Pas plus à Rabat qu’à Salé il n’eut de ‘’république’’

Pas plus à Rabat qu’à Salé il n’eut de ‘’république’’

Une ancienne carte où l’on distingue (à gauche du Bouregreg, sur la rive droite) Salé-le-Vieil (l’actuel Salé) et (à droite) Salé-le-Neuf (l’actuel médina de Rabat) où les historiens situent ce que l’on appelle par un abus de langage la ‘’république de salé’’

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Combien sommes-nous à savoir que Salé n’est pas forcément Salé, et qu’elle peut être aussi et surtout Rabat ou plutôt sa Médina. Combien sommes-nous encore à Savoir que quand on en parle de ‘’ la République de Salé’’, ce n’est pas de Salé, la jumelle de Rabat sur la rive droite de Bouregreg, qu’il s’agit, mais de l’autre Salé, le-Neuf sur la rive gauche. Dans l’une de ses chroniques dans Quid.ma (22 août 2023), fortement documenté Abdejlil Lahjomri, secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume s’était attaché non seulement à remettre la ‘’République de Salé’’ à sa place, c’est-à-dire à Rabat, mais l’a effacée de la carte et des annales.  

Son texte démonte l’idée romantique d’une supposée « République de Salé », largement relayée par certains historiens et amateurs de récits corsaires. Selon M. Lahjomri, cette entité politique n’a jamais existé comme telle : il s’agissait plutôt d’une autonomie éphémère, née au début du XVIIᵉ siècle dans le contexte des corsaires du Bou-Regreg, principalement à Salé-le-Neuf (Rabat), entre 1626 et 1641. C’est plus un mythe historiographique qu’une réalité historique démontrée. L’expression « République de Salé » s’est imposée dans certains récits historiques, touristiques ou journalistiques pour désigner la communauté corsaire installée sur les rives du Bouregreg.

Des auteurs comme Peter Lamborn Wilson, fasciné par l’histoire des pirates, évoquent même plusieurs « républiques » sur les rives du fleuve, ou encore une à Mamora gouvernée par le capitaine anglais Henry de Mainwaring. Mais les recherches historiques, notamment celles de Roger Coindreau et Abdelahad Sebti, précise le secrétaire perpétuel, montrent que toutes ces péripéties furent brèves, instables et marquées par des luttes internes entre groupes rivaux (Hornacheros et Andalous). Notamment au cours de a période 1610 -1626 qui a été une phase de mise en œuvre, troublée par l’émergence de Al Ayachi, adversaire des Saadiens et dominateur dans sa volonté de commander les corsaires Hornacheros et Andalous.

Le capitaine Mourad Raiss (Jan Jansz), souvent présenté comme amiral élu de cette « république », illustre les ambiguïtés : pour certains nommé par le sultan, pour d’autres élu par les corsaires, il alternait les statuts selon ses intérêts, tantôt chef autonome, tantôt sujet du souverain marocain.

Ce prétendu régime « républicain » reposait sur un Divan à l’indépendance relative, mais dont la cohésion tenait surtout à la répartition du butin et à la taxe de 10 %, véritable enjeu des querelles avec le Makhzen. Les corsaires visaient d’abord l’enrichissement, et la guerre sainte ou la nostalgie andalouse se mêlaient aux profits commerciaux.

L’« autonomie » disparut avec l’affermissement de la dynastie alaouite sous Moulay Rachid, les corsaires intégrant alors le cadre étatique et devenant amiraux ou commerçants au service du sultan.

Peter Lamborn voit dans Salé-le-Neuf une « zone autonome temporaire » créée par Morisques et renégats européens, teintée de mysticisme soufi. Mais il reconnaît le caractère fluctuant et tumultueux de ce pouvoir, plus proche d’une organisation de pirates solidement structurée que d’une république démocratique.

En définitive, il n’y eut pas de « République de Salé » au sens strict, pas plus à Salé sur la rive droite du Bouregreg qu’à Salé-le-neuf sur sa rive gauche. Seulemen t un espace autonome, instable et conflictuel, façonné par les ambitions économiques, la rivalité des factions et un climat politique chaotique, dont la mémoire a nourri une légende corsaire séduisante mais historiquement fragile.

Pour en savoir plus lire : ’La République de Salé’’ n’a jamais existé– Par Abdejlil Lahjomri