Mawazine 2025 : la cumbia fait danser le Chellah

Mawazine 2025 : la cumbia fait danser le Chellah

À l’ombre d’un chêne soyeux d’Australie, gardien silencieux des pierres séculaires, apparait la chanteuse colombienne Angélica López, vêtue d’une ample robe blanche ornée de liserés dorés

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Par Assia Makhlouf

À l’abri des remparts ancestraux du Chellah, la cumbia colombienne a ouvert un dialogue poétique entre terre, air et mémoire. Angélica López, venue de Carthagène, a envoûté le public de Mawazine par des rythmes où l’héritage des Caraïbes épouse la douceur du lieu. Dans cet écrin où la nuit tombe en silence, la scène devient paysage, la musique devient arbre, et l’instant devient immortel.

À l’orée du crépuscule

Sous un ciel d’azur profond, où le regard dérive à l’infini, la scène du Chellah devient un lieu magique. À l’ombre d’un chêne soyeux d’Australie, gardien silencieux des pierres séculaires, des musiciens vêtus de blanc accordent leurs instruments, tandis que la lumière du soir, le temps s’alanguit. Les sons s’élancent en volutes légères, caressant le public dispersé comme des invités à une fête intime où l’air porte la promesse d’une parenthèse enchantée.

Angélica López, l’âme de la cumbia

C’est ici que la chanteuse colombienne Angélica López apparaît, vêtue d’une ample robe blanche ornée de liserés dorés. Dans un jeu de lumière où le rouge du tapis répond à la profondeur du ciel, elle tourne et danse, gracieuse. Les congas rouges pulsent, portés par la ligne de basse des musiciens coiffés de chapeaux traditionnels. Et soudain, "Madre Monte" éclate, lançant la soirée sur des rythmes irrésistibles. Le public répond par des applaudissements cadencés, comme si les murs du Chellah eux-mêmes s’animaient de vibrations profondes.

Héritage et métissage

La voix chaleureuse d’Angélica s’élève alors pour interpréter "Sway", revisité en espagnol, offrant une version où la nostalgie du standard de Michael Bublé épouse le cliquetis des maracas du guitariste. Puis vient le moment où la gaita, flûte ancestrale des peuples indigènes de Colombie, apparaît sur scène. Angélica en raconte l’histoire, invite le public à marquer le rythme de ses mains, transformant ainsi l’esplanade du Chellah en un immense tambour vivant.

La nuit devient douce lorsque le saxophone entonne "Bésame Mucho". Puis "Colombia" éclate en hymne festif où la voix de la chanteuse s’élève au-dessus des ruines ancestrales du site. À cet instant précis, la terre, le bois, la musique et l’azur du ciel semblent ne faire qu’un.

Une artiste du monde, héritière des racines

Originaire de Carthagène et installée à Londres, Angélica López construit depuis des années un pont musical entre la cumbia, les sons modernes du pop-rock et la richesse du patrimoine colombien. Son engagement à préserver les instruments ancestraux lui a valu en 2018 le prix LUKAS pour son album "Madremonte". Depuis, elle s’impose sur des scènes prestigieuses, du WOMAD au Royal Albert Hall, tout en gardant intacte la force des rythmes du passé.

Ce soir à Mawazine, elle a prouvé que la tradition est un trésor vivant, que la fusion des cultures est un acte poétique, où l’héritage devient création.