L'Iran, l’Isralien Yes, des ovnis, le flop américain... à Cannes

L'Iran, l’Isralien Yes, des ovnis, le flop américain... à Cannes

L'actrice iranienne Maryam Afsharimovahed après que le réalisateur, scénariste et producteur iranien Jafar Panahi a remporté la Palme d'Or pour le film « Un simple accident » le 24 mai 2025. (Photo Valery HACHE / AFP)

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La 78e édition du Festival de Cannes s’est refermée sur un palmarès dans l’air du temps Palme d’or décernée à l’Iranien Jafar Panahi pour Un simple accident, un cri de liberté filmé dans la clandestinité. Entre l’onde de choc provoquée par Yes du cinéaste israélien Nadav Lapid, qui a toutefois dûx se contenter de la Quinzaine des cinéastes, dénonçant l’aveuglement de son pays, la révélation de Nadia Melliti, les deux « ovnis » primés et le flop retentissant des productions américaines, cette édition a dessiné un paysage cinématographique engagé, contrasté et résolument politique.

Le Festival de Cannes a rangé son tapis rouge samedi soir, après deux semaines de compétition marquées par le sacre du cinéaste iranien Jafar Panahi et un certain renouvellement de son palmarès.

Deux films ovnis primés, une jeune actrice française qui crève l'écran, le flop du cinéma américain mais aussi le énième prix des frères Dardenne: retour sur cette 78e édition, dont la cérémonie de clôture a attiré jusqu'à 2,3 millions de téléspectateurs devant la chaîne de télévision France 2, soit moins que l'an passé (2,5 millions en moyenne).

Appel à la liberté en Iran

En décernant la Palme d'or à "Un simple accident", le jury a sacré une oeuvre qui, par sa seule existence, défie les règles draconiennes imposées par la République islamique d'Iran.

Le film a été tourné clandestinement par un dissident, ses principales actrices y apparaissent sans voile et il porte une dénonciation frontale des tortures infligées dans les prisons et de la corruption dans le pays.

Après "Les Graines du figuier sauvage" de Mohammad Rasoulof, prix spécial en 2024, le festival confirme sa vocation à défendre le cinéma iranien de combat face à la censure et à offrir une puissante chambre d'écho aux dissidents.

"Le plus important en ce moment, c'est notre pays et c'est la liberté de notre pays", a déclaré Panahi en recevant son prix devant le gratin du cinéma mondial.

Yes, un Israélien qui dénonce l’aveuglement israélien

Sur une colline face à Gaza, un couple s'embrasse, indifférent aux bombardements au loin. Avec "Yes", fresque radicale présentée à Cannes, le cinéaste israélien Nadav Lapid dit vouloir envoyer un "électrochoc" contre "l'aveuglement" de son pays depuis le 7-Octobre.

"L'aveuglement en Israël est malheureusement une maladie assez collective", affirme à l'AFP le réalisateur de 50 ans, qui avait déjà disséqué les maux de son pays dans "Synonymes", Ours d'or à Berlin en 2019, ou "Le genou d'Ahed" (2021).

Dans "Yes", présenté à la Quinzaine des cinéastes, il dépeint une société ensevelie par sa "part d'ombre" depuis l'attaque du Hamas le 7 octobre 2023, et qui choisit de "fermer les yeux" sur la guerre à Gaza et ses plus de 53.000 morts.

"Ce qui s'est passé le 7-Octobre, le niveau d'horreur et de cruauté, a tout placé à un niveau biblique", développe-t-il. "Le grand fantasme israélien (...) de se réveiller un jour où les Palestiniens ne seront plus là est devenu un programme."

Pendant près de 2H30 de chaos, son film suit un musicien dénommé Y que les autorités chargent de réécrire l'hymne national israélien pour en faire un morceau de propagande appelant à éradiquer les Palestiniens.

Y accepte. Et le "Yes" du titre renvoie à la seule réponse qui serait laissée aux artistes en Israël, selon son acteur principal Ariel Bronz, qui avait provoqué une tempête en 2016 en insérant un drapeau israélien dans son anus lors d'une performance à Tel Aviv.

La révélation Nadia Melliti

Avant de prêter sa silhouette athlétique à "La petite dernière" d'Hafsia Herzi, elle n'avait jamais fait de théâtre ni de cinéma.

A 23 ans, Nadia Melliti, repérée lors d'un casting sauvage, a reçu le prix d'interprétation féminine pour son rôle, incarné tout en délicatesse, de jeune femme musulmane découvrant son homosexualité.

Nadia Melliti est elle-même issue d'une famille immigrée et poursuit des études dans une filière sportive.

Pour Hafsia Herzi, le choix de cette actrice s'est imposé comme "une évidence" lorsqu'elle a vu la photo de la jeune femme, laquelle "s'est abandonnée complètement au personnage".

D'autres actrices débutantes ont été révélées à Cannes, comme la Française Adèle Exarchopoulos en 2013 dans "La vie d'Adèle" ou la Belge Emilie Dequenne en 1999 dans "Rosetta".

Flop américain

Les plus grandes stars du cinéma hollywoodien, dont Robert de Niro et Denzel Washington qui ont reçu des Palmes d'or d'honneur, ont fait briller les marches.

Mais, dans les salles du palais des Festivals, les Américains ont fait un bide. Les grosses productions, comme "Eddington" d'Ari Aster avec Joaquin Phoenix ou "Die, My Love" de Lynne Ramsay avec Jennifer Lawrence, sont reparties les mains vides.

Invité pour assurer le spectacle hors compétition, Tom Cruise n'a pas emballé la critique avec son "Mission: Impossible", présenté comme le dernier de la série mais pas le meilleur.

Quant à "Highest 2 Lowest" de Spike Lee et avec Denzel Washington, c'est l'un des films les plus moqués par les critiques: "une croûte" pour Libération, un "nanar" pour Première.

Deux "ovnis"

Deux films inclassables ont eu les faveurs du palmarès: "Sirat" du franco-espagnol Oliver Laxe, prix du jury, et "Résurrection" du Chinois Bi Gan, prix spécial.

Epopée lunaire dans un décor à la "Mad Max", le premier saisit d'emblée le spectacteur: une rave party dans le désert marocain est interrompue par l'armée et quelques teufeurs s'échappent, avec un père de famille à la recherche de sa fille. S'ensuit une longue déambulation sous substances sur fond de guerre et d'Apocalypse.

Le second est un hommage quasi-religieux à un siècle de 7e art. Ce long-métrage poétique et sensoriel de 02H40, qui fourmille de trouvailles esthétiques et de plans-séquences, brosse l'histoire du cinéma au XXe siècle.

Encensé comme "ovni" par la présidente du jury, Juliette Binoche, le film est totalement hermétique et prétentieux pour d'autres. Ceux-là pourront fermer les yeux pour se laisser bercer par la bande-son, signée du duo électro français M83.

Eternels Dardenne

Luc et Jean-Pierre Dardenne sont repartis de Cannes avec une septième récompense en dix sélections en compétition: le prix du scénario pour "Jeunes Mères", qui suit les destins de mères adolescentes tentant de sortir de la précarité, dans la pure veine de leur cinéma social.

Avec, en outre, des prix d'interprétation pour deux de leurs acteurs (Émilie Dequenne pour "Rosetta" en 1999 et Olivier Gourmet pour "Le Fils" en 2002), ils creusent encore, à plus de 70 ans, leur avance en tête du classement des cinéastes les plus primés sur la Croisette, devant l'Américain Francis Ford Coppola ou le Britannique Ken Loach. (Quid avec AFP)