Culture
Nostalgia à Fès : Le théâtre d’une ville, la mémoire d’un royaume
Il y a des soirs où Fès semble se souvenir d’elle-même (Photo MAP)
Sous les arches séculaires de Bab Makina, le passé marocain a repris corps, l’espace d’une nuit. Costumes chamarrés, récits fondateurs et batailles épiques ont fait vibrer Fès au rythme de Nostalgia, les émotions d’antan. Un spectacle immersif où le patrimoine sort des livres pour entrer dans la lumière de la scène.
Quand Bab Makina fait danser les mémoires
Il y a des soirs où Fès semble se souvenir d’elle-même. Ce mercredi, la mythique Bab Makina a troqué son costume de pierre pour devenir le décor mouvant d’un voyage dans le temps.
Sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI, Nostalgia, les émotions d’antan s’est ouvert dans une atmosphère à la fois festive et solennelle. Ministres, artistes, notables et habitants se sont retrouvés au cœur de la médina, le regard déjà happé par les premières scènes qui investissaient la place.
Mohamed Mehdi Bensaid, ministre de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, et Abdelghani Sebbar, Wali par intérimde la région Fès-Meknès, étaient de la fêpour saluer cette initiative qui mêle mémoire et création, tradition et modernité.
Quand le souk redevient théâtre
Très vite, les spectateurs sont entraînés dans une déambulation sensorielle où les siècles se répondent. Ici, un souk bruisse des cris des marchands ; là, les gestes des artisans redonnent vie aux savoir-faire oubliés. Les étoffes volent, les encens embaument, les échanges se font en dialectes d’antan.
L’illusion est totale. Les visiteurs deviennent les témoins d’une scène figée dans le temps, animée par la ferveur de centaines d’artistes costumés. Une immersion qui ravive, en chacun, l’écho d’un Maroc pluriel, profond, populaire.
Quand allégeances et batailles refont l’histoire en majesté
Mais le clou de la soirée reste sans doute l’évocation poignante de l’allégeance des tribus à Moulay Idriss Ier. Sous une lumière tamisée, les serments d’unité résonnent comme aux premiers jours de la fondation de Fès, berceau spirituel et intellectuel de la renaissance du Maroc antique il y a douze siècles sous sa forme actuelle qui a perdure après douze siècles de gloires et de convulsions.
Le souffle épique ne s’arrête pas là. Une reconstitution haletante oppose ensuite les Saâdiens aux Ottomans dans une bataille à l’épée menée tambour battant. Le public, suspendu aux mouvements des belligérants, applaudit avec ferveur la victoire marocaine, portée par une mise en scène spectaculaire et l’engagement physique des artistes.
Quand le patrimoine se fait spectacle
Lancé en 2022, Nostalgia est bien plus qu’un simple événement culturel. Pour Mohamed Mehdi Bensaid, il s’agit de "donner vie aux monuments en les reliant à la création contemporaine". Après Tanger, Rabat, Marrakech ou Laâyoune, c’est au tour de Fès de prêter ses pierres aux récits du passé.
Le metteur en scène Amine Nassour, chef d’orchestre de ce théâtre à ciel ouvert, souligne l’ambition du projet : "Mettre en valeur toute l’histoire de Fès, des Idrissides aux Alaouites, en mobilisant plus de 300 artistes et techniciens passionnés".
Le pari est tenu. Le patrimoine ne se limite plus ici à un décor figé : il devient matière vivante, prétexte à la rencontre et à l’émotion.
Quand les arts vivants reprennent leur souffle
Jusqu’au 15 juin, Nostalgia continue d’animer Bab Makina sous le thème évocateur "Charmes d’hier – Fès, porte du ciel". Au programme : théâtre, musique, costumes, scènes de vie et traditions revisitées pour un public avide d’histoire et de beauté.
Le succès populaire rencontré dans les précédentes villes du Royaume prouve l’appétence des Marocains pour ce type de démarche. Fès confirme à son tour qu’il est possible d’aimer l’histoire non pas en la contemplant de loin, mais en la vivant, le temps d’une soirée.
À l’heure où les villes cherchent à ré-enchanter leur patrimoine, Nostalgia trace une voie singulière : celle d’un spectacle total, qui fait battre le cœur des vieilles pierres au rythme des émotions d’aujourd’hui.