Culture
Le jazz épouse l’âme gnaouie à Jazzablanca,
Sur la scène du Jazzablanca Festival, la fusion entre les rythmes gnaouis et le jazz contemporain s’est incarnée dans une collaboration aussi audacieuse que fluide
Sur la scène de la 18e édition du festival Jazzablanca, les rythmes venus des profondeurs de l’Afrique ont fusionné avec les élans improvisés du jazz britannique. Majid Bekkas et le groupe londonien Waaju ont offert un concert vibrant, à la croisée des cultures et des esprits.
Une rencontre musicale au sommet
Dans la chaleur enveloppante d’un soir de juillet, les murs de Casablanca ont résonné d’une musique sans frontière. Sur la scène du Jazzablanca Festival, la fusion entre les rythmes gnaouis et le jazz contemporain s’est incarnée dans une collaboration aussi audacieuse que fluide : celle du maître marocain Majid Bekkas et du collectif londonien Waaju.
Face à un public captivé, les notes se sont entremêlées avec naturel : la transe du guembri répondait aux percussions cosmiques, la voix ancestrale de Bekkas s’ancrait dans les arrangements rêveurs de Waaju. C’était une rencontre, mais aussi une reconnaissance. Celle d’un patrimoine commun – africain, hypnotique, ouvert – porté par deux expressions musicales pourtant séparées par des continents.
Majid Bekkas et Waaju : le lien africain
Majid Bekkas, figure tutélaire du renouveau de la musique gnaouie, n’en est pas à sa première aventure de fusion. Avec Alouane, album né de sa collaboration avec Waaju, il explore une nouvelle palette d’harmonies, aux teintes chaudes et aux accents électriques. Le mot Alouane – “couleurs” – résume bien l’esprit du projet : une mosaïque sonore où chaque culture se fond dans l’autre sans se dissoudre.
Waaju, quant à lui, tire ses racines de l’Afrique de l’Ouest, du jazz londonien et d’un psychédélisme contrôlé. Son nom, tiré du bambara, signifie “inspirer à agir”. Ce soir-là à Casablanca, le groupe a honoré sa promesse : faire bouger, faire réfléchir, faire vibrer.
Ezra Collective : l’énergie brute de Londres
Autre temps fort de la soirée, la prestation du Ezra Collective, groupe phare de la scène jazz anglaise. Issus de la marmite multiculturelle londonienne, ces cinq musiciens abolissent les frontières entre afrobeat, grime, jazz et funk avec une aisance déconcertante.
Leur dernier album, Dance, No One’s Watching, célèbre la liberté du mouvement et les instants de lâcher-prise. À Jazzablanca, cette énergie s’est déversée sans filtre, provoquant une onde de joie contagieuse. C’était plus qu’un concert : une communion.
Une scène en plein souffle
Le festival, fidèle à son esprit d’ouverture, a également installé une scène “Nouveau Souffle” au Parc de la Ligue arabe. Gratuit et ouvert à tous, cet espace accueille de jeunes talents marocains comme Daraa Tribes, Mehdi Qamoum, Anas Chlih Quintet et Soukaina Fahsi. L’occasion pour les curieux comme les mélomanes aguerris de découvrir des artistes émergents, porteurs d’un jazz marocain pluriel et en perpétuelle réinvention.
Jazzablanca, le dialogue par la musique
Année après année, Jazzablanca s’affirme comme bien plus qu’un festival. C’est une plateforme de dialogue entre les sons, les langues et les identités. Un lieu où le jazz n’est pas figé, mais perpétuellement métissé. Où chaque note devient un pont, et chaque scène un espace de rencontre.
Dans cette 18e édition, la fusion entre Majid Bekkas et Waaju, l’élan festif d’Ezra Collective, et la vitalité des jeunes artistes marocains ont rappelé que la musique reste l’un des rares langages capables de réunir les mondes.