-t-il. (AFP).

lire aussi