Bombardé, l'Iran riposte et choisit un successeur à Ali Khamenei, les pays du Golfe restent sur la défensive

Bombardé, l'Iran riposte et choisit un successeur à Ali Khamenei, les pays du Golfe restent sur la défensive

Cette capture vidéo tirée d'images UGC publiées sur les réseaux sociaux les 7 et 8 mars 2026 montre un incendie qui s'est déclaré dans un dépôt pétrolier à Téhéran, la capitale iranienne.

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Après l’intensification des frappes américano-israéliennes contre l’Iran et la mort du guide suprême Ali Khamenei, Téhéran affirme poursuivre sa riposte militaire tout en assurant la continuité du pouvoir religieux avec la désignation d’un successeur encore tenu secret. Alors que la guerre s’étend progressivement au-delà des frontières iraniennes, plusieurs pays du Golfe ont été visés par des missiles et des drones, renforçant les craintes d’un embrasement régional. Dans ce contexte de fortes tensions, les puissances internationales observent avec prudence l’évolution d’un conflit qui menace directement les équilibres énergétiques et sécuritaires du Moyen-Orient.

Téhéran - L'Iran a annoncé dimanche avoir choisi un successeur au guide suprême Ali Khamenei, tué au premier jour de l'offensive américano-israélienne lancée le 28 février contre la République islamique.

L'Assemblée des experts, organe iranien chargé d'élire le haut dirigeant, n'a pas révélé le nom du successeur d'Ali Khamenei, qui était au pouvoir depuis 1989.

Depuis une semaine, circulait parmi les prétendants le nom de son fils Mojtaba Khamenei, considéré comme l'une des personnalités les plus influentes du pouvoir. Pour ce poste dévolu à un religieux, est également évoqué le nom d'Hassan Khomeini, le petit-fils du fondateur de la République islamique, l'ayatollah Rouhollah Khomeini.

Israël a d'ores et déjà annoncé mercredi que le nouveau guide suprême serait "une cible".

Quant à Donald Trump, qui au début de la guerre avait enjoint le peuple iranien à renverser la République islamique, il a fait savoir jeudi qu'il n'accepterait pas que Mojtaba Khamenei prenne la relève. Washington, qui souhaite la chute du pouvoir, affiche comme objectif la destruction des capacités balistiques de l'Iran et l'empêcher de se doter de la bombe atomique - intention que Téhéran dément avoir.

Le président américain, Donald Trump, a affirmé  que l’Iran serait "très durement touché", dans un contexte de tensions croissantes au Moyen-Orient. "Aujourd’hui, l’Iran va être très durement touché! En raison du mauvais comportement de l’Iran, des régions et des groupes de personnes qui n’étaient pas considérés comme des cibles jusqu’à présent sont sérieusement envisagés pour une destruction complète et une mort certaine", a écrit Trump sur sa plateforme Truth Social.

Trump a affirmé que la promesse de l’Iran de cesser ses frappes sur ses voisins n’a été faite qu’en raison des attaques incessantes des États-Unis et d’Israël contre Téhéran. L’Iran n’est plus le "tyran du Moyen-Orient", mais plutôt "le perdant du Moyen-Orient", et le restera pendant de nombreuses décennies jusqu’à ce qu’il se rende ou, plus probablement, s’effondre complètement, a ajouté le locataire de la Maison Blanche.

Les forces armées américaines ont commencé à utiliser des bases britanniques pour mener des opérations au Moyen-Orient, a annoncé samedi le ministère britannique de la Défense. "Les Etats-Unis ont commencé à utiliser des bases britanniques pour des opérations défensives spécifiques afin d’empêcher l’Iran de tirer des missiles dans la région, ce qui met en danger des vies britanniques", a affirmé le ministère 

La désignation du nouveau guide suprême survient alors que l'Iran, toujours secoué par ces intenses frappes, et continue de riposter et assure être prêt à "au moins six mois de guerre".

Un voile noir de fumée recouvre dimanche Téhéran et une forte odeur de brûlé imprègne la ville. L'armée israélienne dit avoir frappé "plusieurs" réservoirs de carburant utilisés selon elle par l'Iran "pour faire fonctionner leurs infrastructures militaires", et dit dans la matinée lancer des frappes contre des sites militaires "à travers l'Iran".

Il s'agit de la première attaque rapportée contre des infrastructures pétrolières iraniennes depuis le 28 février.

Aux abords, des forces de sécurité en imperméable, pour se protéger des retombées toxiques, et masques de protection respiratoire au visage, filtrent la circulation. Les vitres des immeubles résidentiels aux alentours ont été totalement soufflées par des explosions.

La distribution d'essence est désormais limitée à 20 litres par véhicule. De longues files d'attente s'étendent le long des stations-service de Téhéran, a constaté l'AFP dimanche, jour de reprise en Iran après une semaine fériée décrétée après la mort d'Ali Khamenei.

