Culture
Jazzablanca : une nuit suspendue entre groove céleste et énergie en fusion
Sur la Scène 21 d’Anfa Park, le public s’est laissé captiver par Jordan Rakei, pour sa première prestation au Maroc. Le chanteur et compositeur néo-zélandais, installé à Londres, a distillé une musique aérienne, mêlant soul, jazz et électronique
Jazzablanca a de nouveau tenu ses promesses. Entre la voix vaporeuse de Jordan Rakei et la transe électro-mystique d’Emel, la 18e édition a offert aux Casablancais une soirée envoûtante, à la croisée des genres et des émotions. Une célébration de la musique sans frontières, dans un décor urbain vibrant.
Un Néo-Zélandais dans les étoiles de Casablanca
Sur la Scène 21 d’Anfa Park, le public s’est laissé captiver par Jordan Rakei, pour sa première prestation au Maroc. Le chanteur et compositeur néo-zélandais, installé à Londres, a distillé une musique aérienne, mêlant soul, jazz et électronique. Sa voix feutrée, presque chuchotée, planait comme une brume légère au-dessus de l’assistance hypnotisée. Alternant entre claviers et guitare, il a interprété des titres issus de son dernier album *The Loop*, notamment "Royal" et "Freedom", accueillis avec ferveur.
Chaque morceau semblait tisser un lien invisible entre la scène et les spectateurs, portés par les nappes instrumentales et les rythmes syncopés. Point d’orgue de sa prestation, une version dépouillée et poignante de "Mad World" a suspendu le temps. Loin de l’exercice de style, cette relecture intimiste révélait toute la sensibilité d’un artiste profondément habité.
Emel : entre incantation et rage poétique
En ouverture, l’artiste tunisienne Emel avait donné le ton. Connue pour son énergie brute et son chant incandescent, elle a livré un concert incandescent, entre rock, électro-punk et sons traditionnels du Maghreb. Tour à tour furieuse et méditative, sa voix perçait l’espace comme une incantation.
Sur scène, Emel ne joue pas : elle brûle. Elle incarne chaque note, chaque parole, dans une gestuelle libre, presque chamanique. Le public, d’abord surpris, a vite été emporté dans ce tourbillon émotionnel. "J’ai toujours aimé explorer, combiner les sons d’horizons différents, créer de l’inédit", confiait-elle avant sa montée sur scène. Cette soif de liberté musicale, elle la transmet avec rage et grâce.
Un festival en mouvement, une ville en écho
Le double plateau Emel-Rakei résume à lui seul l’ADN de Jazzablanca : une volonté de décloisonner les genres, de faire dialoguer les cultures. En 18 éditions, le festival s’est imposé comme l’un des rendez-vous majeurs des musiques actuelles au Maroc.
Jusqu’au 12 juillet, Anfa Park se transforme en agora musicale avec deux scènes, des espaces de détente, une restauration diversifiée, et une ambiance chaleureuse. En parallèle, la scène "Nouveau Souffle" au parc de la Ligue arabe propose des concerts gratuits, avec Daraa Tribes, Mehdi Qamoum, Anas Chlih Quintet ou encore Soukaina Fahsi.
Une façon d’élargir les horizons, d’inclure tous les publics, et de rappeler que le jazz, au sens large, est d’abord une affaire d’âme et de partage. Cette nuit-là, entre les soupirs suspendus de Rakei et les rugissements d’Emel, Casablanca a battu au rythme d’un cœur multiple.