Le rapport ires 2020 : le positionnement international du Maroc

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Toufik Mouline Directeur général de l’Institut Royal des Etudes Stratégiques (IRES) .

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Voici la parution de la 8ème édition du tableau stratégique sur l'''Evolution du positionnement international de Maroc'', par L'Institut Royal, d'Etudes Stratégiques (IRES). Au-delà de la veille stratégique -sa mission de base - l’IRES s'oriente depuis 2015 vers une veille de prospective avancée. Celle-ci est globale, systémique. Elle s'articule aussi autour de deux volets, l'un qualitatif et l'autre quantitatif avec un tableau de bord. 

Question de méthodologie tout d’abord : quels indicateurs significatifs, stratégiques, retenir ? Ils sont au nombre de 200 se déclinant dans dix domaines dits de veille stratégique. Et pour chaque indicateur, 1’IRES a retenu des seuils d'alerte soit sur la base de données pratiquement exhaustives soit sur celles de moyennes pondérées d'organisations internationales (PNUD, OMS, Banque mondiale, FMI, ...). 

Que dire de cette édition 2020 ? Globalement, le Maroc enregistre des progrès dans 41 indicateurs, stagne dans 20 autres et régresse dans 17. Il y a donc du mieux ! En affinant maintenant, des nuances sont à apporter avec 19 indicateurs favorables seulement, 42 intermédiaires et 22 non favorables. Ce que l'on peut retenir, ici, intéresse des indicateurs liés à des aspects particuliers de la vie sociale, économique culturelle et politique. La richesse globale au regard du capital immatériel ne porte pas encore ses fruits par suite de la qualité insuffisante du capital humain, malgré tant de réformes. Les ressources alimentaires traduisent une forte dépendance à hauteur de 42 % des importations de céréales ; même constat pour celles du sucre (56% et plus encore des huiles végétales 72 %) - un indice préoccupant de durabilité alimentaire (47%) pour toutes sortes de raisons: mode de consommation des citoyens, gaspillage alimentaire, stockage, réfrigération. Forte dépendance aussi dans le domaine énergétique (93%), le mix énergétique des énergies renouvelables actuel de 6% n’étant porté à 20% qu'en 2030. Le capital naturel, lui, reste marqué par la dégradation de l'environnement, laquelle a un coût moyen de 4% du PIB; il reste beaucoup à faire dans 1'amélioration de la qualité de l'air, une meilleure gestion des sources financières et l'extension du réseau d'assainissement. L’état de ce capital est préoccupant (biodiversité, gouvernance des ressources naturelles, faible émission de gaz à effet de serre mais fort impact du réchauffement climatique). 

Le registre sécurité globale témoigne de données contrastées. Ainsi, au regard de l'indice global de paix, c'est un recul du positionnement du Maroc (66ème en 2008 et 83ème en 2020) par suite de plusieurs facteurs les uns externes avec l'environnement régional et les autres internes liés à diverses manifestations sociales. Mais le Royaume est le 6ème pays le plus paisible de la région MENA. Il reste que l’indice "Fragile State" situe le Maroc dans un positionnement intermédiaire au 80ème rangpar suite de facteurs divers (griefs communautaires, migration, fuite des cerveaux, inégalités sociales et économiques). En revanche, à noter une progression de l'indice global de terrorisme. Malgré son engagement actif dans la lutte contre le terrorisme et ses choix de société - tel un islam modéré et tolérant - le Maroc n'est plus dans la catégorie des pays "sans impact terroriste" mais dans celle des pays " à très faible impact" avec une note de 92 contre 132 en 2018 et 119 en 2002. Pour ce qui est de la sécurité intérieure, 1'on compte 200 policiers pour 100.000 habitants - un effectif encore très insuffisant. Quant aux personnes détenues pour 100.000 habitants, leur nombre est en progression avec 1e chiffre de 233. Des prisons en surpopulation carcérale du fait notamment du recours à la détention préventive de l'ordre de 40% environ. Au titre de la sécurité intérieure, d'autres données : un taux d'homicides de 39 pour 100.000 prisonniers en réduction, un taux d'agression de 330 en forte hausse mais un niveau élevé de sécurité publique intérieure. 

Avec la défense, les dépenses militaires sont restées à hauteur de 3.3% tant pour la période 2002-2011 que pour celle de 2012-2019. Les importations d'armes, elles, sont en forte progression avec des achats de 376 millions de dollars. Cela tient à l’instabilité du contexte régional, et à diverses menaces transnationales (terrorisme, crime organisés…) En tout cas, l'indice de "puissance militaire " du Royaume s'est sensiblement amélioré dans la classement international avec le 57ème  place en 2020 et la 6ème place au niveau africain au titre des capacités des FAR. 

