Culture
Le Maroc en culture : hommages à Tétouan, Cinéma féminin à Salé, arts populaires à El Kelaâ et “Nostalgia” à Chellah
Le Festival de Cinéma Méditerranéen de Tétouan (FCMT), , annonce trois hommages à des figures marquantes de la rive méditerranéenne : le cinéaste marocain Nabil Ayouch, l’actrice espagnole Aida Folch (Photo) et l’acteur jordanien-égyptien Eyad Nassar
L’agenda culturel s’anime entre célébrations du cinéma méditerranéen, projections en compétition au Festival international du film de femmes de Salé, rendez-vous consacrés aux arts populaires et expérience lumineuse à ciel ouvert sur le site historique de Chellah. De Tétouan à Rabat en passant par El Kelaâ des Sraghna, ce tour d’horizon respecte l’ordre des événements et met en lumière talents, œuvres et patrimoines qui composent le paysage culturel de la semaine.
Tétouan : un triple hommage au cinéma méditerranéen
Le Festival de Cinéma Méditerranéen de Tétouan (FCMT), qui tient sa 30e édition du 25 octobre au 1er novembre, annonce trois hommages à des figures marquantes de la rive méditerranéenne : le cinéaste marocain Nabil Ayouch, l’actrice espagnole Aida Folch et l’acteur jordanien-égyptien Eyad Nassar. La sélection consacre des trajectoires singulières dont l’influence a dépassé les frontières nationales pour irriguer le cinéma de la région.
Réalisateur, scénariste et producteur, Nabil Ayouch a imposé un regard sans concession sur une société en mutation. Ali Zaoua, Les chevaux de Dieu, Much Loved ou Razzia ont contribué à ouvrir des débats souvent restés hors champ. En 2021, Haut et Fort a fait sensation en compétition officielle à Cannes, une première pour le Maroc. En 2024, Everybody Loves Touda, sélectionné à Cannes puis au Festival international du film de Marrakech, a été choisi pour représenter le Maroc aux Oscars (catégorie meilleur film international) et s’est qualifié pour les catégories majeures des César 2025, une première pour un film marocain. Au-delà de la filmographie, Ayouch s’illustre par son action culturelle via la Fondation Ali Zaoua, qui œuvre depuis plus de quinze ans à l’accès des jeunes aux pratiques artistiques.
Aida Folch, révélée très jeune par Fernando Trueba dans Le Sortilège de Shanghai, s’est affirmée comme un visage central du cinéma espagnol contemporain, alternant longs métrages et téléfilms, et passant avec aisance du registre social (Los lunes al sol de Fernando León de Aranoa) aux récits intimistes. Eyad Nassar, pour sa part, s’est imposé à l’écran par une amplitude dramatique qui lui vaut la reconnaissance du public et de la critique. Né à Riyad, élevé à Amman et installé au Caire, il a connu un tournant avec la série Al Gamaa (2010), avant d’enchaîner des rôles marquants et d’être distingué “Best Actor” aux Arab Drama Critics Awards 2025 pour Selat Rahem. Il a également prêté sa voix à Basim dans la version arabe d’Assassin’s Creed: Mirage (2023). Avec ces hommages, le FCMT réaffirme sa vocation : faire dialoguer les cinématographies de la Mare Nostrum et saluer des carrières qui façonnent l’imaginaire méditerranéen depuis sa création en 1985 par l’association Amis du Cinéma de Tétouan.
Salé (fiction) : “La Tente aux Ballons”, un mélodrame au souffle pastoral
Dans la compétition officielle de fiction du 18e Festival international du film de femmes de Salé (FIFFS), le long métrage chinois La Tente aux Ballons, de Liu Miaomiao, a été projeté au cinéma Hollywood. D’une durée de 100 minutes, le film déploie l’histoire d’une idylle fragile entre Li Han, apiculteur venu du sud de la Chine, et Maimai, jeune bergère d’un village du nord-ouest. Sur fond de paysages floraux et de quotidien rural, la cinéaste tisse un récit où s’entrecroisent philosophie et réel, porté par un casting majoritairement non professionnel.
Inspirée de la nouvelle La Saison des Fleurs de Shi Shuqing, Liu Miaomiao aborde “le lien naturel” entre une jeune fille et les fleurs pour raconter une rencontre contrariée, faite d’approches, de silences et d’élans retenus. La mise en scène privilégie les respirations du décor, les parenthèses musicales et une direction d’acteurs à la mesure, conférant au film un ton contemplatif et sensible. La Tente aux Ballons s’inscrit aux côtés d’œuvres venues d’horizons variés — Algues Amères (Maroc), Timpi Tampa (Sénégal–France), Manas (Brésil–Portugal), Moon (Autriche), Loveable (Norvège), L’année de la veuve (République tchèque–Slovaquie–Croatie), Les filles désir (France), Rita (Espagne), Cigales (Allemagne–France) — illustrant la diversité esthétique et thématique de la compétition.
