Culture
Mawazine 2025 : la diversité comme crédo
Fnaire, ambassadeurs du rap marocain, ont ouvert le bal de la scène Nahda avant de la céder à la chanteuse libanaise Diana Haddad a pris possession de la scène, habillée d’un caftan marocain somptueux
Rabat et Salé vibrent depuis le 20 et jusqu’au 28 juin pour la 20ème édition du festival Mawazine – Rythmes du Monde. Artistes de différentes origines se rencontrent pour célébrer la diversité des traditions musicales et construire des passerelles entre les peuples. Will Smith, Banitsa, Slimane, Lila Downs, Fnaire, Diana Haddad… autant de grands noms qui ont marqué une édition où le spectacle devient mémoire partagée.
Chellah, écrin magique des Balkans
Au cœur du site millénaire de Chellah, où les murs racontent des siècles d’histoire, la soirée du mercredi s’est ouverte par la prestation du groupe bulgare Banitsa. Dans une ambiance où le passé rencontre le présent, les musiciens ont proposé une escale poétique à la croisée des Balkans. Depuis les rivages de la mer Noire jusqu’aux montagnes du Pirin, ils ont dévoilé un patrimoine musical où l’héritage du peuple bulgare s’exprime à travers des instruments ancestraux tels que le kaval (flûte oblique), la tamboura (luth à long manche), le violon ou le tapan (tambour à double peau). Ce voyage musical, où s’alternaient rythmes dansants du Horo et mélodies lentes du Bavna Melodia, a montré à quel point la mémoire des peuples est liée à la vibration du son. Une prestation acoustique où la précision du jeu des artistes et la richesse des rythmes asymétriques ont ouvert une fenêtre émue sur l’âme des Balkans.
Will Smith à l’OLM Souissi : un show à l’américaine
Quelques kilomètres plus loin, à l’OLM Souissi, c’est un Will Smith conquérant qui a posé le pied sur scène pour un concert à l’américaine, où tout était pensé pour émerveiller le public marocain. Pour son tout premier spectacle à Rabat, l’artiste iconique a livré un show où lumière, danse et effets visuels spectaculaires ont transformé la scène en un lieu où la musique devient cinéma. Accompagné de danseurs infatigables, Will Smith a revisité ses classiques tels que Gettin’ Jiggy wit It, Miami, Men in Black ou encore Just the Two of Us, où l’intime s’invite au cœur du spectacle lorsqu’il évoque tendrement son fils.
Entre moments de partage, souvenirs racontés à la volée, et transitions maîtrisées, Will Smith a montré qu’au‑delà du jeu de l’acteur, du rappeur et du showman, subsistait l’âme d’un artiste universel. Avec la ferveur du public marocain en fil rouge, ce concert restera un des moments les plus marquants de la vingtième édition du festival.
Slimane et Lila Downs : l’alchimie des émotions
Au Théâtre National Mohammed V, la soirée était placée sous le signe de la sensibilité à fleur de peau. Le chanteur français Slimane a ouvert le bal, accueilli par une salle comble où l’impatience du public était palpable. Dès les premières notes de Hymne à l’amour, l’artiste a conquis l’audience, établissant un lien profond où l’intensité de sa voix venait rencontrer la sincérité des émotions partagées. De Viens on s’aime à Ça va ça vien*, en passant par Je te donne, Avant toi et l’inoubliable Je suis malade, Slimane a proposé une parenthèse où l’amour devient chant universel.
La scène du Théâtre Mohammed V a ensuite été illuminée par Lila Downs, figure majeure de la scène latino‑américaine. Originaire de Tlaxiaco, elle a transporté le public marocain du Mexique profond aux plaines du jazz et du blues, en passant par des influences hip‑hop, boléros, rancheras et corridos mexicains. La Martiniana, Tortolita, Dos Corazones, Clandestino… Chaque titre, interprété en espagnol, anglais ou langue indigène, était une célébration de la richesse du métissage musical du continent américain. Lila Downs, lauréate d’un Grammy et de nombreux Latin Grammy Awards, a montré que la scène devient un lieu où s’efface la frontière entre le passé, le présent et le futur des musiques du monde.
Fnaire et Diana Haddad : l’harmonie du Maghreb et du Mashreq
La scène Nahda s’est elle aussi illustrée par une soirée où le Maghreb et le Mashreq ont dialogué en musique. Fnaire, ambassadeurs du rap marocain, ont ouvert le bal avec une prestation où l’héritage du patrimoine musical marocain côtoie des sonorités électroniques contemporaines. Avec des tubes où le public devient chœur à part entière, le trio a célébré l’ancrage profond du Maroc tout en ouvrant la voie à la modernité.
Plus tard, la chanteuse libanaise Diana Haddad a pris possession de la scène, habillée d’un caftan marocain somptueux, symbolisant la rencontre du Levant et du Maghreb. De Amanih à Ya Aybo, elle a envoûté le public par la richesse de son répertoire où la nostalgie des classiques arabes côtoie des sonorités modernes. Son jeu de scène, tout en élégance, a illustré la capacité de la musique à unir des peuples autour d’un imaginaire commun.