Culture
Mawazine 2025 : L’enchantement de Chellah par les sons orientaux du Egyptian Project
Le groupe Egyptian Project se produit sur la scène emblématique de Chellah dans le cadre du festival Mawazine 2025. En mêlant les sonorités traditionnelles égyptiennes à des influences contemporaines, leur performance offre un voyage musical singulier entre héritage oriental et création moderne.21062025-Rabat
Par Assia Makhlouf
Sous un ciel bas où les nuages formaient des arabesques d’ombre, la scène de Chellah, site historique déjà mythique, devient un lieu où le temps suspend son cours. Ici, parmi les pierres chargées d’histoire et des arbres multiséculaire, le Egyptian Project s’est emparé du silence pour en faire un poème musical où le oud, le ney, la voix du soliste et la percussion s’élevaient en un chant profond. Une fin d’après-midi où la mémoire devient vibration, où l’intime devient universel.
Une scène suspendue entre terre et ciel
Chellah semblait flotter hors du temps. Les chaises dorées, disposées en ligne irrégulière, patientaient, comme si le lieu attendait de livrer son secret. Au bout de la clairière, parmi les ruines ancestrales, l’estrade du Egyptian Project accueillait des musiciens vêtus de simplicité et de tradition, serrant contre eux des instruments chargés d’âme. Contrebasse, oud, ney, percussions… tout était prêt pour faire dialoguer le passé profond de l’Orient et l’humeur soleil couchant du présent.
Autour de la scène, les arbres immenses, gardiens du site archéologique, semblaient envelopper le cercle du concert. Le public, dispersé parmi les chaises aux reflets d’or, était à l’image du lieu : multiple, ouvert, prêt à laisser la musique entrer en lui. Un spectateur en turquoise, le regard posé sur la scène, semblait incarner à lui seul l’atmosphère du moment : un état de calme où la vie s’apprête à célébrer l’invisible.
Le dialogue du oud, du ney et du chant
Dès la première note, le Egyptian Project a posé un regard profond sur l’assistance. Le oud a ouvert la nuit par des motifs délicats, tandis que le ney, léger et vibrant, a enveloppé l’espace de son souffle mystérieux. Et puis la voix du soliste s’est levée, douce et intense à la fois, tissant un lien magique entre la terre du Maroc et les rives du Nil.
Plus qu’ailleurs, la magie de Mawazine était là. Le jeu du percussionniste, précis et habité, a réveillé la terre elle‑même. À chaque frappe du tambour, le public semblait frémir, puis exulter, offrant en retour des salves d’applaudissements où la reconnaissance était palpable. À la fin de l’un de ses solos, l’artiste a levé les yeux, humble, bouleversé par la ferveur du lieu, tandis que le silence de la nuit redevenait un écrin pour la prochaine mélodie.
L’hommage du groupe à la terre marocaine
Ce moment d’harmonie, où le passé du site de Chellah rencontrait le présent du concert, s’est prolongé par un signe fort du Egyptian Project : brandir le drapeau marocain parmi les musiciens. Ce simple geste a suffi à déclencher l’applaudissement nourri parmi du public.
« C’est un honneur d’être ici, parmi vous, sur une terre où la musique est plus qu’un art : elle est un lien vivant entre les peuples », a déclaré le chanteur du groupe. Et d’ajouter que le Maroc et l’Égypte partagent un héritage où la poésie du son devient un langage commun. Ce lien profond, tissé par des siècles d’histoires partagées, a vibré intensément tout au long du concert.
Chellah, lieu magique où la mémoire devient musique
Tout au long de la soirée, la scène du Egyptian Project s’est révélée à la fois lieu de mémoire et lieu de création. À Chellah, où la lumière du soir épousait la silhouette des murs ancestraux, la musique a pris la forme d’un rituel où les frontières s’effacent, où la diversité devient harmonie.
Pour le public marocain, pour les étrangers de passage, pour les amoureux des sons du passé autant que du présent, ce concert restera gravé comme un moment où le lieu devient instrument, où le silence devient poème, où la nuit devient chant.