Au-delà de la fiction, le FIFFS propose une compétition documentaire, des prix Jeune public (courts et longs métrages marocains dans la fenêtre “film marocain”), ainsi qu’un programme de rencontres professionnelles, de présentations d’ouvrages et de projections en plein air, en partenariat avec la Commune de Salé, la Fondation de Salé pour la Culture et les Arts et l’Association Bouregreg.
Salé (documentaire) : “Mother City”, six ans au cœur des fractures urbaines du Cap
Dans la compétition officielle documentaire, Mother City de Miki Redelinghuys et Pearlie Joubert revisite six années de luttes menées par des militants et mouvements sociaux pour le droit au logement abordable dans la ville du Cap. D’une durée de 103 minutes, le film suit notamment Reclaim the City, dont des activistes investissent des bâtiments abandonnés et en font des espaces de mobilisation, exposant les mécanismes qui perpétuent les inégalités urbaines.
Entre témoignages de familles menacées d’expulsion et analyse des politiques publiques, le documentaire dévoile les lignes de fracture d’une métropole parmi les plus inégalitaires du monde, plus de trente ans après la fin de l’apartheid. La productrice Kethiwe Ngcobo souligne la volonté d’une équipe majoritairement féminine de mettre en lumière la dimension sociale et humaine de ces combats : habiter au cœur de la ville, s’y insérer, revendiquer un droit à la centralité. Mother City concourt aux côtés d’autres titres documentaires, dont Aisha’s Story, Petit Rempart, Lumière de mes yeux et Ana + Yek, confirmant l’attention du FIFFS aux écritures qui questionnent et relient l’intime au politique. Placé sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le festival, organisé du 22 au 27 septembre par l’Association Bouregreg, se présente comme un espace d’échange d’expériences et d’idées entre cinéastes, et un levier contre les stéréotypes.
El Kelaâ des Sraghna : les arts populaires au cœur de l’identité
Le 4e Festival national des arts populaires se tient du 25 au 28 septembre à El Kelaâ des Sraghna, sous le thème “Les arts populaires… une identité enracinée”. Initiée par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication (département de la culture) en partenariat avec la préfecture provinciale, le Conseil provincial et le Conseil communal, la manifestation entend contribuer à la préservation du patrimoine culturel national et à sa transmission.
Selon la Direction régionale de la culture de Marrakech–Safi, le festival confirme sa place d’espace de partage et de valorisation des expressions populaires, enrichissant la diversité des affluents civilisationnels du Maroc. La place Jnane Roma accueillera quatre soirées rythmées par des troupes folkloriques venues de différentes régions, ainsi que par des artistes reconnus. Au-delà du spectacle, une rencontre scientifique est au programme autour du thème de l’édition, réunissant universitaires et chercheurs, et un hommage sera rendu à des figures qui ont marqué la scène nationale et contribué à la sauvegarde des arts patrimoniaux. L’ensemble vise à conjuguer réjouissance publique, transmission des savoirs et reconnaissance des porteurs de tradition.
Rabat – Chellah : “Nostalgia”, une fresque de drones à la croisée des temps
Le site archéologique de Chellah à Rabat se transforme, du 25 au 28 septembre, en écran à ciel ouvert pour une nouvelle édition des spectacles “Nostalgia”. Le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication présente cette proposition comme un voyage visuel et musical où la mémoire collective se recompose en fresques lumineuses animées par des centaines de drones. Deux représentations sont prévues chaque soir, à 21 h 00 et 22 h 30, les réservations étant possibles via le site dédié.
Pensée comme une passerelle entre héritage et innovation, l’expérience réactive par l’image et le son les strates d’un lieu plurimillénaire, tout en s’inscrivant dans une esthétique technologique contemporaine. “Nostalgia” ambitionne d’éveiller un sentiment partagé — celui d’un fil qui relie le passé à l’avenir — et de consacrer Rabat comme scène d’un art public en mouvement. Au-delà de l’effet spectaculaire, l’initiative participe d’une mise en valeur du site et d’une dynamique plus large associant patrimoine, tourisme culturel et création numérique.
Les hommages du FCMT invitent à revisiter des carrières qui ont élargi le champ du cinéma méditerranéen; les compétitions du FIFFS accompagnent des écritures féminines qui interrogent nos sociétés; le festival des arts populaires réaffirme l’ancrage des traditions; et “Nostalgia” explore une forme émergente de récit, à mi-chemin entre mémoire et technologie. Autant de manifestations qui composent le visage d’une vie culturelle marocaine attentive aux circulations — des idées, des esthétiques, des héritages — et qui travaillent, chacune à sa manière, à la transmission.