La mer au loin, les étoiles au-dessus : Saïd Hamich Benlarbi triomphe à Tanger

La mer au loin, les étoiles au-dessus : Saïd Hamich Benlarbi triomphe à Tanger

La Mer au loin raconte l’histoire simple et crue de Nour, un jeune émigré clandestin à Marseille, 27 ans, petit trafiquant et rêveur d’un ailleurs sans horizon. Mais derrière cette dérive, Saïd Hamich Benlarbi filme autre chose : la solitude du déracinement, la beauté violente des existences suspendues

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Sous les ors du Palais des arts et de la culture de Tanger, le rideau est tombé samedi soir sur la 25e édition du Festival national du film. Et c’est *La Mer au loin*, de Saïd Hamich Benlarbi, qui a emporté la Palme marocaine, le Grand Prix, confirmant l’émergence d’un cinéma de la nuance, entre exil et appartenance. Ce film sur la jeunesse en dérive, entre Marseille et le souvenir du pays, a conquis le jury présidé par Hakim Belabbes. À Tanger, le cinéma marocain a prouvé qu’il sait se regarder en face, tout en gardant les yeux ouverts sur le monde.

Une mer intérieure, un film miroir

À première vue, La Mer au loin raconte l’histoire simple et crue de Nour, un jeune émigré clandestin à Marseille, 27 ans, petit trafiquant et rêveur d’un ailleurs sans horizon. Mais derrière cette dérive, Saïd Hamich Benlarbi filme autre chose : la solitude du déracinement, la beauté violente des existences suspendues. La rencontre de Nour avec Serge, un policier ambigu, et sa femme Noémie, ouvre une fêlure — une faille d’humanité où s’engouffre la lumière.

Le film, d’une durée de 116 minutes, est traversé par une mer symbolique : celle qu’on fuit, qu’on porte, qu’on espère. C’est le cinéma d’un Marocain du monde, lucide et poétique, qui scrute les blessures de l’exil sans les juger. Le jury l’a couronné deux fois : Grand Prix et Prix de la réalisation, reconnaissant ainsi la signature d’un auteur qui compte déjà parmi les plus singuliers de sa génération.

L’équipe de La Mer au loin a également brillé avec Rym Foglia et Omar Boularkirba, distingués respectivement pour les prix du second rôle féminin et masculin. Une moisson complète, symbole d’une œuvre équilibrée entre justesse, émotion et regard social.

Un palmarès aux reflets multiples

Le jury du long métrage de fiction, sous la présidence de Hakim Belabbes, a livré un palmarès d’une grande diversité. Le Prix spécial du jury a été attribué ex æquo à Mauvais Temps d’El Ghazouani Madane et à Everybody Loves Touda de Nabil Ayouch. Le premier, chronique rugueuse sur la jeunesse et la précarité, a également remporté le Prix de la première œuvre et celui du premier rôle masculin, décerné à Abdenbi Beniwi. Le second, plongée sensible dans l’univers du chant populaire marocain, a valu à Nisrine Erradi le Prix de la meilleure actrice.

Le film Le Lac bleu de Daoud Aoulad Syad, poétique et métaphysique, a reçu le Prix de la production, ainsi que celui du scénario pour Abdelmjid Seddati, El Houcine Chani et Daoud Aoulad Syad. Le Prix du montage a distingué Ilyas Lakhmas pour Les Commandements de Sana Akroud, qui a obtenu une mention spéciale, tandis que la musique originale de Mourad Zdaidat pour Le Lac bleu a été saluée pour sa puissance évocatrice.

Dans la catégorie des courts-métrages, L’MINA de Randa Maaroufi a remporté le Grand Prix. Son réalisme poétique et sa maîtrise formelle ont séduit un jury présidé par Halima Ouardiri. Le film Miroir à vendre de Hicham Amal a obtenu le Prix spécial du jury, tandis que Chikha-Queen a décroché celui du scénario.

Du côté des documentaires, Fiers, Suspendus et Obstinés de Mohamed Akram Nemmassi a remporté le Grand Prix. Un titre qui résonne comme un autoportrait du cinéma marocain : fier, suspendu, obstiné à se dire. I Will Remember You de Mohamed Rida Gueznai et Les Mille et un jours du Hajj Edmond de Simon Bitton ont partagé le Prix spécial du jury.

Enfin, le Grand Prix des films d’écoles a été attribué à Les Tangérois d’Achraf El Afia, preuve que la relève est déjà là, prête à prendre la mer à son tour.

Tanger, la ville-cinéma

Le festival, placé a fait de Tanger une agora du septième art marocain. Pendant neuf jours, du 17 au 25 octobre, la ville du Détroit s’est transformée en capitale de l’image, réunissant professionnels, critiques, étudiants et curieux.

Les cinéphiles ont pu découvrir sept films dans la section Panorama, dont Routini, Algues amères, Hadda et Krimo, Lbatal et Lkhayma. Autant de regards sur un Maroc pluriel, multiple, où le cinéma devient mémoire et invention.

La cérémonie de clôture a rendu un hommage vibrant à Fatima Attif, grande dame du théâtre, de la télévision et du cinéma. Son visage ému, son sourire pudique, rappelaient que le cinéma marocain est aussi une école de fidélité et de transmission.

Dans les travées du Palais des arts, on parlait déjà de renouveau : une génération d’auteurs qui filme le Maroc d’aujourd’hui avec audace et tendresse, sans slogans ni certitudes.

Le cinéma marocain, entre ancrage et ouverture

Ce 25e Festival national du film n’a pas seulement célébré des œuvres : il a confirmé une maturité. Celle d’un cinéma qui se regarde dans son miroir sans complaisance, qui explore les marges, les femmes, les fractures sociales, la mémoire et la jeunesse.

À Tanger, la mer n’est jamais loin. Elle sépare, relie, inspire. Et La Mer au loin, en emportant le Grand Prix, en devient la métaphore parfaite : un horizon à la fois lointain et proche, celui d’un Maroc qui avance, entre fidélité et modernité.