Culture
Le Nobel de littérature et le « Tango de Satan » - Par Samir Belahsen
Les livres de l'écrivain hongrois Laszlo Krasznahorkai, lauréat du prix Nobel de littérature 2025, sont exposés à l'Académie suédoise à Stockholm, en Suède, le 9 octobre 2025. (Photo de Jonathan Nackstrand / AFP)
Le prix Nobel de littérature 2025 a couronné l’écrivain hongrois László Krasznahorkai, auteur du mythique Tango de Satan. Ce maître de l’apocalypse, héritier spirituel de Kafka et de Thomas Bernhard, explore dans une prose dense et visionnaire la décadence du monde moderne et la quête métaphysique du sens. Samir Belahsen revient sur l’œuvre de Krasznahorkai, à la fois poétique et tragique, qui reflète la puissance inépuisable de la littérature face au chaos.

Samir Belahsen
« Je suis sur le point de vous dire l'indicible — mais je passe ma vie à craindre qu'on frappe à ma porte ».
László Krasznahorkai
Le prix Nobel de littérature 2025 vient d’être attribué à l’auteur Hongrois « László Krasznahorkai ». Son œuvre est reconnue comme des plus significatives de notre époque.
Il avait reçu en 2015 le prix international Booker en 2015 qui annonce souvent de futurs Nobels.
Selon l’académie, son œuvre « fascinante et visionnaire », explorant de manière unique la terreur apocalyptique tout en réaffirmant le pouvoir de l’art.
Le récompensé est pour elle « un grand écrivain épique de la tradition d’Europe centrale, de Kafka à Thomas Bernhard », caractérisé par l’absurdisme, l’excès grotesque, et une réflexion sur la décadence de la civilisation.
L’Académie rappelle la profondeur philosophique de son écriture : il examine la réalité « jusqu’à la folie » à travers des phrases longues et une syntaxe singulière, ce qui lui vaut une réputation de styliste obsessionnel et exigeant.
Le message est contemporain, résonnant avec les crises existentielles et l’époque troublée, à travers des thèmes comme la métaphysique, la guerre, la bureaucratie et la spiritualité. L’Académie honore le versant contemplatif et l'ouverture vers l'Orient dans son style, qui conjugue « densité intellectuelle et beauté lyrique ».
Son premier livre « Le Tango de Satan », publié en 1985, n'a été traduit en français qu'en 2000, et en arabe en 2016.
Sombres, durs et profonds ses œuvres, des proses denses et poétiques, lui ont donné le titre de "maître de l'apocalypse". Ses thèmes et son style révèlent les complexités de l'existence humaine dans un monde en crise.
L’académie cite explicitement les œuvres de l’auteur : Tango de Satan 1985 ; La mélancolie de la résistance 1989 (notre prochaine chronique); Guerre et Guerre 1999 ; Seiobo est descendue sur terre ; Le dernier loup 2009 et Petits travaux pour un palais 2018.
En ce début du XXIème siècle, le Nobel a reconnu Gurnah en 2021, Annie Ernaux en 2022, Jon Fosse en 2023, Han Kang en 2024.
Sur les colonnes du Quid, j’ai eu le plaisir de partager sur les œuvres des récompensés de ce début de siècle.
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Si ces récompenses reflètent une volonté certaine de reconnaître des littératures variées, des perspectives un peu moins traditionnelles ou des thèmes contemporains sensibles, il reste que globalement ça annoncerait un siècle déroutant.
Le Tango de Satan
L’histoire se déroule dans un village hongrois isolé, la vie y est marquée par la misère et le désespoir. Les personnages, après l'effondrement d'une ferme collective, se retrouvent confrontés à des choix moraux et existentiels.
L'arrivée de deux hommes, présumés morts, Irimias et Petrina, emmêle la tranquillité du village. Des villageois les perçoivent comme des messies, d'autres les considèrent comme des agents du mal.
L’histoire traverse les thèmes de la trahison, de l'espoir, et de la désillusion, tout en explorant les tumultes de la dynamique alambiqué des relations humaines dans un contexte de crise.
Le Tango de Satan raconte un monde où l'espoir est rare, les personnages ne peuvent que lutter contre la déchéance et la désillusion.
L'idée d'un messie salvateur est omniprésente, mais elle est souvent liée à la culpabilité et à la trahison.
Les interactions entre les personnages révèlent la solidarité et la méfiance à la fois. La communauté un refuge et une source de conflit.
L’auteur nous plonge dans un monde oppressant où la pluie et la boue complètent le décor de la stagnation et du déclin.
Ce décor et le style unique de l’auteur servent bien la profondeur philosophique. La prose est à la fois dense et poétique.
La lecture de la traduction de Joelle Dufeuilly (2000) chez Gallimard est exigeante mais enrichissante.
Le film de Béla Tarr, encore plus. S’il a pu capturer l'essence du roman, son « travers » est une narration visuelle lente et contemplative. Il dure plus de sept heures. Un grand film de ce cinéma d'art et d'essai qui interroge sur le sens de la vie et de la souffrance.
Le Tango de Satan est une belle œuvre complexe qui aborde des thèmes universels à travers le prisme d'une réalité hongroise.
La reconnaissance d’une voix littéraire Hongroise majeure à un moment où le pays est sous le feu de critiques rappelle que la Hongrie est aussi une grande nation à l’héritage culturel riche.