Actualité pandémique oblige : la santé. C'est la problématique du capital social qui est en cause. L'espérance de vie s'est fortement allongée depuis 1960 (47ans) puis 1980 (59 ans), 1998 (68 ans) jusqu'à atteindre 75 ans en 2018. L'indice de fécondité s'est contracté à hauteur de 2,38 enfants en 2017 alors qu'il était de 7 en 1962, de 5,42 en 1980, et de 3.1 en 1998. Le taux de vaccination contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite est aujourd'hui de 99 %. De fortes baisses aussi pour la mortalité maternelle et infantile. Il reste que les dépenses totales de santé, malgré une progression continue lors des deux dernières décennies, ne sont que de 6% environ du PIB. L'accès aux services de santé n'est pas généralisé, les ménages supportant encore la moitié des dépenses totales de santé. C’est le chantier lancé aujourd'hui de la généralisation de la couverture sociale par SM 1e Roi qui sera l'expression de cette nouvelle politique sanitaire et sociale d’ici sa généralisation en 2025. 

 Avec la pandémie COVID-19, l'état du système sanitaire a été mis à nu. Ainsi, 1'encadrement médical et paramédical est de 16 pour 10.000 habitants dont 7 médecins et 9 infirmiers ; l’OMS fixe le seuil critique à 25. Désormais la nécessité de faire de la santé au Maroc une priorité est contraignante. Même constat pour le nombre do psychiatres (0,45 pour 100.000 habitants) bien éloigné des normes OMS (2,5) ou encore pour ce qui est de la densité litière avec une baisse continue des lits dans les hôpitaux (10 pour 10.000 habitants contre 15 en 1960). 

S’agissant des conditions de vie, le Royaume jouit d'une bonne réputation externe, se classant au 35ème rang au titre de la qualité de vie. Le taux d’accès aux sources améliorées d'eau potable a atteint 99 % en 2019 contre 78% en 2.000 ; ce même taux se retrouve quant à l’accès à 100% aux réseaux publics d’électricité ( 65 % en 2.000 et 53% en 1995), grâce aux programmes respectifs PAGER, et PERG. Il en est de même du taux d'accès aux installations d'assainissement améliorées (99%) ou de celui de l'accessibilité de la population rurale aux routes (80 %) contre 54% en 2005 et 36% en 1995. Mais pour ce qui est des inégalités et de la pauvreté, des insuffisances demeurent : 1’indice de Gini) se situe à 0,357, au niveau de 1998 ; quant taux de pauvreté relative, s'i1 a bien été divisé par six entre 1999 et 2018, avec la pandémie actuelle, il pourrait accuser un basculement du taux de 2,9% vers 4 ou 5% même. Le taux de pauvreté multidimensionnelle de 8,2%, connaîtrait également une aggravation. Dans cette même ligne, le taux de chômage national de 11,41% (1999-2008) s'est réduit à hauteur de 9,45 % (2009-2019) mais il va se détériorer en 2021 et sans doute même au-delà. 

Le secteur public et la gouvernance ont des résultats toujours préoccupants. L'indice de l'Etat de droit avec le 116ème rang, comme en 2011 d'ailleurs, est moins favorable qu'en 1998 (77ème rang) - le rapport de 1’IRES estime que "la consolidation de 1'Etat de droit au Maroc est tributaire, notamment, d'une réelle indépendance de la justice qui va au-delà du volet institutionnel... ". L’efficacité du gouvernement n'est pas mieux lotie, avec même un recul, au 112ème rang contre 109 er 2011 et 81 en 1998. Il faut aussi mentionner les mauvais classements en recul de la qualité de la réglementation (120ème place), de la perception de la corruption (80 contre 50ème en 1998), de la couverture du territoire par les services publics) mais 1a nette amélioration, en revanche, du secteur public et la gouvernance, au 43ème rang en progrès par rapport à 2015 (57ème). Cela tient à la mise en place à l'échelle africaine de la première plateforme d’Open Data. 

Pour finir, entre autres chapitres, celui de la démocratie où les indicateurs enregistrent des améliorations : 96ème pour l'indice de démocratie contre la 116ème place en 2011, un léger progrès dans le domaine des libertés publiques et d’autres plus sensibles en matière de liberté de 1'information. Des avancées variables sans doute, des progrès significatifs aussi, des régressions ici et là enfin : il faut tenir le cap, même à marche forcée. Du volontarisme à conforter. Et de la mobilisation autour d'un nouveau modèle de développement à l'ordre du jour….