Culture
Le Week-end culturel : fado, arts amazighs, moussem des cimes et cinéma court
La chanteuse lisboète Filipa Vieira, son timbre ample et nuancé a imposé une couleur musicale où la saudade épouse une modernité discrète
Rabat, Imilchil, Azrou, Taroudant, Ifrane-Azrou, leweek-end de la culture a pris les formes d’un fado vibrant au Théâtre National Mohammed V, des danses collectives amazighes à Aouloz, un moussem mêlant rites matrimoniaux et musiques de montagne dans le Haut Atlas, et d’un festival de court métrage à Ifrane-Azrou plaçant la mémoire sportive au cœur de sa programmation. Quatre rendez-vous, quatre scènes, une même dynamique : faire de la création un lien vivant entre patrimoine et modernité.
Rabat – La voix de Filipa Vieira, un fado qui résonne au-delà des frontières
Le Théâtre National Mohammed V a accueilli, vendredi soir, une soirée fado marquée par la présence de la chanteuse lisboète Filipa Vieira, invitée de la 8e édition du Fado Festival Maroc. D’entrée, son timbre ample et nuancé a imposé une couleur musicale où la saudade épouse une modernité discrète. Entre tradition et arrangements sobres, le répertoire a fait voyager le public rbati sur des rivages où la poésie populaire se mêle à l’intime. Devant une salle où figuraient l’ambassadeur du Portugal, Carlos Pereira Marques, des diplomates et des personnalités du monde de l’art et de la culture, l’artiste a revendiqué « la plus belle musique du monde », saluant un festival qui “fait vivre et résonner la tradition portugaise au-delà des frontières”.
Le producteur du festival, Rodrigo Costa Félix, a rappelé la vocation de ce rendez-vous itinérant : partager une culture née dans les quartiers de Lisbonne et devenue emblème identitaire du Portugal, en soulignant la proximité historique, politique, culturelle et sociale entre les deux pays. La soirée s’est doublée d’un hommage cinématographique avec la projection de « Movimentos Perpétuos » d’Edgar Pêra, portrait sensible du guitariste Carlos Paredes, figure majeure dont l’ombre bienveillante plane encore sur la guitare portugaise. Organisé les 18 et 19 septembre à Rabat, le festival, qui célèbre sa 15e édition mondiale, poursuit son tour des grandes villes d’Europe, d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie.
Taroudant – À Aouloz, le 7e Izourane met l’Ahwach au centre
À Aouloz (province de Taroudant), le 7e festival Izourane des arts traditionnels s’est ouvert vendredi sur une exposition “patrimoine et artisanat”, rassemblant cuir, bois, textile et bijoux en argent : un panorama de gestes et de savoir-faire locaux. L’événement, porté par l’Association Asnfoul pour la Culture, l’Environnement et la Solidarité, a lancé le Prix national de la culture amazighe (catégorie “danse collective”), en partenariat avec l’Institut Royal de la Culture Amazighe, avec l’appui de la Maison de l’Artisan, du ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication – département de la Culture, du Conseil régional Souss-Massa et du Centre Souss-Massa pour le développement culturel.
Pour le directeur du festival, Rachid Ned Boubker, Izourane constitue une plateforme de préservation et de valorisation des arts d’Ahwach, éléments majeurs de l’identité nationale. La programmation articule spectacles de danse, soirées poétiques, concerts amazighs, conférences et ateliers autour des techniques de la danse collective. Objectif affiché : offrir aux troupes venues de diverses régions une scène de visibilité et de reconnaissance, et porter la danse amazighe au-delà du territoire, sur des scènes nationales et internationales. À l’horizon du 21 du mois courant, hommages et distinctions viendront saluer des artistes dont l’œuvre a contribué au rayonnement d’Ahwach.
