Culture
Tbourida : l’âme cavalière du Maroc s’enflamme à Rabat
Menée par le Moqqadem, la sorba défile en ordre majestueux, puis s’élance, en une course effrénée, jusqu’au moment crucial : le tir collectif
Le 24e Trophée Hassan II des arts équestres traditionnels a déployé ses fastes à Rabat, réveillant l’âme guerrière des cavaliers et le souffle millénaire de la Tbourida. Bien plus qu’une compétition, cette célébration incarne la mémoire vivante du peuple marocain, un art chevaleresque devenu patrimoine mondial.
Une épopée au galop : le Maroc en selle
Sur la palteforme de Dar Es Salam, le tonnerre des sabots s’est remis à gronder. Dix-huit sorbas seniors et sept juniors, issues des provinces du Royaume, croisent la poudre et l’élégance dans un ballet martial orchestré par les meilleurs cavaliers du pays. La Tbourida – art guerrier hérité des temps berbères et arabo-musulmans – ressuscite ainsi l’esprit des anciennes batailles, transformé en rituel esthétique, symbolique et sacré.
Menée par le Moqqadem, la sorba défile en ordre majestueux, puis s’élance, en une course effrénée, jusqu’au moment crucial : le tir collectif. C’est dans cette fulgurance synchronisée que se joue toute la magie de la Tbourida : une seule détonation pour sceller l’honneur et la maîtrise, comme un pacte entre l’homme, la bête et la mémoire des ancêtres.
Les éliminatoires se disputeront de lundi à jeudi avec la participation de dix-huit Sorbas Seniors (âgés de 17 ans et plus) et sept Sorbas Juniors (âgés de 12 à 16 ans). Les phases finales sont prévues samedi et dimanche pour déterminer la Sorba qui remportera le titre de cette édition.
Les 18 sorbas qualifiées chez les seniors représentent les régions de Marrakech-Safi (Safi 2, Marrakech 1), Casablanca-Settat (Mediouna, Berrechid, Settat, Sidi Bennour), Béni Mellal-Khénifra (Khouribga), Oriental (Oujda-Angad 3, Taourirt, Guercif), Rabat-Salé-Kénitra (Skhirat-Témara 2), Fès-Meknès (Moulay Yaacoub) et Guelmim-Oued Noun (Guelmim 2).
L’art équestre comme vecteur d'identité
La Tbourida n’est pas qu’un spectacle : elle est un langage. Par la tenue du cavalier – djellaba, salham, turban, poignard et fusil ciselé – se lit l’appartenance tribale, la fierté héréditaire, la dignité du port et la noblesse du geste. Par la selle ouvragée, brodée à la main par des artisans, se dit le raffinement ancestral, celui d’un Maroc rural enraciné dans la beauté et la rigueur.
C’est un art total où se conjuguent la force du cheval, la grâce du cavalier, la précision de l’arme et le souffle de l’histoire. Reconnu en 2021 au patrimoine immatériel de l’UNESCO, la Tbourida s’érige désormais comme un pilier de la culture marocaine et un symbole fédérateur dans la diversité de ses expressions régionales.
Une compétition, mille légendes
Le Trophée Hassan II ne se contente pas de couronner une sorba. Il révèle les grands lignages équestres, les territoires de fierté, les écoles du geste. Marrakech, Casablanca, Safi, Oujda, Khouribga, Guelmim ou Taourirt… chaque région aligne ses meilleurs cavaliers pour l'honneur de sa tribu et le prestige de son terroir.
Le spectacle est aussi au rendez-vous avec la participation de l’artiste équestre français Lorenzo, venu fusionner modernité et tradition dans une célébration commune du cheval. Un pont entre les cultures, qui confirme l’universalité de cet art marocain singulier.
La Tbourida, c’est aussi une école de discipline, de transmission et de loyauté. Le jeune cavalier y apprend l’endurance, la fraternité, le respect du rituel et le goût du dépassement. Elle unit les générations et relie les hommes à leur terre. Elle incarne une philosophie du lien – entre l’humain et le vivant, le passé et le présent, la communauté et l’individu.
Par ce grand rendez-vous placé sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI à Rabat, le Maroc rappelle au monde que son patrimoine n’est pas un musée figé, mais un feu vivant. À chaque course, à chaque tir, c’est une page de gloire populaire qui se rouvre et galvanise un peuple fidèle à ses racines autant qu’ouvert à l’avenir.