Culture
UN OUVRAGE COLLECTIF de ALI BENMAKHLOUF ET HOUSSINE DEBBI, " LIRE LES SOCIÉTÉS AFRICAINES" – PAR MUSTAPHA SEHIMI
Contrairement à tant de préjugés et à une certaine vulgate occidentale souvent orientaliste, les sociétés africaines n'ont pas été une sorte de marais pratiquement improductif et stagnant. Cet ouvrage apporte ainsi un éclairage appelant au remembrement de l'histoire de ce continent.
Voilà un ouvrage collectif qui reprend les actes d'une rencontre organisée par le Centre des études africaines de 1'UM6P de Ben Guérir- Ali Benmakhlouf et Houssine Debbi (dir.) "Lire les sociétés africaines, Raeding Africain Societies", éd. La Croisée des Chemins, 2025, 262 p.). Une problématique continentale qui retient l'intérêt. Mustapha Sehimi l'a lu.

Par Mustapha Sehimi – Professeur de Droit (UMV Rabat), politologue
L'hypothèse centrale de cette recherche est celle-ci : "lire les sociétés africaines, par les textes, mais aussi par les gestes et les techniques". Des concepts sont interrogés; une forme de veille culturelle est ainsi sollicitée; l'équation entretenue en Occident sur l'altérité traditions / modernité est appréhendée d'une manière critique. Il faut s'atteler aujourd'hui à un lexique différent, renouvelé, tant il est vrai que "beaucoup reste à faire pour décoloniser les esprits". Cela commande l'indépendance de l'esprit, l'éducation de masse et la constitution d'archives, livresques ou non - le capital immatériel... La bonne dizaine d'auteurs, francophones et anglophones, relèvent de plusieurs universités (Flora Bajard, Aix-en-Provence; Mustapha El Miri CNRS; Khalid Lyamlahi, Chicago; Winston Mano, Westminster; Judith G. Miller, NYU; Yolaine Parisot, Paris -Est Créteil; Romain Simenel, IRD; Makhroufi Ousmane Traoré, Tarik Sabry, Oumel banine, Californie.
Résistance à la colonialité
Contrairement à tant de préjugés et à une certaine vulgate occidentale souvent orientaliste, les sociétés africaines n'ont pas été une sorte de marais pratiquement improductif et stagnant. Cet ouvrage apporte ainsi un éclairage appelant au remembrement de l'histoire de ce continent. Comment? En la racontant, en mettant à jour" les figures du passé passées sous silence, en promouvant des curricula d'enseignement dans les universités africaines et étrangères". Une œuvre de longue haleine appelée à s'élargir. En somme, connecter non seulement les différentes parties de l'Afrique par la connaissance, mais aussi 1'Afrique et son dehors immédiat, l'Europe. Historiquement, 1'Océan Atlantique a été "synonyme non d'ouverture mais de mort et de malheur" avec les déportations en Amérique du Nord: les Africains sont considérés comme " noirs " et " esclaves"... S'opère ainsi une racialisation comme effet du colonialisme. Pour autant, l'on note sous diverses formes "une résistance à cette colonialité". Aujourd'hui, l'on voit des rêves de la jeunesse africaine avec une mobilité dans le continent et vers l'Europe aussi. Clandestine. Économique. Et écologique. Une contribution à la constitution d'un socle de textes et d'énoncés pour la promotion des humanités africaines...