Culture
Sur fond de génocide à Gaza, Calle Malaga de Maryam Touzani émeut Venise et fait vibrer le Maroc
Le film raconte l’histoire de Maria Angeles, une Espagnole de 79 ans incarnée par l’immense actrice Carmen Maura. Vieille dame discrète mais déterminée, elle vit seule dans un appartement qui renferme toute une vie de souvenirs
Entre hommage intime, reconnaissance internationale et geste solidaire pour Gaza, la réalisatrice marocaine et son producteur Nabil Ayouch marquent la 82e Mostra de Venise.

Sur le tapis rouge, le couple a fait un geste fort : Touzani a ouvert son sac, décoré d’un keffieh, pour révéler un message écrit en lettres claires : « Stop the genocide in Gaza ». À ses côtés, Ayouch a porté ce symbole en silence
Un film personnel porté par une actrice légendaire
La 82e édition du Festival international du film de Venise a réservé une place de choix au cinéma marocain avec la présentation en avant-première mondiale du long-métrage Calle Malaga de la réalisatrice Maryam Touzani. Sélectionné dans la section Spotlight, le film a été projeté samedi soir dans une salle comble, en présence de son équipe artistique et d’un public conquis.
Tourné à Tanger, le film raconte l’histoire de Maria Angeles, une Espagnole de 79 ans incarnée par l’immense actrice Carmen Maura. Vieille dame discrète mais déterminée, elle vit seule dans un appartement qui renferme toute une vie de souvenirs. Son quotidien bascule lorsque sa fille Clara, jouée par Marta Etura, débarque de Madrid pour vendre la maison familiale. Entre attachement viscéral à une ville qui l’a façonnée et volonté de sa fille de tourner la page, un conflit intime se dessine, révélant les fractures mais aussi les tendres cicatrices d’une relation mère-fille.
Pour Maryam Touzani, ce film est avant tout une déclaration d’amour à sa grand-mère maternelle, Espagnole mariée à un Marocain, qui a choisi de rester à Tanger jusqu’à son dernier souffle. « J’ai vu l’attachement de ma grand-mère à sa ville, à ce Maroc qui était aussi son pays, ainsi que celui de ses amis espagnols. Cela m’a toujours bouleversée et c’est ce que j’ai voulu raconter », a confié la réalisatrice.
Un accueil chaleureux et des émotions partagées
La projection a suscité une vive émotion dans la salle. Le public a ri, pleuré et applaudi longuement à la fin de la séance, saluant un film à la fois simple et profond. Producteur du long-métrage, Nabil Ayouch a exprimé sa joie : « Le public a vibré avec Calle Malaga, il a ressenti la profondeur et le sens que Maryam a donné à ses personnages. Cette Espagnole tangéroise dans son âme et dans son cœur a touché tout le monde. »
Cette réception enthousiaste vient confirmer l’inscription durable du cinéma marocain sur la carte des grands festivals internationaux. Après Venise, « Calle Malaga » poursuivra sa route au Festival international de Toronto (TIFF), avant une sortie mondiale prévue en mars prochain.
Une présence marocaine remarquée à la Mostra
Au-delà de cette sélection officielle, la participation du Maroc à la Mostra de Venise a été marquée par une visibilité exceptionnelle. Pour la première fois de son histoire, le Royaume a été invité d’honneur au Venice Production Bridge, espace de rencontres professionnelles où se forgent de nouveaux projets. Une reconnaissance internationale qui illustre le dynamisme d’une cinématographie nationale en pleine ascension.
Avec Calle Malaga, Maryam Touzani poursuit une trajectoire déjà remarquée par ses films précédents, dont Le Bleu du caftan, qui avait conquis la critique à Cannes. À Venise, elle confirme sa place parmi les cinéastes arabes et africains les plus prometteurs, capables de conjuguer une écriture intime et des résonances universelles.
Un tapis rouge transformé en tribune pour Gaza
Mais la présence de Maryam Touzani et Nabil Ayouch à Venise ne s’est pas limitée au cinéma. Sur le tapis rouge, le couple a fait un geste fort : Touzani a ouvert son sac, décoré d’un keffieh, pour révéler un message écrit en lettres claires : « Stop the genocide in Gaza ». À ses côtés, Ayouch a porté ce symbole en silence, devant les caméras du monde entier.
Ce geste a résonné bien au-delà du festival. Il s’est inscrit dans une atmosphère chargée d’activisme : manifestations pro-palestiniennes dans la ville, slogans portés par des associations comme Venice4Palestine, et projection de films directement liés à la tragédie gazaouie, dont The Voice of Hind Rajab. Dans ce contexte, l’acte de Touzani et Ayouch a été perçu comme une prise de position courageuse, transformant la scène glamour du cinéma en un espace de conscience politique.
Le cinéma rejoint l’engagement
Ce geste ne relève pas d’un simple coup médiatique. Il s’inscrit dans une tradition où le cinéma est une forme de résistance et d’expression politique. Pour Touzani et Ayouch, il s’agit d’affirmer que l’art ne peut ignorer les drames humains, qu’il doit être aussi une voix pour les sans-voix.
À Venise, ce message a trouvé un écho particulier, rappelant que les festivals internationaux ne sont pas uniquement des vitrines artistiques, mais aussi des plateformes où se croisent les luttes et les solidarités.
En définitive, la Mostra de Venise 2025 restera un moment charnière pour Maryam Touzani et Nabil Ayouch. Avec Calle Malaga, la réalisatrice signe un film intime et universel qui résonne déjà au-delà des frontières. Avec leur geste solidaire, le couple a montré que le cinéma marocain n’est pas seulement une affaire d’esthétique, mais aussi d’éthique et de conscience.
Cette double victoire – artistique et morale – contribue à renforcer l’image du Maroc sur la scène internationale, entre créativité et engagement. Et confirme que le cinéma, lorsqu’il est sincère, peut être à la fois un miroir des vies intimes et un porte-voix des causes universelles.