"Cela fait plus de douze heures que le feu brûle, l'air est devenu irrespirable", témoigne une habitante jointe par téléphone depuis Paris. "La guerre est en train de s'étendre. Ce n'est pas ce que nous voulions. Nous ne voulions pas qu'ils bombardent nos richesses nationales pour nous rendre encore plus pauvres que nous ne le sommes déjà".

Selon le dernier bilan du ministère iranien de la Santé, plus de 1.200 personnes ont été tuées et plus de 10.000 civils blessés, des affirmations que l'AFP n'a pas pu vérifier.

"Frappe de précision"

Par ailleurs à plusieurs milliers de kilomètres de là, le cœur de la capitale libanaise a été touché dans la nuit. D'après le ministère de la Santé, Israël a frappé un hôtel dans le quartier de Raouché, sur le front de mer populaire et touristique jusqu'à présent épargné par les frappes israéliennes.

Israël a décrit une "frappe de précision" contre "d'importants commandants" de la Force Qods, branche des opérations extérieures des Gardiens de la Révolution. Elle a par ailleurs annoncé la mort de deux de ses soldats dans le sud du Liban.

Le nouveau bilan des frappes israéliennes s'élève à 394 morts, selon le ministre de la Santé.

Des pays du Golfe visés

L'armée israélienne a dit avoir mené 3.400 frappes en une semaine. Washington en a rapporté 3.000.

L'Iran réplique en lançant missiles et drones vers des infrastructures dans le Golfe, région riche en hydrocarbures et qui compte plusieurs bases militaires américaines.

Émirats arabes unis : interception de 16 missiles balistiques et 113 drones, annoncé le ministère émirati de la Défense, dimanche, affirmant que les systèmes de défense aérienne ont détecté 17 missiles balistiques, dont 16 ont été détruits, alors qu’un missile est tombé en mer. Par ailleurs, 117 drones ont été repérés, dont 113 ont été interceptés, tandis que quatre autres se sont écrasés sur le territoire de l’État, a précisé la même source, dans un communiqué relayé par l’Agence de presse des Émirats (WAM).

Le ministère a indiqué que depuis le début de l’attaque iranienne, 238 missiles balistiques ont été détectés, dont 221 ont été détruits, 15 sont tombés en mer et deux ont touché le territoire émirati. Les défenses aériennes émiraties ont également détecté 1.422 drones iraniens, dont 1.342 ont été interceptés, tandis que 80 se sont écrasés à l’intérieur du territoire national.

Huit missiles de croisière ont, par ailleurs, été repérés et détruits, ajoute la même source. Ces attaques ont fait, jusqu’à présent, quatre morts et 112 blessés légers, souligne le ministère, réaffirmant la pleine disponibilité et la préparation de ses forces pour faire face à toute menace et contrer avec fermeté toute tentative visant à porter atteinte à la sécurité et à la stabilité de l’État, ainsi qu’à préserver la souveraineté et les intérêts nationaux du pays

Le Koweït a fait état de deux morts et de frappes sur des réservoirs de carburant de son aéroport, et Bahreïn de dommages sur une station de dessalement.

En Arabie saoudite - deuxième producteur mondial de pétrole derrière les Etats-Unis, l'Iran étant dans les dix premiers, c'est le quartier diplomatique de Ryad qui a été visé par une attaque de drone, déjouée selon le gouvernement saoudien. Une autre frappe a visé le gisement de pétrole de Shaybah, dans le sud-est du pays.

Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique iranienne, ont également affirmé dimanche avoir tiré des missiles en direction de villes israéliennes ainsi que vers une base aérienne en Jordanie, alors qu'à Abou Dhabi des explosions ont été entendues, selon des témoins à l'AFP.

Le chef de la Ligue arabe qualifie d'"irresponsables" les attaques de l'Iran sur ses voisins.

En Israël, les secours ont fait état de six blessés.

Avertissement de Pezeshkian

Le président iranien Massoud Pezeshkian a redit dimanche que "si l'ennemi tente d'utiliser le territoire d'un pays pour lancer une agression contre notre territoire, nous serons forcés de riposter".

La guerre s'est propagée dans la région, avec des retombées jusqu'à Chypre, pays membre de l'UE, où une base aérienne britannique a été frappée le 2 mars par un drone de fabrication iranienne et où le président français Emmanuel Macron se rendra lundi.

La Chine et la Russie sont quant à elles restées largement en retrait malgré leurs liens étroits avec Téhéran. Les experts jugent improbable, malgré l'impact sur ses importations de pétrole, que la Chine sacrifie ses intérêts et fasse front face aux Etats-Unis pour porter secours au partenaire iranien.

La guerre au Moyen-Orient "n'aurait jamais dû avoir lieu", a lancé dimanche le chef de la diplomatie chinoise, Wang Yi.

Le conflit paralyse une grande partie des flux d'hydrocarbures en provenance du Golfe. Le détroit d'Ormuz demeure au centre des inquiétudes, avec quelque 20% de la production mondiale de pétrole et près de 20% du gaz naturel liquéfié (GNL) qui y transite habituellement.

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