Venise : The Voice of Hind Rajab sur Gaza récompensé du Lion d’argent

Venise : The Voice of Hind Rajab sur Gaza récompensé du Lion d’argent

La réalisatrice Kaouther Ben Hania reçoit le Lion d'argent - Grand Prix du jury pour « La voix de Hind Rajab » des mains de la réalisatrice italienne Maura Delpero lors de la cérémonie de remise des prix du 82e Festival du film de Venise, le 6 septembre 2025 au Lido de Venise. (Photo : Tiziana FABI / AFP)

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Venise – Le film “The Voice of Hind Rajab”, réalisé par la Tunisienne Kaouther Ben Hania, a décroché samedi le Lion d’argent de la 82e Mostra de Venise. Ce long-métrage bouleversant retrace les dernières heures de la petite Hind Rajab, tuée à Gaza début 2024, en utilisant les véritables enregistrements de ses appels désespérés au Croissant-Rouge palestinien, a été récompensé samedi du Lion d'argent à Venise, deuxième récompense la plus prestigieuse. Ovationné par le public, le film s’impose comme l’un des chocs émotionnels du festival, porté par la volonté de préserver la mémoire d’une enfant et de donner une voix au drame palestinien.

"Le cinéma ne peut pas ramener Hind et effacer les atrocités commises contre elle", a réagi Kaouther Ben Hania, accueillie par une standing ovation, en recevant son prix. Mais "le cinéma peut préserver sa voix (...) car son histoire n'est pas que la sienne. C'est celle tragique de tout un peuple, un peuple souffrant d'un génocide infligé par un gouvernement israélien criminel qui agit avec impunité", a-t-elle insisté.

Kaouther Ben Hania veut bousculer le public

"Je n'ai pas fait ce film pour que les gens restent confortables dans leur siège" : Kaouther Ben Hania assume son dessein de bouleverser le spectateur avec son film "The voice of Hind Rajab", choc de la 82e Mostra de Venise.

Le film, sur la mort d'une petite fille de 5 ans à Gaza, a suscité une immense émotion sur le Lido.

Il raconte l'histoire de Hind Rajab, retrouvée morte à l'intérieur d'une voiture criblée de balles dans la ville de Gaza, plusieurs jours après avoir passé trois heures au téléphone, le 29 janvier 2024, avec le Croissant-Rouge palestinien, alors que le véhicule dans lequel elle voyageait avec six membres de sa famille avait été visé par des soldats israéliens.

Kaouther Ben Hania a utilisé les vrais enregistrements des appels à l'aide de la petite fille dans son film, qui se passe intégralement dans le centre d'appel des secours. Cette voix avait ému l'opinion publique internationale, lors de la diffusion des enregistrements dans la presse.

A l'époque, la réalisatrice franco-tunisienne dit avoir ressenti "beaucoup de colère, beaucoup de désespoir, mais aussi un sens de « qu'est-ce que je peux faire ? »".

"Les Gazaouis, les Palestiniens en général, sont considérés toujours comme des suspects avant d'être victimes", a poursuivi dans un entretien avec l'AFP la réalisatrice des "Filles d'Olfa", César du documentaire en 2024 qui mêlait déjà fiction et réalité.

Producteurs menacés

La projection du film mercredi, à laquelle a assisté le couple hollywoodien Joaquin Phoenix et Rooney Mara, tous deux producteurs exécutifs, a laissé la salle en larmes et été accueillie par 23 minutes d'applaudissements. Du jamais vu.

Brad Pitt, qui a vu le film, a lui aussi décidé d'apporter son soutien, comme Jonathan Glazer, réalisateur oscarisé de "La zone d'intérêt".

Ils ont aussitôt fait l'objet de menaces, selon la réalisatrice.

"Entre hier et avant-hier, mes producteurs, y compris des noms très connus américains, Brad Pitt, Joaquin Phoenix, leurs boites mail ont été inondées par des milliers et des milliers" de courriels, a rapporté vendredi Kaouther Ben Hania. Avec un "très long texte qui est super intimidant", a-t-elle poursuivi, avançant que ce n'était probablement qu'un "début".

Le film a déjà été choisi pour représenter la Tunisie aux Oscars 2026.

L'avant-première à Venise, le potentiel parcours aux Oscars, "c'est très important (...) parce que, pour un film comme celui-là, ça permet une visibilité énorme. Et moi, j'ai envie que le film soit vu un petit peu partout dans le monde", affirme Kaouther Ben Hania.

Donner un visage

Le long-métrage doit sortir le 17 septembre en Tunisie mais aucune date n'est encore prévue en Europe. Aux Etats-Unis, il n'a pas encore de distributeur.

En le diffusant le plus massivement possible, Kaouther Ben Hania veut "mettre un visage sur cette petite fille et aussi sur les travailleurs du Croissant-rouge". "A travers cette histoire, on peut percevoir l'énormité et la monstruosité de ce qu'il se passe" à Gaza.

Elle a notamment tenu à montrer la plage de Gaza, car la mère de Hind Rajab (qui apparait à la fin du film) "m'a dit qu'elle adorait" y aller.

"Et quand je vois quelqu'un comme (Donald) Trump qui parle de Riviera, je me dis: mais dans quel monde on vit ?", s'indigne-t-elle.

La mère de Hind Rajab a donné sa "bénédiction" à la réalisation du film, souhaitant "que la voix de sa fille ne soit pas oubliée".

Les employés du Croissant-rouge, incarnés à l'écran par des acteurs palestiniens (le film a été tourné à Tunis), ont échangé longuement avec les acteurs jouant leur rôle à l'écran.

Le film doit poursuivre sa route et être projeté au festival de Toronto, puis Londres, Saint-Sébastien et Busan. (Quid avec AFP)