Culture
Mawazine 2025 : Un melting-pots de voix, de cultures et d’émotions sous les cieux de Rabat
Sous une lumière ardente de fin d’après-midi, dans le site historique de Chellah, le trio Mahaleb a offert un concert empreint de sensibilité alliant mémoire, exil et mélodies ancestrales, dans le cadre du Festival Mawazine-Rythmes du Monde. 26/06/2025-Rabat
Entre racines arméniennes, rythmes afrobeats et poésie arabe, la 20ᵉ édition du Festival Mawazine – Rythmes du Monde a offert au public marocain une palette sonore d’une rare intensité. De Chellah à l’OLM Souissi, en passant par le Théâtre Mohammed V, les artistes ont chanté l’exil, la joie, la mémoire et l’amour.
Chellah : là où les pierres écoutent
Dans l’écrin mystique de Chellah, le trio Mahaleb a livré un concert d’une émotion pure, entre récits familiaux et chants oubliés. Fondé à Lyon en 2015 par Carole Marque-Bouaret en quête de ses racines arméniennes, Mahaleb – du nom d’une épice traditionnelle utilisée dans les brioches pascales arméniennes – explore les mémoires croisées de l’Arménie et de la Turquie. Une musique sans artifice, nourrie d'exils, de silences et d’intimité.
Sur scène, la clarinette turque se mêle à l’accordéon diatonique, les percussions s’accordent aux souffles du zarb et de la derbouka. Le public, assis en silence, parfois les yeux fermés, se laisse happer par la voix de la chanteuse, qui évoque son grand-père né à Bursa, ses souvenirs d’enfance, les figuiers, la fuite. Chaque morceau est une mémoire, un territoire, une lignée.
Les titres "Su bursa’nin kestanesi", "Babadan oğula" ou encore le poignant "Deleyaman", chant emblématique de l’exil arménien, résonnent avec les pierres millénaires de Chellah. L’émotion est dense, suspendue. Le public applaudit sans rompre le fil. "Merci au Festival Mawazine de nous avoir accueillis ici", souffle l’artiste, émue, à la fin de ce moment suspendu.
OLM Souissi : la déferlante afrobeats de Lagos
Changement d’ambiance à quelques encablures de là, où l’OLM Souissi s’est transformé en dancefloor à ciel ouvert. Jeudi soir, deux des figures les plus vibrantes de l’afropop nigériane ont électrisé Rabat : Lojay et Wizkid. Dans une explosion de lumière et de basses, les corps ont bougé au rythme de Lagos, dans une communion aussi festive que libératrice.
Lojay, d’abord, entre en scène. L’auteur de "Monalisa" chauffe la foule avec ses morceaux phares : "Tonongo", "Billions", "Leader". Il danse, sourit, tend le micro au public qui répond à l’unisson. La scénographie est immersive, les visuels envoûtants. Dans les coulisses, il confiait avoir incorporé des sonorités marocaines à son set, comme un hommage à la richesse du pays. "Vous allez goûter un peu du Maroc ce soir", promet-il.
Puis, la star Wizkid fait irruption. Dès les premières notes de "Soco", l’ovation est immédiate. "Bad To Me", "Ojuelegba", "Essence", "Come Closer" : le hitmaker enchaîne les titres, accompagné du DJ Tunez. Chaque chanson est un feu d’artifice. L’afrobeats brille dans toute sa puissance, dans sa modernité, dans sa capacité à rassembler.
En programmant ces deux talents, Mawazine affirme sa volonté de célébrer les sons d’Afrique, dans leur diversité et leur capacité à dialoguer avec le monde.
Théâtre Mohammed V : la poésie femme avec Kadem Saher
Jeudi soir toujours, au cœur de Rabat, une tout autre vibration régnait au Théâtre National Mohammed V. L’icône de la chanson arabe romantique, Kadem Saher, a offert une soirée d’une rare intensité émotionnelle. Le "Kaiser", tel que le surnomment ses fans, a livré une performance magistrale, alternant ballades inoubliables et envolées poétiques.
Le public, de toutes générations, chante avec lui "Ana wa Laila", "Yadokee", "Zidini Ichqan". Les vers de Nizar Qabbani prennent vie, sublimés par la voix grave et habitée de Saher. Pendant près de deux heures, la salle est suspendue, unie par un amour partagé pour la poésie et la musique.
Kadem Saher, né à Mossoul en 1957, reste fidèle à une élégance musicale rare. Son art des maqamat, son exigence de composition, son respect du texte font de lui une figure à part. Il confie son bonheur de se produire à Rabat, ce Maroc qu’il dit porter dans son cœur. La salle l’acclame longuement. C’est plus qu’un concert, c’est une offrande.
Mawazine, vingt ans de métissage et d’ouverture
À Rabat-Salé, c’est tout un festival qui se déploie, les scènes se répondent : Chellah et son silence sacré, l’OLM Souissi et sa folie chorégraphique, le Théâtre Mohammed V et sa ferveur lyrique. Mawazine, fidèle à son nom, est bien une question d’équilibre : entre modernité et tradition, racines et envols, récits intimes et rassemblements collectifs.
En accueillant des artistes de l’envergure de Mahaleb, Lojay, Wizkid ou Kadem Saher, le festival célèbre toutes les facettes de la musique : celle qui console, qui fait danser, qui relie et qui émeut.
Myriam Fares et Aminux embrasent la scène Nahda
La scène Nahda de Rabat a vibré jeudi soir sous les rythmes envoûtants d’Aminux et de Myriam Fares. Le chanteur marocain a ouvert le bal avec ses tubes R&B comme Bini w binek ou L3ech9 lmamno3, offrant un show énergique. Puis la diva libanaise a enflammé la scène avec ses classiques Nadini, Goumi ou Ga3 ga3 ya zoubida, mêlant dabké et pop orientale. Portée par une foule en liesse, la "Reine de la scène" a offert un spectacle vibrant d’émotion, de danse et de communion, dans le cadre d’une 20e édition de Mawazine résolument inoubliable.