Imilchil – Moussem des fiançailles et Festival des musiques des cimes : rituels, sons et territoire
À Bouzmou et Imilchil (province de Midelt), l’édition 2025 du Moussem des fiançailles et du Festival des musiques des cimes a pris fin samedi soir sous le signe du thème “Patrimoine authentique et tourisme durable au service du développement local”. Point d’orgue de la clôture, la traditionnelle cérémonie de mariages collectifs, organisée sous tente près du mausolée de Sidi Hmad Oulamghani, a réuni des couples issus de différentes tribus de la région, en présence du gouverneur de la province, Abdelwahab Fadhil, et de responsables locaux.
Au-delà du rite, l’événement a déployé une programmation où les soirées artistiques, animées par des troupes folkloriques de plusieurs régions du Royaume, dialoguaient avec un Salon des produits artisanaux et du terroir, des colloques scientifiques, des compétitions sportives et des activités dédiées aux enfants et aux jeunes. Pour Mohamed Mahmoudi, de l’association Akhiam, organisatrice, ce double rendez-vous s’inscrit dans une logique de célébration, de sauvegarde et de transmission des traditions locales du Grand Atlas. Les retombées ont été immédiates : une dynamique économique visible, un pic d’occupation des établissements d’hébergement, et surtout des espaces d’échanges commerciaux entre tribus. En partenariat avec les communes de Bouzmou et d’Imilchil et en coordination avec la préfecture de Midelt, le Moussem et le Festival ont proposé une immersion où musiques amazighes, danses populaires et événements communautaires donnent à voir un territoire qui conjugue rites anciens et accueil des visiteurs.
Ifrane–Azrou – Court métrage : « Silki Tarab » lauréat du Cèdre d’Or, la mémoire sportive à l’honneur
Clap de fin à Ifrane pour la 26e édition du Festival Cèdre Universel du court métrage d’Ifrane-Azrou, clôturée dimanche soir par une veillée en hommage aux anciennes gloires du sport national. Le Grand Prix “Cèdre d’Or” a distingué « Silki Tarab » des frères Malas (Syrie). Côté documentaire, le Grand Prix revient au film malien « Silence des origines » de Fatoumata Tioyecoulibali ; le Prix de la réalisation au tunisien « Lâche-moi » de Jehan El Sebaï ; le Prix du jury à « Les serpents » de Joël Abou Chabke ; une mention spéciale au documentaire palestinien « Le voyage » de Saoud Mehna.
En fiction, des mentions spéciales ont salué « Inadapté » de Tristan Zerbab et « La feuille percée » de Rami Lahrach, tandis que le Prix du meilleur scénario a distingué « Bouteilles » de Yassin El Idrisi et que le Prix du jury est allé à « Are you volley ball » du réalisateur français Mohamed Bahsin. Le concours des scénarios a, lui, couronné Ismail Ait Lahcen (« Entretien »), devant Noureddine Benkirane (« Le soulier rouge ») ; deux mentions spéciales ont honoré « Enfant du soleil » d’Abdelilah Msouari et « Ordre de suppression » de Badi’a Smah Senoui.
L’édition, ouverte le 18 septembre, a placé la préservation de la mémoire sportive marocaine au centre de sa ligne éditoriale. Projections, ateliers de formation et rencontres sur les interactions entre sport et cinéma ont balisé une semaine dense, conclue par une cérémonie de reconnaissance dédiée à des sportives et sportifs ayant marqué l’histoire nationale. « Le sport est une forme de culture, et promouvoir la culture sportive est l’une de nos priorités », a déclaré Nezha Bidouane, championne olympique et présidente de la Fédération royale marocaine du sport pour tous, rappelant la perspective de la CAN et de la Coupe du monde 2030 comme vitrines de l’hospitalité et des capacités d’organisation du pays.
Au total, 28 films (14 fictions et 14 documentaires) étaient en compétition entre Ifrane et Azrou, sous l’égide de l’Association Ciné-Club Enfance et Jeunesse. La constellation de prix et de mentions reflète une édition ouverte, où diversité géographique, écritures émergentes et thématiques sociétales ont trouvé leur place.