Culture
Les petits-enfants de Zaynab de Zakya Daoud - Par Samir Belahsen
Les petits-enfants de Zaynab
Dans Les petits-enfants de Zaynab, Zakya Daoud redonne souffle et chair à l’héritage de Zaynab Nefzaouia, grande figure féminine du Maroc médiéval. Journaliste et romancière engagée, l’auteure tisse ici une fresque historique et poétique sur la mémoire, l’exil et la transmission. À travers la descendance d’une reine fondatrice, Samir Belahsen croise tout un Maroc en mouvement, traversé par la perte, la résilience et la quête d’identité, qui renaît sous la plume de Zakia Daoud.

Samir Belhasen
« L'histoire est du vrai qui se déforme, la légende du faux qui s'incarne. » Jean Cocteau.
« Un roman est comme un miroir qui se promène sur une grande route. » Stendhal
Si Les petits-enfants de Zaynab de Zakya Daoud est marqué par les profondes dynamiques socioculturelles qui ont façonné son auteure, sa narration et ses enjeux, le choix que j’en fais aujourd’hui doit lui-même beaucoup à l’évolution de ces dynamiques.
Zakya Daoud
De son vrai nom Jacqueline Loghlam journaliste et écrivaine Marocaine, elle est née en 1937.
La journaliste, rédactrice en chef, a pu observer avec un œil critique et un esprit lucide la vie politique et culturelle du Royaume, avec un esprit critique sans complaisance.
Elle avait fondé en 1966 Lamalif, revue mensuelle qui a été arrêtée en 1988. « Elle s’est arrêtée pour des raisons indépendantes de sa volonté et tenant à la conjoncture politique de l’époque » écrivait notre auteure.
Doit-on rappeler que ce magazine a marqué les générations des années 70 et 80 ? Dois-je avouer ma nostalgie pour mes années Lamalif ?
Sur les colonnes du mensuel, on pouvait lire Abdellah Laroui, Paul Pascon, Abdelkbir Khatibi, Mohamed Loghlam, Mohamed Tozy, Salim Jay …et Fatema Mernissi.
Zakya Daoud a publié plusieurs ouvrages : Féminisme et politique au Maghreb en 1994, Abdelkrim en 1999 sur Abdelkrim Khattabi, Marocains de l’autre rive en 2004 ; Travailleurs marocains en France, mémoire restituée et De l’immigration à la citoyenneté en 2003.
Avec Zaynab, Reine de Marrakech (2004) et Les petits-enfants de Zaynab, elle a abordé le roman historique.
Les petits-enfants de Zaynab
Dans Les petits-enfants de Zaynab, Zakya Daoud nous offre une fresque historique et romanesque autour de la descendance de Zaynab Nefzaouia (1039-1117), figure féminine emblématique du Maroc médiéval et épouse du fondateur de Marrakech en1071, Youssef ben Tachfine (1006-1106) qui avait régné sur l’empire almoravide qui s’étendait de la péninsule Ibérique au fleuve Sénégal.
Le récit débute au XIIe siècle, quand les Almohades prennent le pouvoir et chassent les Almoravides, les vaincus.
Abderrahmane, arrière-petit-fils de Zaynab, devait fuir avec les siens, une longue errance méditerranéenne : Andalousie, Baléares, Égypte, France…
L’auteure nous décrit les membres de cette lignée comme si chacun portait en lui, quelque chose de singulier, un héritage de Zaynab, entre la grandeur passée et la quête de l’identité perdue.
Le roman découvre les destins individuels de ces exilés, « victimes » des tourments de l’histoire. Ils gardent une réelle volonté de survivre, de transmettre et même de se réinventer.
En mêlant l’historique au romanesque, Zakya Daoud arrive à brosser les profils, à donner chair à des personnages complexes et souvent attachants.
En interrogeant les notions de mémoire, de filiation et de résilience, Zakya Daoud honore la figure féminine fondatrice, Zaynab Nefzaouia, dont l’ombre plane sur le récit comme le symbole féminin de force et de dignité.
C’est un poème lyrique qui honore tous ceux, et surtout toutes celles, que l’histoire ou les hommes ont tenté d’effacer. Ils et elles continuent de vivre à travers les récits et qui vivront tant qu’il y a des récits.
Les petits-enfants de Zaynab est un roman qui ne se limite pas à raconter des personnages, il les ressuscite. Zakya Daoud, fidèle à sa belle plume érudite et engagée, nous propose une fresque historique où l’intime se mêle au collectif, et où les destins individuels deviennent les signes révélateurs d’une époque tourmentée.
Zakya Daoud semble nous dire que cette famille, chassée par les Almohades triomphants tombe dans une errance aussi bien géographique qu’identitaire. Être arrière-petit-enfant de Zaynab Nefzaouia, ce n’est pas hériter d’un nom, c’est porter un lourd fardeau de grandeur, de mémoire et de résilience.
Le style rappelle les récits de la tradition orale du Maroc, il donne vie à une multitude de personnages, chacun porteur d’un fragment de l’histoire et de l’Histoire.
Ce qui fascine chez l’auteure, c’est sa capacité à faire dialoguer le passé et le présent, à travers une langue qui ne cherche que la vérité.
Zakya Daoud évite le piège du roman historique figé, pour offrir une œuvre vivante, quasi-organique.
Exil et transmission
La mémoire, c’est que l’on porte malgré soi et que l’on transmet sans le vouloir.
A travers l’errance de cette famille, c’est aussi le Maroc que raconte ce roman.
Le Maroc nous signifie ce roman c’est aussi des dynasties, de longues luttes, de grands rois, des femmes puissantes et des hommes en quête de sens. La figure tutélaire de Zaynab, fondatrice, rappelle que l’histoire ne s’écrit jamais sans les femmes.
Ce roman n’est pas seulement un acte de mémoire, c’est un chant lyrique et polyphonique où l’histoire du Maroc se mêle aux voix oubliées.
Un roman qui se médite.
Dans les prochaines chroniques, nous aborderons d’autres romans historiques Marocains. L’histoire n’est elle pas, aussi, un instrument de contestation littéraire ?